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vendredi 2 décembre 2016

HOLLANDE ET LA FONCTION DE PRESIDENT

François Hollande vient d’annoncer qu’il renonçait à se représenter pour la Présidentielle 2017. C’est l’aboutissement d’une longue histoire. Je l’écoutais hier et je partageais son émotion et je pestais intérieurement contre les loups qui allaient à la curée, justifiant cette décision par l’échec supposé de sa présidence.

Personnellement, s’il m’a parfois exaspéré, je l’ai écrit, trop souvent peut être, je pense que c’est le seul des derniers présidents depuis 1981 que je regretterai. Il s’est fracassé sur le Hollande bashing des médias et des réseaux sociaux. Pourtant son action est loin d’avoir mérité ce mépris. Pour l’essentiel il a cherché à être un président, un homme normal qui a le droit d’aller en solex avec un casque voir sa copine, qui aurait aimé bien plus prendre le train que l’avion. Il a gouverné en prenant son temps, en réfléchissant au lieu d’agir à la vitesse de la frénésie médiatique, en consultant, en s’entourant de conseil, en déléguant, en n’ayant pas peur de reconnaître avec un humour plein d’autodérision ses erreurs. Tout cela en France c’est maintenu harâm comme diraient les musulmans par les réseaux sociaux et les médias. Et pourtant il incarne en mon sens la modernité démocratique. Quand on regarde « Les hommes de l’ombre » et qu’on compare à « Borgen » on mesure le déficit démocratique de notre pays, la coupure entre le peuple et les élites politiques. Eh oui Angela Merkel quand elle rentre chez elle dans l’ex RDA aime faire les courses au supermarché ! Et ce sont les mêmes schizophrènes qui reprochent ensuite aux « élites », d’être coupé du peuple, de ne pas connaître le prix du croissant ou du ticket de métro. La France est restée dans l’attente de l’homme providentiel, du roi absolu. Elle a toujours la démocratie honteuse. Il faut quand même rappeler comment dans ce quinquennat il y a eu le mariage pour tous, il y a eu la lutte contre le terrorisme, toujours critiquable, mais sans aucune hystérie, ni atteintes aux libertés. Il y a eu des ministres, de grandes personnalités, que l’on laissait libre d’agir : Montebourg, Filippetti, Taubira, Caseneuve, Valls, Ayrault, Fabius, Macron, etc… Libres d’agir malgré leurs divergences et en les assumant, car c’est cela la vie. Rappelons aussi qu’en 2006 le couple Hollande-Royal a décidé que c’était elle qui allait se présenter aux Présidentielles, ce qui dans le milieu politique hyper macho n’est pas sans signification.

Les trois précédents Présidents de la République ont cherché à incarner la vision Présidentielle dans toute sa hauteur. Mitterrand, qui n’a jamais été un homme de gauche, n’a toute sa vie recherché qu’une chose, arriver au pouvoir et laisser sa trace dans l’histoire. Il a pour cela suivi les chemins les plus divers. Ministre de l’Intérieur pendant la guerre d’Algérie, opposant virulent à De Gaulle qui ne voulait pas de lui, c’est le dirigeant communiste Waldeck Rochet qui l’a imposé comme chef de la gauche en 1962, parce qu’il ne lui semblait pas dangereux pour les communistes. Il a ensuite fait la carrière que l’on sait, élu sur un Programme très première gauche de nationalisations, car il pensait être le premier leader mondial à parvenir à un socialisme démocratique. Devant l’échec, et la maladie il s’est reconverti devenant le partisan de l’Europe, et sombrant dans les noirceurs de la mélancolie. Chirac, qui n’a jamais été vraiment de droite, a choisi ce camp par opportunisme et lui aussi ne cherchait qu’une chose arriver au pouvoir, mais sans jamais savoir pour quoi y faire. Après avoir empêché Chaban Delmas et Giscard d’appliquer leur programme de modernisation du pays, il a repris les idées dans l’air pour être élu, et a ensuite gouverné sans but bien déterminé. Quand à Sarkozy sa politique n’a jamais été que celle du jour au jour médiatique, agitée et brouillonne comme le personnage.

Nous aurons peut-être Fillion en 2017 si la baudruche ne se dégonfle pas aussi vite que la pâte a levée. Et là je m’inquiète bien plus de l’homme que de son programme. Je me méfie de ces gens sérieux qui ne rient que quand ils se coincent les doigts dans une porte. Rigide et dogmatique il risque de gouverner sans regarder ailleurs, sans consulter, ni partager les décisions. Cela ça devrait être un président halâl pour les médias ! Revanchard des 5 ans de couleuvres avalées comme premier ministre de Sarkozy, je crains chez lui les tendances sado-maso des intégristes religieux.

Ceci pour dire que je pense que l’histoire réécrira à la hausse l’actuel quinquennat. Et pour ma part je garderai de lui le meilleur souvenir. Peu d’hommes ont eu pour moi cette capacité : Rocard, que Mitterrand a empêché de gouverner, Jospin partiellement, qui a su réussir sa politique gouvernementale mais a mal fini en 2002.

mercredi 30 novembre 2016

TANT DE DEROULEMENTS HISTORIQUES SEMBLABLES

Je suis frappé par nombre de déroulements historiques qui semblent jouer à peu de choses près la même musique. Ils commencent dans l’euphorie de la liberté et petit à petit celle-ci se transforme en tyrannie.

L’exemple le plus classique est naturellement celui de la Révolution Française qui débute globalement dans l’espérance de notre devise républicaine : liberté, égalité et fraternité. Même s’il n’y avait pas d’unanimisme, il y avait bien un courant très puissant en ce sens en 1789-90 avec la Déclaration des Droits de l’Homme, l’abolition des privilèges, la création de la Constituante, la Fête de la Fédération. Et on en arrive au Comité de Salut Public et à la Terreur en 1793-94. Mais ce qui est remarquable, c’est qu’il s’agit à la fois d’un glissement lent et insensible du premier temps au dernier et surtout du maintien des valeurs généreuses du départ (au moins dans les paroles). Il ne s’agit pas d’un changement idéologique, mais d’un changement qualitatif, les mêmes mots qui désignaient la libération des hommes désignent peu à peu leur asservissement.

Je suis en train de lire l’histoire des sociétés scandinaves et l’introduction de la Réforme est du même acabit. Certes elle a été en grande partie décidée par les rois locaux (Danemark et Suède à l’époque), mais elle correspondait au départ du 16ème Siècle à une libération d’une église qui à la fois s’éloignait du texte de l’Evangile et imposait un dogme strict. Il s’agissait d’une libération de l’individu qui était mis seul face à Dieu, qui pouvait interpréter l’Evangile à sa façon. Et peu à peu en moins d’un siècle on en est venu à figer un dogme luthérien aussi contraignant et obligatoire que l’était l’église romaine. Finalement les rois se sont servis de la Réforme pour s’émanciper de Rome et mettre à leur botte le clergé local.

L’arrivée de la modernité au Japon est arrivée de la même manière. Jusqu’en 1868 et depuis deux siècles le Japon interdisait tout contact avec l’étranger et vivait en totale autarcie. L’ère Meiji qui débute en 1868 veut faire entrer le Japon dans la modernité tout en gardant les valeurs du pays. Il s’ensuit une ouverture sur l’Occident dans tous les domaines techniques, culturels, idéologiques avec au départ une libération des expressions et des tentatives dans les directions les plus variées. La philosophie des lumières, comme les techniques industrielles occidentales sont très vite assimilées tout en les japonisant. Au départ le Japon est persuadé d’avoir un retard technique et culturel. Il prône l’égalité des nations. Il se développe à une vitesse vertigineuse et dès 1905 l’armée japonaise est capable de battre l’Empire Russe. La fierté japonaise nait peut à peu et se transforme lentement en impérialisme qui va coloniser la Corée, dominer des portions croissantes de la Chine et finir en nationalisme et en militarisme qui va tenter, de 1942 à 1945, de dominer tout le sud est asiatique, en se considérant comme un peuple supérieur par rapport aux barbares qui l’entourent. Mais là encore il y a eu glissement lent sans ruptures, les mêmes individus passant lentement de l’ouverture à l’autre au mépris colonialiste.

L’histoire du socialisme révolutionnaire est évidemment la même. Il s’agit au départ de libérer la classe ouvrière asservie du 19ème Siècle et pour cela il y a l’illusion qu’un système de propriété collective est la solution. Dans la quasi-totalité des penseurs socialistes ou anarchistes du 19ème Siècle l’idée de liberté est fondamentale. Et peu à peu on va glisser de cette liberté à une oppression imposée pour des lendemains qui chantent. La personnalité de Lénine (dès avant 1917) et le fait que la Russie ait seule « réussi » sa Révolution ont beaucoup pesé dans le mauvais sens. Et on sait comment on en a fini avec le goulag, le maoïsme, Pol Pot et j’en passe. Les sociaux démocrates ont sauvé l’honneur en abandonnant, mais de manière souvent honteuse, la propriété collective, et en instaurant quasiment partout en Occident l’Etat providence.

L’histoire d’Israël repasse le même film. Au départ il s’agit de créer un Etat où se retrouve ce peuple pourchassé pendant toute l’histoire. Il y avait quand même une verrue d’origine dans le pied, dans le fait que cet Etat « oubliait » qu’il existait aussi une population autochtone, ceux qui deviendront les Palestiniens. Les débuts révolutionnaires, très à gauche, de l’Etat d’Israël ont enchanté beaucoup de monde et puis peu à peu on en est arrivé à aujourd’hui. Il y a eu la guerre de 1967 et les territoires occupés qui sont devenus des colonies, il y eu le changement démographique dû à l’immigration massive de populations, venues de Russie notamment, qui a fait basculer la majorité du pays de la gauche vers une droite de plus en plus extrême et intégriste. Et aujourd’hui on a un pays colonialiste qui pratique ce qu’on ne peut appeler qu’un apartheid.

Cela ne veut pas dire que rien n’est possible et qu’il faut s’abstenir de toute idée généreuse car elle dégénèrerait immanquablement en tyrannie. La victoire de la social-démocratie que je rappelai plus haut le montre bien. Il s’agit simplement d’être extrêmement prudent et attentif. Le même mot peut véhiculer tout et son contraire. Par exemple, la démocratie socialiste n’était qu’un totalitarisme. Ce qui n’enlève rien au caractère positif de la démocratie. C’est quand même troublant ces cheminements quasi homothétiques ! On pourrait croire que l’histoire a des règles scientifiques si on n’avait pas appris que cela menait aux totalitarismes, comme cela a été le cas au 20ème Siècle.

dimanche 27 novembre 2016

DES DROITS DES ANIMAUX : en revenir à Gaïa.

On parle de plus en plus des Droits des animaux au moment où ils sont leur situation est la pire. Il y a d’un côté la gigantesque et ultra rapide extinction des espèces que produit l’homme depuis quelques décennies avec l’atteinte concomitante à la biodiversité. Il y a aussi la situation des animaux d’élevage dans les élevages industriels.

Un récent reportage sur Arte regardé par hasard montrait, sans commentaire, cette situation dans les élevages industriels bovins. L’animal n’y est plus vu que comme une machine que l’on cherche à améliorer de toutes les manières possibles, soit pour faire plus de lait, soit plus de viande, soit même de manière encore expérimentale pour produire des médicaments. Toutes les conditions de vie des animaux sont totalement industrialisées jusque dans leur reproduction artificielle. Ils ne sont plus considérés comme des êtres vivants, mais comme des machines. Le pire en l’affaire est la manière dont on a trompé les éleveurs. Ils ont pris le virage vers l’élevage industriel pour gagner plus d’argent, mais le capitalisme s’en est servi pour abaisser sans cesse les prix d’achat aux producteurs, si bien qu’aujourd’hui leur production laitière ou bovine n’est souvent plus rentable.

En fait je crois qu’il faut aller en la matière au fond des choses. Nous arrivons au bout de la logique philosophique occidentale qui place l’homme au centre du monde, détaché de lui. C’est la face noire de la philosophie humaniste. L’autre face étant la libération des individus de toutes les servitudes du passé.

Il ne faut pas jeter l’enfant avec l’eau du bain. Tout ce qui va dans le sens de la libération de l’individu est à poursuivre et on est loin d’en avoir fini. Mais il faut promouvoir en parallèle d’autres aspects philosophiques et c’est ce que je veux dire en disant de manière abrupte d’en revenir à Gaïa, c'est-à-dire à la terre. Je pense aux philosophies de bien d’autres peuples, que l’on appelait jadis primitifs, mais aussi aux philosophies de l’Inde. Toutes qui considèrent la terre comme une globalité à protéger. Je pense à Bruno Latour qui montre bien que les interactions multiples entre tous les systèmes vivants et non vivants sont en prendre en compte. Ils sont si complexes et nombreux qu’on ne peut espérer les modéliser, ni donc prévoir le résultat de nos actions. En ce qui concerne particulièrement les animaux il faut considérer non pas la rupture entre eux et l’homme qui serait selon notre philosophie occidentale comme sorti de l’évolution et très au dessus de tous les autres êtres vivants, mais au contraire considérer la continuité entre l’homme et les animaux, espèces vivantes, souffrantes comme nous, capables de modes de « pensées » différents de nous, et donc des êtres à respecter. Ce qui condamne notamment tout élevage industriel.

27 novembre 2016

lundi 21 novembre 2016

INSURRECTION ET EBULLITION DE L’ELECTORAT ET DEMOCRATIE

L’étonnante remontée de Fillon dans les sondages, puis son résultat me pose question. Je crois y voir ce que j’appellerai une ébullition de l’électorat. Une instabilité de plus en plus grande. L’électorat déboussolé, en rupture, évolue de manière de plus incontrôlable et sans repères. Pour un physicien cela ressemble aux systèmes en régimes instables, dont on ne peut pas prévoir le futur, comme la météo.

J’ai déjà plusieurs fois évoqué la recherche d’un homme providentiel, ce qui est particulièrement vrai en France, jamais guérie de la perte de sa royauté absolue, sauf que des hommes vraiment providentiels on n’en a plus depuis De Gaulle. Dans certains pays ils semblent avoir trouvé ce qui y ressemble. Je pense notamment à Poutine et Erdogan, non sans les critiques que l’on peut porter à ses autocrates, mais ils semblent jouir du soutien d’une majorité importante, et ce sur un temps long.

D’autres pays ont tenté de les trouver, mais sans que cela ne se manifeste par un soutien massif de la population, ni sur un temps long. Je pense à Chavez, Moralès, Berlusconi notamment. Donc il règne toujours dans ces pays une instabilité et des luttes politiques fortes.

Ce qui me semble important c’est la vitesse avec laquelle peuvent naître ces illusions d’hommes providentiels. Naître et souvent se dégonfler aussi vite, mais entre temps certains ont le temps de prendre le pouvoir, d’être élus. Je pense à Jimmy Moralès au Guatemala, acteur comique qui a réussi ce que tente jusqu’ici sans succès Grillo en Italie.

La candidature Macron, la montée de Fillon de plus de 30 % en deux semaines sont pour moi du même acabit, cela n’enlève rien au sérieux qu’elles peuvent représenter par ailleurs. Leur succès témoigne pour moi de la recherche désespérée par une partie de plus en plus large de l’électorat d’un homme providentiel qui casserait la chape de plomb qu’ils ont l’impression de ressentir sur la situation politique de notre pays.

J’avais écrit que cette campagne électorale risquait de nous réserver bien des surprises, je ne suis pas déçu. Et ce n’est pas fini. Nul ne sait si la candidature Fillon tiendra la route jusqu’à dimanche prochain, jusqu’en avril 2017 (1er tour), puis mai (2ème tour), voire avoir une majorité en juin (législatives). On peut voir venir, et retomber aussi vite ou se maintenir, voire devenir hégémoniques, des candidats à la primaire socialiste ou des outsiders (comme Macron). Tout est possible en régime instable, y compris Marine Le Pen.

Mais cette insurrection, cette ébullition de l’électorat pose le problème des limites de notre démocratie qui repose bien trop sur le système électoral représentatif. Car hormis certains hommes providentiels qui tiennent sur la durée (et je n’ai vu à citer que Poutine et Erdogan, Merkel c’est un autre fonctionnement) la déception suit de près l’élection et le mandat se passe, comme celui d’Hollande, comme en un peu moins marqué celui de Sarkozy auparavant, avec un désaveu (justifié ou non c’est un autre problème) de l’opinion publique, surtout avec la manipulation médiatique qui est pour beaucoup dans le lancement et la bashing des personnalités. Car ce fonctionnement qui met en place des hommes qui ont la capacité de convaincre, d’illusionner, juste au moment de l’élection et de décevoir le lendemain, ne permet plus un fonctionnement correct, voire même plus un fonctionnement du tout, de notre système électoral sur lequel repose notre démocratie.

jeudi 10 novembre 2016

MAL A L’AMERIQUE

Juste quelques notes en désordre…

On a mal à l’Amérique après l’élection d’hier. Je repense beaucoup à Brecht, d’abord à sa plaisanterie « quand le peuple vote contre le gouvernement il faut dissoudre le peuple ».

Peu à peu on semble en arriver de plus en plus à ce que je ressentais et redoutais dans cette crise (évolution) de la démocratie, la lente évolution vers des régimes autoritaires. Je pensais à l’évolution de la République romaine vers l’Empire. Aujourd’hui ces régimes semi-démocratiques (car le plus souvent il y a des élections à peu près ou totalement normales) qui amènent au pouvoir ou consolident Poutine, Erdogan, Orban, Duterte, et aujourd’hui Trump. La situation est différente, et on peut repenser à Karl Marx : « tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce ». Et évidemment Trump est un Auguste de cirque à la place de l’Empereur du même nom.

Mais la démocratie ce ne sont pas que des élections. Dans « Télérama » de cette semaine le philosophe Florent Guénard dit que c’est « davantage une manière de vivre qu’une affaire d’institution ». En cela, s’il y a une lassitude, pour ne pas dire plus, du modèle politique traditionnel, il y a au contraire une demande croissante de la manière de vivre démocratique, et donc la crise de la démocratie n’est pas ce que l’on croit le plus souvent.

Après tous ces autocrates démocratiquement élus ou réélus, après le Brexit, tout est possible, y compris pour nous en France l’an prochain aux présidentielles. Il ne faut pas se tromper d’époque : Marine Le Pen n’a rien à voir avec les fascismes des années 20 et 30 et le seriner c’est se battre contre des moulins à vent, pire, lancer le combat dans la mauvaise direction. C’est tout autre chose, et il faut l’analyser sérieusement, cela n’a que de très loin à voir avec « le ventre est encore fécond, d'où a surgi la bête immonde » de Brecht. Et justement, même si c’en est très loin, il est peut être urgent de relire et surtout discuter en fonction de la situation actuelle « La résistible ascension d’Arturo Ui ». Car l’art, et le théâtre particulièrement, est probablement le meilleur moyen de réflexion politique au sens large. Car l’ascension de Trump a bien été ainsi irrésistible, comme celle des politiciens que je citais plus haut, et la montée du Front National s’y apparente elle aussi très bien…

10 novembre 2016

vendredi 7 octobre 2016

FRAGILITE ET COMPLEXITE DE NOTRE SOCIETE

Notre société est de plus en plus complexe. Je parle de la société au niveau mondial, comme d’un ensemble unique. Elle me fait penser à la manière dont Bruno Latour décrit ce qu’il appelle Gaïa. Et il me semble qu’elle en a les mêmes caractéristiques. Elle est faite de systèmes dont aucun n’est indépendant des autres que ce soient les différentes sources d’énergie, les différentes nourritures, les transports, l’éducation, la santé, les différentes industries, la finance et les banques, etc. Tous ces systèmes complexes, car eux-mêmes très différents d’un bout à l’autre de la planète, sont tous interconnectés par des boucles d’action et rétroactions multiples. On pourrait dire infini, si l’infini n’était pas une grandeur mathématique théorique et non physique. Cette complexité fait qu’il est impossible de modéliser, même informatiquement un tel système et donc qu’il ne se gouverne que de manière empirique, expérimentale à chaque décision, sans jamais savoir ce que cela donnera, puisque toute action sur un module a forcément des répercutions imprévisibles quasiment partout ailleurs.

Mais ce qui est nouveau depuis moins d’un siècle c’est que nous avons enlevé l’échelle qui nous retenait au sol. Je m’explique. Jusqu’en gros le milieu du 20ème siècle la majorité de la population dans nos pays occidentaux développés vivait soit quasiment en autarcie, soit était proche de l’autarcie, ou pouvait y revenir en cas de crise grave. Dans les pays qui se sont développés plus tardivement, ou qui ne le sont pas encore, c’est plus tard que cette majorité de la population a quitté une vie proche de l’autarcie. Aujourd’hui le développement des villes, y compris dans les pays les plus pauvres, éloigne de plus en plus de monde de cette situation antique qui avait toujours très majoritairement prévalue, être proche de l’autarcie. Etre en autarcie, ou en être proche, n’est pas le plus souvent un indice de grand développement, mais, et je vais y revenir, c’est un indice de sécurité en cas de crise.

En effet, dans les crises historique précédentes, et nous ne les connaissons pas toutes, il y en a eu des centaines, quand des civilisations historiques, mais aussi préhistoriques, ont disparues. Les populations pendant un certain temps sont revenues en situation de quasi autarcie et ont repris le lent chemin vers une nouvelle civilisation des décennies ou des siècles plus tard. Certes il y a eu le plus souvent une chute brutale de population à cause des guerres, des famines, des épidémies, des massacres, etc. Mais une population a continué sur le lieu des anciennes sociétés une vie plus fruste, mais possible.

Or aujourd’hui si la civilisation actuelle se délitait, pour une raison ou pour une autre, qu’adviendrait-il ? J’expliquai plus haut que la complexité même de la société mondiale actuelle ne permet en aucun cas de savoir quel est son degré de sécurité. Nous avons tiré l’échelle en nous éloignant de l’autarcie ou du retour à l’autarcie possible pour la plus grande partie de la population mondiale. J’ajouterai que la population elle-même, des milliers de fois plus nombreuse que lors des crises précédentes, rendrait de toute façon un retour à une forme d’autarcie très difficile, à moins d’une diminution drastique de la population mondiale. Une autre nouveauté est que la société est mondiale et donc que, si effondrement civilisationnel il devait y avoir, il serait mondial. Alors que les disparitions de civilisations précédentes n’étaient que locales et souvent le fait d’un envahisseur créant rapidement une autre civilisation.

Nous ne pouvons pas savoir si notre société globale est fragile on non. Nous n’avons que des moyens empiriques et expérimentaux d’agir sur elle. Et de plus, même si une action scientifique sur elle était possible techniquement, ce qui je le répète n’est pas le cas, elle serait impossible humainement, politiquement. En effet la gouvernance politique et économique est un rapport de force. C’est la géopolitique qui agit et quand des difficultés se font jour les égoïsmes priment plus que jamais.

Alors on ne peut que regarder les choses se faire avec une certaine dose de scepticisme.

INDIVIDUALISATION DE LA MEDECINE, TRANSHUMANISME, INEGALITES ET DEMOCRATIE

Les progrès de la recherche médicale sont importants actuellement dans le domaine d’une individualisation du traitement des maladies, comme le cancer notamment. Ils consistent à chercher des traitements particuliers, génétiques ou non, adaptés à chaque individu.

Cela a un coût très important. Il est normal que dans le premier temps d’un traitement il coûte très cher au moment de son expérimentation et de son développement. Cela s’est toujours passé ainsi. Ensuite avec la généralisation du traitement les coûts diminuent fortement et il profite à un grand nombre de personne. Mais ici ce n’est pas le cas. En effet il s’agit de traitements individualisés et donc qui ne seront en aucun cas généralisables à d’autres. Il faudrait, si ou voulait traiter ainsi tous les malades du cancer par exemple, développer des recherches ciblées différentes et toujours aussi chères les unes que les autres pour chacun. Or ces coûts, très importants, possibles quand il s’agit d’une recherche expérimentale sur quelques individus, sont totalement impossibles à généraliser à la fois financièrement et humainement : il faudrait une foule de chercheurs.

Cela me rappelle les utopies du transhumanisme, ou de l’homme augmenté. Une utopie qui prétend résoudre le problème de la mort en remplaçant chez le malade les organes défectueux ou usés par l’âge, par des greffes ou des artefacts. Là encore, c’est tellement couteux, et ce le sera toujours, que cela ne peut être réservé qu’à une frange infime de la population, qui ferait mieux de faire face à l’idée de sa propre mort et de régler ses problèmes philosophiques.

Dans les deux cas il y a le problème évident de l’inégalité et de la démocratie. Que seuls quelques élus, parce qu’ils font partie de l’élite ou parce qu’ils ont la chance de faire partie du panel expérimental de la recherche, en bénéficient pose de sérieux problèmes éthiques qu’il faut avoir le courage de regarder en face et de débattre de manière démocratique.

On ne doit certes pas brider la recherche. Mais le rôle des pouvoirs publics est de l’orienter. Comme toute recherche, celle sur les thérapies individualisées aura probablement des répercutions inattendues dans des domaines grands publics. Elle doit donc être poursuivie. Mais il ne peut être question de rêver à une généralisation de l’individualisation des traitements, même avec des aides informatiques. Un débat public en ce domaine me semble nécessaire.

jeudi 8 septembre 2016

AU SUJET DE : « RECONSTRUIRE EN PHILOSOPHIE » DE JOHN DEWEY

Ce livre publié pour la première fois en 1920 est à fois daté et de pleine actualité.

Pour le côté daté il est écrit au moment où la modernité triomphante développe, au moins dans les pays occidentaux, les sciences, les techniques, commence à sortir les masses de la misère, où la notion de progrès est largement partagée. C’est ainsi que la « nature » est considérée alors comme un champ où l’homme peut agir à sa guise. Ainsi John Dewey écrit : « L’environnement physique n’offre aucune barrière insurmontable » ; « diriger les forces de la nature par la connaissance » ; « la nature est soumise aux projets humains » ; il parle « d’un possible sans limites », etc. Il nous fait le récit de la venue de la modernité, c'est-à-dire de la lente montée de l’autonomie de l’être humain, dans des chapitres qui annoncent, sous un autre point de vue, les classiques que sont : «La société ouverte et ses ennemis » de Karl Popper et «Le désenchantement du monde » de Marcel Gauchet, qui seront écrits bien plus tard. On peut toujours ergoter sur le caractère un peu dépassé de certaines visions, mais sur l’essentiel, sur le mouvement général, il est dans la vision actuelle de cette autonomisation. Il est aussi indirectement daté, car 1920, c’est la fin de 1ère guerre mondiale, c’est encore la guerre civile en Russie, avant la construction de l’URSS. C’est un moment où les idéologies (nationalisme, racisme, communisme) sont triomphantes en passe de devenir totalitarismes. Mais John Dewey, lui, prend le contrepied de cette tendance. Il est totalement opposé à la vision d’un système global d’explication du monde, et en cela il est bien, comme d’autres, minoritaires à l’époque, en avance sur son époque. On pourrait dire qu’il annonce ces démocrates ou sociaux démocrates qui feront finalement triompher la démocratie en lien avec le développement social en Occident, dans le New Deal ainsi que dans le triomphe des Etats Providences entre 1945 et 1975. Il est aussi daté par le quasi trou noir que constitue son silence sur la grande partie du monde alors colonisé. Il a juste une phrase ou deux sur ces sociétés primitives à qui l’on doit permettre, pour lui, un développement autonome, vision là encore actuelle, mais plus que rapide.

Depuis le milieu des années 70 du siècle dernier la modernité est en crise. Je ne veux pas y revenir trop longtemps. D’abord crise n’est pas forcément pessimiste. Une crise c’est le passage d’un moment historique à un autre, qui est forcément à construire et inconnu. Nous sommes probablement déjà passé, au moins partiellement, dans un autre moment historique, mais sans avoir pour l’instant réussi à le conceptualiser. Cette crise a plusieurs aspects donnés sans ordre. Il y a crise écologique au sens où l’épuisement des ressources naturelles est en vue. Avec la dégradation de l’environnement, le réchauffement de la planète cela nécessite de passer à un autre mode de développement économique. Il y a crise démocratique avec le triomphe de l’individualisme, qui abolit l’obligation morale, ne laissant que l’obligation législative et entraîne à l’égoïsme. Il y a crise du capitalisme avec le triomphe du capitalisme financier internationalisé sur le capitalisme industriel qui a réduit le pouvoir politique (autre cause de la crise démocratique) et dont les profits sont déconnectés des intérêts de la population, contrairement au fordisme (payer bien les ouvriers pour qu’ils puissent acheter) et à la cogestion à l’allemande. Il y a crise des valeurs, avec la fin des idéologies, la fin du règne de la notion de progrès. Il n’y a plus de système global explicatif, même pas en sciences. Le changement avec la crise, se fait sans voir l’avenir et développe l’angoisse.

L’interrogation de John Dewey reste d’actualité dans la crise de la modernité. Il met bien l’accent sur le fait que la modernité (matérielle, scientifique, technique) n’a pas été accompagné du même progrès dans les sciences humaines et évidemment la guerre qui vient de se terminer en est l’exemple évident. Il dit que la modernité n’est que « par incidence, par intermittence et de l’extérieur utile au bien être général ». Mais pour lui il n’y a pas de système global d’explication, qui serait une nouvelle idéologie. Il faut expérimenter au cas par cas, avancer au pas à pas, et rectifier les actions en fonction des résultats, dans les sciences sociales, comme dans les sciences et techniques. C’est cela la nouvelle philosophie, ancrée dans la réalité. Cela est évidement très actuel. Le sens des actions à entreprendre doit être la recherche du bien être général des individus, et s’il ne parle pas de développement durable, c’est tout à fait compatible. L’actualité a apporté l’intérêt des populations futures et des manières d’agir plus précautionneuses, sans brider toute action. Je retrouve là, dit autrement, les écrits de Bruno Latour, qui est certes plus radical, notamment dans « Face à Gaïa », sur deux idées essentielles et actuelles. D’une part que comme l’a montré dit Darwin l’être vivant s’adapte à son environnement. Mais Dewey ajoute qu’en même temps il le modifie. « Même un coquillage agit sur l’environnement et le modifie dans une certaine mesure » ; « en retour les changements produits sur l’environnement réagissent sur l’organisme et ses activités ». C’est aussi une des principales idées de départ de Bruno Latour. D’autre part sa conception décentrée du monde correspond aux boucles multiples et multiformes d’actions et de réactions entre tous les êtres et phénomènes qui est la vision du monde qu’a Bruno Latour.

Pour terminer je trouve que sa vision de l’éducation est fondamentale. Une éducation qui est permanente et non pas cantonnée à l’enfance et une éducation qui doit être expérimentale et active.

jeudi 1 septembre 2016

MACRON Une nouvelle marque de dentifrice ou une charge susceptible de dynamiter le système politique

Macron qui occupe présentement le monde médiatique a les plus grandes probabilités de finir, comme beaucoup d’autres avant lui au cimetière des illusions perdues. Avec son air de premier de la classe d’un collège huppé qui ne doit pas plus connaître le prix d’un ticket de métro que d’une baguette de pain il n’a rien de plus (et plutôt beaucoup moins) que Juppé ou Bayrou, deux qui sont sur le même créneau que lui. En temps normal l’agitation médiatique devrait retomber aussi vite que le soufflé. Sauf que nous ne sommes pas en temps normal !

Si Macron a une toute petite chance d’avoir un avenir, mais probablement pas du tout celui dont il rêve, c’est que nous sommes en temps de crise profonde, je n’y reviendrai pas.

Je commencerai à rappeler le précédent italien, dont j’ai déjà dit que, pour moi, il était un pays toujours précurseur sur le plan politique. Je rappelle qu’il a inventé le pacifisme dès 1914 (mis à part le Japon, cas particulier et lointain), qu’il a été le premier pays totalitaire, qu’il a été le premier à faire exploser les partis traditionnels, qu’il a été le premier où l’extrême droite fascisante s’est reconvertie au système, jusqu’à participer à des gouvernements. Actuellement le système politique italien a à voir avec l’Empire Romain, après la République. Il y a eu Berlusconi, aujourd’hui Renzi, en embuscade Grillo. Comme dans l’Empire Romain il y a de la place pour les grands (César, Auguste, Justinien…) et pour les autres (Néron, Caracalla, Olybrius…).

Cela pour dire que le système politique français (et en particulier la représentation par deux grands partis le PS et Les Républicains) est près d’exploser et que par hasard Macron pourrait être celui qui allume la mèche. Si le système explose il se reconstituera à l’italienne de manière chaotique, sans la stabilité qui était donné par les grands partis d’hier (en Italie la Démocratie Chrétienne surtout, mais aussi le Parti Communiste). Et nous verrons, plus que probablement, le système médiatique, avec sa vitesse de renouvellement effrayante, faire monter des « Imperators », pour les rejeter aussi vite aux oubliettes. Macron pourrait être le premier.

Quand à gouverner, c’est autre chose. Je rappelai dans un précédent article les trois priorités (pour moi au moins) : une urgence environnementale ; une crise de gouvernance économique et une crise démocratique. Sur ces trois domaines Macron n’a pas plus d’idées, ni de chance de réussir que n’importe quel autre.

Une fois qu’il aurait fait exploser le système l’avenir serait encore plus incertain. Mais on ne sait jamais… L’avenir est toujours imprévisible (dans tous les sens positifs, comme négatifs).

En tout cas on ne s’ennuie pas. On peut sortir du trio Sarkozy – Le Pen – Hollande. Il y a au moins un minimum d’imprévu.

mercredi 24 août 2016

PRESIDENTIELLE

L’élection présidentielle est largement en vue ( de toutes façons étant donné le système actuel quinquennal elle est en vue dès l’élection précédente acquise).

Pour y réfléchir, même si je dois changer d’avis, essayons d’être logique. D’abord quelles seraient les grandes lignes politiques qui me semblent essentielles à faire avancer. Pour moi j’en vois trois que je donne dans le désordre, sans détailler ici. Premièrement une urgence environnementale. L’aveuglement face à la crise est toujours aussi grand et ce ne sont pas les sommets internationaux actuels qui actuellement y changent grand-chose. Deuxièmement une crise de gouvernance économique, les politiques ayant laissé la main des décisions essentielles aux multinationales financières ou à des organismes internationaux, comme l’union européenne, qui pratiquent globalement une politique dans l’intérêt de ce capitalisme financier. Le problème étant comment reprendre la main. Troisièmement une crise démocratique complexe liée autant à la situation actuelle qu’à une évolution générale d’une forme de la modernité vers plus d’autonomie des individus (le mauvais côté d’une bonne chose). Les propositions sont loin d’être évidentes.

Le problème ensuite est celui du résultat prévisible de l’élection. S’il est évident que chaque élection réserve toujours une large part d’inconnu, qui met du sel dans ce monde trop tristounet, il y a quand même des évidences. Les trois, quatre, voire cinq qualifiables sont dans le désordre Le Pen, un Républicain (et pour moi ce sera Sarkozy, que je vois d’ailleurs élu), un Socialiste (certainement Hollande) et pourquoi pas un plus à gauche type Mélanchon, à la rigueur un centriste type Bayrou si Sarkozy est candidat. Les deux derniers, s’ils peuvent éventuellement devancer le socialiste ou le Républicain n’ont quasiment aucune chance d’aller au second tour, encore que le centriste c’est moins sûr, cela serait l’inconnu de ce scrutin. Et le duel prévisible est Républicain - Le Pen avec la victoire du premier (Sarkozy je parie depuis longtemps). Sur ces cinq candidats on ne peut pas dire qu’ils feront avancer grand-chose sur les trois domaines dont je parlais plus haut, sauf si l’urgence de l’actualité avec une pression médiatique les y contraint, et alors peu importe qui sera aux manettes. Pourtant on ne peut quand même pas dire qu’il n’y a pas de différences entre les cinq solutions. Il est évident qu’une élection (et même un grand score, pourtant prévisible) de Le Pen serait catastrophique à bien des égards, sans sombrer dans la paranoïa gauchiste (elle n’est pas nazie, ni même fasciste). L’élection de Sarkozy serait elle aussi, même différemment, préjudiciable. Il suffit de voir son programme, même s’il est fait pour ne pas être appliqué. La division des Français, le retour réactionnaire, au moins au niveau des idées est très profond. Pour les autres si c’est un Républicain type Juppé (mais il va très probablement se faire bouffer par les dents longues et politiciennes de Sarkozy), un socialiste ou un centriste la différence est plus que mince. Un candidat plus à gauche n’aurait aucune chance au second tour, sauf imprévus d’actualité gravissime.

Dans ces conditions le vote est par élimination. Si les trois possibles étaient un Républicain type Juppé, un socialiste ou un centriste l’élection n’aurait pas d’importance et on pourrait voter au premier tour pour un candidat plus marginal (je n’en vois pas pour l’instant, le seul qui me paraissait convenable Hulot s’est désisté, et je le comprends bien). Donc dans le contexte actuel il faudra dès le premier tour voter utile, c'est-à-dire parmi ceux qui vont émerger des primaires ou un centriste qui tenterait de faire tomber Sarkozy.

On va voir ce qu’il en sera alors. Attendons les primaires et leurs conséquences.

mardi 23 août 2016

BURKINI ET LIBERTE

Le débat actuel sur le burkini exacerbe les contradictions de notre époque, d’une certaine manière il pourrit le débat.

D’un côté il y a la ligne de conduite, qui me semble essentielle, de maintenir les libertés, de refuser de les restreindre au nom de la sécurité. En cela l’interdiction du burkini est une régression.

D’un autre côté il y a la lutte pour l’émancipation des femmes, qui est le problème essentiel de la libération et de l’autonomisation des individus. C’est toujours la situation des femmes qui est le critère principal montrant le degré de liberté d’une société. Et là il est certain qu’il faut aider les femmes musulmanes à sortir du lourd assujettissement de leurs traditions (souvent réinventées). Mais cela ne se fait pas par décret, mais par la lutte des idées. Quand on prend un décret, c’est qu’on a perdu la lutte des idées, ou qu’on se sent incapable de la gagner, voire la mener. C’est comme la violence qui est l’arme ultime de ceux qui ne sont pas capables d’avoir raison.

Mais il y a encore un troisième côté qui est l’injonction faite de suivre des normes occidentales, l’exhibitionnisme féminin en l’occurrence, certes nous sommes en Occident.

Mais quatrième face du problème au nom de quoi imposer des normes dans une société qui se veut (et c’est le sens de ce côté de la modernité) celle de l’émancipation de tous.

Et quatrième face (il y en a peut-être encore d’autres) : le problème du communautarisme. Il me semble qu’on ne peut l’éviter qu’essentiellement par des mesures positives et non par des interdictions. Il faut ouvrir l’urbanisme, éviter les ghettos, développer l’éducation des plus défavorisés, insérer par le travail les moins qualifiés. Reste le problème d’une éventuelle immigration beaucoup plus massive prête à venir (et encore plus demain qu’aujourd’hui) du Moyen Orient et d’Afrique devant laquelle il ne faut pas se voiler la face qui peut déstabiliser nos sociétés.

mardi 16 août 2016

Au sujet de « FACE A GAIA » de Bruno LATOUR

Je viens de terminer « Face à Gaïa » de Bruno LATOUR. Je n’ai pas tout suivi, ni ne suis pas sûr de ne pas faire de contresens sur ce que veut dire l’auteur. Je vais essayer, en toute modestie, et avec toutes les précautions possibles tenter de résumer ce que j’en ai tiré. C’est un ouvrage qui me semble très intéressant et très important, car il brasse le problème à tous les niveaux, même s’il a été pour moi difficile à lire. Je m’y suis accroché.

Le point de départ est que nous sommes arrivés à un Nouveau Régime Climatique. Que les impacts de l’homme sur la terre sont tels que beaucoup de scientifiques considèrent que nous sommes entrés dans une nouvelle ère géologique dite Anthropocène parce que c’est l’homme qui aujourd’hui est l’acteur majeur des changements, y compris géologiques.

Comme un certain nombre d’autres chercheurs Bruno Latour appelle Gaïa le système global constitué par l’interaction des êtres vivants, dont naturellement l’homme et de tous les phénomènes dits « naturels », en fait de plus en plus influencés par l’homme, mais aussi les océans, l’atmosphère, les roches, etc. Ce système ne doit pas être vu, pour lui, comme un Système avec une majuscule qui serait totalisable, comme on parlait hier de Nature pour l’opposer à la Culture. Le mot Gaïa, pour lui, est souvent utilisé comme un nom pluriel, pour bien montrer la multiplicité des phénomènes. C’est l’ensemble des boucles d’interaction entre tous les êtres et les phénomènes, etc., boucles dont on ne connaît toujours qu’une faible partie.

Bruno Latour, comme beaucoup d’autres, revient donc sur la séparation des Modernes, Descartes en tête, entre Culture, privilège de l’homme et Nature inanimée et vouée à être dominée et utilisée à sa guise par l’homme, séparation qui a crée la notion de Culture en Occident, contrairement à d’autres civilisations, qui a permis le progrès scientifique, technique, des derniers siècles, mais nous amène à l’impasse actuelle de l’Anthropocène.

Bruno Latour insiste beaucoup sur le danger de maintenir l’idée de systèmes qui seraient possibles de gérer d’en haut, de globaliser. Par exemple, contre l’idée d’une Science qui prétendrait se faire une, il défend l’idée des sciences multiples, chacune dans leur domaine, interagissant les unes sur les autres et sur le réel. Cela vaut aussi bien au niveau politique, il voit l’incapacité croissante du politique à gérer le monde, car vu d’en haut et les solutions vu comme uniquement solutionnables par la politique. Il voit donc aussi cette Gaïa plurielle comme absolument pas unifiée, mais pleine de contradictions, d’aspects les plus divers. Bruno Latour cherche pourquoi face aux risques évidents du Nouveau Régime Climatique nous ne faisons rien, alors que dès que se pose un risque économique ou géopolitique quelconque tout est aussitôt mis en branle. Il voit là une incapacité des Modernes à affronter un changement global, parce que pour eux le changement aurait déjà eu lieu, justement avec l’avènement de la modernité. Et lui voit cet avènement, comme beaucoup aujourd’hui, comme la poursuite, sous une autre forme, sécularisée, des religions anciennes, que les Modernes croyaient avoir dépassé.

Bruno Latour n’apporte pas de solutions toutes faites. Mais pour lui la solution, si j’ai bien compris, est d’une part de faire prendre conscience de la fausse solution qu’était la Modernité, qui n’était qu’une fausse sortie de la religion. D’autre part face au défi multiforme et à la non globalisation des problèmes, et donc des solutions, il faut en passer par des actions multiformes, elles aussi non globalisables décidées par des acteurs des sciences, de la politique, des chercheurs des sciences humaines, des représentants de la société civile, mais aussi faire participer aux décisions des hommes qui représenteraient l’intérêt des non humains et des phénomènes divers : des représentants de l’eau, des forêts, etc.

vendredi 24 juin 2016

LES HEROS ONT UN CôTE NOIR … HEUREUSEMENT !

Je suis frappé par l’insistance qu’ont certains pour chercher à minimiser l’importance de gens qui ont eu des comportements soit héroïques, soit ont été de grands savants ou intellectuels en recherchant leur(s) côté(s) noir(s). Dernièrement il s’agissait de Coluche qui est plus complexe que ce qui semblait. On a ainsi aussi parlé des faiblesses de Freud, de L’Abbé Pierre, de Gandi, de Martin Luther King et j’en passe. Mais ne peut-on pas seulement se satisfaire que Coluche nous ait mis ironiquement face à notre réalité et ait co-crée les restau du Cœur ; que Freud ait exploré l’inconscient humain ; que L’Abbé Pierre ait fait la Résistance, crée Emmaus et co-crée les Restau du Cœur ; que Gandi ait cherché à obtenir la décolonisation du sous-continent indien par la moindre violence ; que Martin Luther King ait cherché à faire abolir sans violence les discriminations raciales ? Qu’ils aient eu d’autres faces, qu’en quelque sorte ils n’aient pas été des Dieux, mais de simples hommes cela n’est-il pas au contraire rassurant. Heureusement ils étaient des hommes !

24 juin 2016

vendredi 20 mai 2016

LA VIOLENCE

Il me semble que nous assistons à une montée de la violence au sens large. La barbarie de l’Etat Islamique, les casseurs d’extrême gauche dans les récentes manifestations françaises (qui sont finalement les mêmes), mais aussi au plus large un mécontentement généralisé et hargneux, des minorités extrémistes dans toutes les confessions religieuses, mais aussi laïques (y compris l’écologie, la laïcité et les Droits de l’Homme), sans oublier une politique de certains patrons de total mépris pour leurs salariés.

La violence n’est pas nouvelle. La barbarie, son extrême, non plus. S’il n’existe plus qu’une race humaine sur terre c’est que, plus que probablement, les autres races parallèles (Néanderthal, Florès, Dénisova et probablement bien d’autres) n’ont pas disparu naturellement par hasard juste au moment de l’arrivée chez eux de nos ancêtres homo sapiens sapiens. Ensuite l’histoire nous raconte les massacres de Gengis Khan, les guerres de religion, la guerre de 30 ans, le génocide avant la lettre des Indiens d’Amérique, puis dans notre 20ème siècle les génocides arméniens, juif et ruandais, enfin les totalitarismes nazi et communistes.

Il n’est donc pas question de parler d’une montée exceptionnelle de violence, mais simplement d’une tendance actuelle à y recourir systématiquement pour beaucoup de monde au lieu d’agir de manière purement pacifique. Je ne veux pas faire un listing de toutes les violences actuelles, simplement en signaler là où elles ne sont pas évidemment visibles. Et ensuite, peut être, chercher des pistes pour expliquer cela. Les mouvements sociaux ont tendance à sortir du cadre classique policé (ce qui n’est pas non plus totalement une nouveauté). Les routiers, agriculteurs, taxis et autres manifestent de manière souvent violente. Toutes les religions ont en elles des minorités extrémistes, les musulmans, mais même aussi des intégristes bouddhistes ou hindouistes qui massacrent d’autres minorités religieuses. On voit bien que l’écologie peut dériver en violence avec les zadistes, comme à Notre Dame des Landes. Les intégristes de la laïcité prétendent interdire aux religions une partie de leur droit d’expression. Ceux des Droits de l’Homme réclament à grand cri l’intervention dite humanitaire dans les pays en crise. On voit où cela nous mène de L’Irak à la Lybie en passant par l’Ukraine et l’Afghanistan. Quand au patronat de plus en plus détaché des salariés, obéissant au monde financier il manifeste une tendance (pas générale heureusement) à pressurer au maximum les salariés en les mettant sous pression et en concurrence constante, en pratiquant le harcèlement moral permanent et en rejetant sans aucun complexe tous les salariés et toutes les entreprises, non seulement si cela ne rapporte pas assez, mais si le licenciement est source financière.

Quelles pistes peuvent expliquer cette tendance généralisée à avoir des comportements violents. Je pense que le premier indice est dans la montée de l’individualisme (victoire de la modernité, mais qui a aussi sa face sombre). Il me semble qu’il y a en premier lieu la montée du chacun pour soi, pour ses propres intérêts, la fin des solidarités collectives (autres que des solidarités limitées à une corporation ou un intérêt catégoriel précis), collective au sens le plus large de l’intérêt de tous et non pas du quelques uns contre les autres. L’autre explication est à chercher à mon sens dans l’incapacité que ressentent les individus d’avoir une prise démocratique sur leur avenir. J’y suis déjà largement revenu en tentant d’analyser la crise politique et démocratique actuelle. Une de ses caractéristiques est l’éloignement des centres de décision et le report des centres de décisions majeures hors de portée des citoyens, donc de la démocratie, y compris des Etats. La violence se manifeste le plus souvent quand on ne voit pas de moyen de faire autrement, c’est la réponse face à l’impuissance. La violence est souvent un aveu de faiblesse.

Mais ces pistes, ces tentatives de compréhension ne sont en rien des justificatifs. Je reste profondément attaché à la non violence et à la négociation pacifique dans tous les rapports humains, tant qu’on le peut. Contre Hitler ou L’Etat Islamique on n’a pas forcément le choix, mais c’est un cas extrême, donc une exception. Mais l’action même contre eux ne doit se faire qu’avec le minimum de violence. S’il y a donc des actions à entreprendre elles ne doivent en aucun cas être entachées de violence. Et pour ma part je refuse de participer à toute action qui justifierait le moins du monde cette violence. Car la non violence, c’est le seul moyen de bâtir un avenir. Toute solution de conflit obtenue par la violence aura son avenir forcément entaché de cette violence. La non violence pour nous cela rappelle Gandhi ou Martin Luther King, c’est je crois beaucoup plus que cela. Car ces deux grands leaders ont développé leur non violence pour s’opposer aux tendances violentes des partisans qui les entouraient. On a bien vu les massacres à la partition de l’Inde en 1947 ou les mouvements noirs violents comme les Blacks Panthers. Mais la politique de ces deux leaders n’était pas sans sous entendu. Ils savaient qu’ils allaient déclencher la violence de leurs adversaires et que cela allait les servir. Je crois par contre qu’une véritable non violence c’est celle qui oblige l’adversaire à agir lui aussi de manière non violente, ce qui permet la résolution sereine du conflit. En cela le Tao chinois a je pense beaucoup à nous apporter. Je conclurai en disant que pour ma part je crois qu’il faut refuser toute participation à des mouvements entachés de violence et qu’il faut d’abord préalablement agir sur soi. Apprendre à réguler ses émotions, atteindre la tranquillité, même dans les moments difficiles, surtout dans les moments difficiles. Apprendre à désarmer la violence de l’autre par son propre calme. C’est un chemin intérieur difficile, jamais terminé.

mercredi 18 mai 2016

LE CLANISME DES SOCIETES ARABES

J’avais déjà lu un ouvrage, dont je ne me souviens ni le titre ni le nom de l’auteur, qui expliquait les difficultés des entreprises occidentales à s’implanter dans d’autres régions du monde. Il citait notamment les problèmes particuliers de la Chine, sur lesquels je ne reviens pas, et les pays arabes. Il expliquait que es sociétés arabes fonctionnaient sur un modèle claniste et qu’il fallait apprendre à en tenir compte.

Dans la dernière parution d’ « Hérodote » deux articles reviennent sur ce problème, un sur l’Irak et un sur la Lybie. Le clanisme dans les pays arabes est comme partout dans le monde confronté à la modernité qui tend à autonomiser les individus. C’est une lutte interne à chacun de ces pays, analogue à la lutte que nous avons du mener depuis la Renaissance dans notre Occident pour mettre à bas la société fermée dominante à base religieuse. Les pays arabes s’en sont plus ou moins débarrassés, ou ont eu tendance à le faire, en Tunisie notamment, avec la laïcité imposée par Bourguiba. Le nationalisme, voire les tendances socialistes pan arabiques ont été dans ce sens. Mais à chaque fois que ces pays connaissaient des difficultés il y eu réactivation du clanisme. En effet celui-ci permet la protection des individus dans les périodes difficiles. De plus les régimes dictatoriaux ont pu s’en servir pour mieux asseoir leur pouvoir dans les moments où ils éprouvaient des difficultés, cela a été notamment le cas de Saddam Hussein et de Kadhafi à fin de leurs régimes.

La déstructuration de l’Etat Irakien, suite à l’intervention américaine, et à la totale incompétence de la gestion de l’Irak occupé par l’administration américaine, a poussé les Irakiens à reconstituer les réseaux claniques. En Lybie, qui n’a jamais été vraiment un Etat, les tribus ont toujours eu une importance de structuration de base de la société. Il est donc évident que l’après Kadhafi ne pouvait être que ce qu’il est : des coalitions de tribus en perpétuelle lutte/compromis entre elles.

C’est en ce sens que le grand credo pour la démocratie dans les pays arabes poussé notamment par Obama ou BHL oublie l’essentiel. Certes des secteurs importants des pays arabes sont en voie d’autonomisation, cela s’est manifesté notamment dans les Printemps Arabes, mais ils sont loin d’être sortis du clanisme, qui prend une importance accrue dans la crise actuelle. Les facteurs économiques et culturels ne permettent pas pour l’heure une véritable avancée démocratique dans ces pays. La démographie galopante, le retard économique qui se traduit par pauvreté et chômage est un premier obstacle à la possible démocratisation. On ne construit pas une démocratie dans la crise économique qui prend nécessairement le devant de la scène. La lutte pour l’autonomie de l’individu, qui est certes en cours, sera dure et longue. La place de la femme, comme partout, est essentielle. Cela se manifeste dans la crise islamique actuelle, comme dans la place des mutilations sexuelles féminines qui sont majoritairement pratiquées en Egypte notamment. Et la démocratie ne peut venir que quand l’autonomie des individus est bien avancée.

Dans les pays arabes aussi le chemin de l’autonomie de l’individu est en cours. Nous en vivons les soubresauts violents, avec des reculs parfois spectaculaires. Le clanisme est un obstacle à vaincre pour aller en ce sens. Seulement, tant que ces pays seront en crise, le clanisme sera leur meilleure protection. Car l’autonomie de l’individu le laisse seul et nu face à la société. Il faut reconstruire d’autres solidarités (nous en sommes notamment arrivés chez nous à l’Etat providence). Quand à la démocratisation de ces pays, qui a été en Occident une conséquence de l’autonomie, elle prendra, dans les pays arabes comme ailleurs, des formes forcément particulières. Elle est, elle aussi, en route de manière multiforme et chaotique. Mais nous n’en sommes qu’aux prémices.

jeudi 12 mai 2016

DEMOCRATIE

DEMOCRATIE

Je voudrai rassembler ce que j’ai déjà écrit de manière dispersée sur la démocratie et peut-être arriver à aller un peu plus loin sur la réflexion.

Commençons par préciser que la démocratie se situe dans le mouvement de la modernité, c'est-à-dire de la libération des individus des contraintes des sociétés fermées et particulièrement de la domination religieuse sur celles-ci. Les idéologies ont été, et sont encore ici et là, un prolongement laïque de cette domination religieuse. Pour qu’il y ait démocratie il faut que les hommes soient socialement libres et égaux. Mais ce n’est qu’une condition nécessaire et naturellement pas suffisante. Pourtant autant la démocratie est en crise, autant le mouvement de libération et d’égalité des individus se poursuit (non sans à coups) dans le monde. La libération des femmes et des mœurs, jamais terminés, en est l’indice marqueur.

Il convient probablement de chercher d’abord quelles sont les autres conditions nécessaires pour bâtir une démocratie. Si on en revient aux philosophes des lumières et aux révolutionnaires tant américains que français, qui y ont beaucoup réfléchi on peut poser différents bases. La première est la taille de la société démocratique. Rousseau pense qu’elle ne peut être que petite, pour que tous les individus puissent réellement y participer. Les sociétés plus importantes ne pouvant être que des fédérations de petites sociétés démocratiques. La deuxième est le problème de la représentation par des élus sous quelque forme qu’elle soit. Beaucoup pensaient que déléguer à des élus n’était pas démocratique et qu’il fallait diriger collectivement, on en revient indirectement à la taille de la société. La base d’une société démocratique pour Rousseau est le contrat social que doivent passer entre eux les individus d’une telle société. Autrement dit il doit y avoir consensus sur le fonctionnement de la démocratie. Force est de constater que nous en sommes loin. Les sociétés qui se disent démocratiques ont une taille ne permettant pas une participation directe des individus, sauf exceptions rarissimes. De plus leur taille ne cesse d’augmenter. Rien qu’en France les pouvoirs passent de la commune à la communauté de commune, du département aux Régions que de plus on agrandit, de l’Etat à l’Europe et à des instances internationales diverses. Dans l’esprit général la représentation par des élus est devenue la marque même de la démocratie, même si de plus en plus de questions se posent sur les élus. Il n’y a aucun consensus social sur le contenu, les valeurs dans nos démocraties. Il n’est même pas recherché. Il n’y a donc pas de contrat social. Cela signifie tout simplement que ce que nous appelons démocratie n’est qu’une forme très éloignée de la société démocratique idéale. Il semble même que nous nous en éloignons de plus en plus (agrandissement de la taille des sociétés, coupure des élus de leurs administrés, ségrégation de la société entre des conceptions différentes avec entre autre, mais pas seulement, la montée du communautarisme).

Autre problème. Depuis 1789, et même la création de la 3ème République nous avons beaucoup avancé dans la voie de la libération et de l’égalité des individus. Il était possible dans un stade quasi intermédiaire d’autonomie de l’individu de lui inculquer une morale sociale, républicaine, de demander une intégration des nouveaux arrivants dans le pays avec acceptation du consensus social. Cela a permis par exemple la mobilisation sans quasiment de refus des soldats en 14-18. Mais aujourd’hui la libération des individus est devenue telle que plus aucune morale, sauf individuelle, n’est possible, ni d’ailleurs justifiable. Au nom de quoi demander et sur quelles valeurs demander l’intégration des nouvelles populations ? En un certain sens le contrat social est devenu impossible.

Enfin il y a l’évolution récente du monde qui rend bien plus difficile le fonctionnement de la démocratie. Depuis le milieu des années 70 du siècle dernier à la fois les Etats ont peu à peu abandonné nombre de leurs prérogatives à des instances internationales (Union Européenne, FMI, Banque Mondiale…) et ont laissé le capitalisme financier créer une oligarchie bien plus puissante que les Etats qui a pris le pouvoir réel sur le monde. Dans ce cadre les Etats sont démunis de la plupart des anciens outils qui permettaient de gérer leur société. L’exemple criant étant la Grèce dont le gouvernement élu a été obligé de pratiquer une politique totalement opposée à celle qu’il souhaitait et pour laquelle il avait été élu. Où est alors la démocratie ?

Contrairement aux discours ambiants nous n’avons jamais eu vraiment de démocratie au sens plein du terme. Et les bases de son fonctionnement sont de plus en en train de s’éroder. Il est inutile de chercher ailleurs la crise politique multiforme qui parcourt le monde dit démocratique. Les peuples errent à la recherche d’une issue. Mais les intellectuels sont silencieux, n’ont pas encore pris la mesure du problème. En fait il y a une sorte de consensus des élites (au-delà des fausses divisions) entre le capitalisme financier mondialisé qui s’enrichit monstrueusement et des élites politiques, économiques, médiatiques, intellectuelles pour justifier la situation actuelle. Le discours peut changer, mais il revient toujours au même. Soit on nous dit on ne peut rien faire. Soit il faut encore aller plus loin sur la voie des abandons multinationaux. Soit il faut rogner les soit disant avantages acquis (c'est-à-dire mettre fin à l’Etat providence). Les financiers mondiaux déversent sur ces élites une manne financière qui n’est qu’une aumône pour eux, mais qui leur donne des salaires pharamineux par rapport au citoyen moyen. Ils achètent le consensus.

La crise de la démocratie se traduit de manière multiforme. Trois tendances principales se dégagent. La première que nos élites appellent dédaigneusement populisme regroupe des tentatives de diverses sortes soit à l’extrême droite soit à l’extrême gauche. Quand il s’agit de l’extrême droite les politiques prônées sont généralement la fermeture des frontières à la fois aux marchandises venues de l’étranger pour défendre la production nationale et aux étrangers, qui servent de repoussoir, un point particulièrement important avec la crise actuelle des migrants. Il s’agit aussi de couper le maximum de ponts avec les instances supranationales, en sortant de l’Euro, voire de l’Europe par exemple. On reconnait là à la fois le Front National français, Victor Orban, le FPO autrichien, la droite polonaise ou slovaque, mais aussi le Tea Party américain. Quand il s’agit de l’extrême gauche on a des tentatives économiques du même genre, mais sans le bouc émissaire des migrants. Nous avons ici autant Podemos que Syriza, Le Front de Gauche français, Jeremy Corbin ou Bernie Sanders. Ainsi que je l’ai dit plus haut Syriza a été empêché de mener sa politique par les instances européennes. L’extrême droite européenne elle a pu imposer quelques points, notamment sur la fermeture des frontières aux étrangers. Sur le plan économique les abandons politiques des années précédentes corsettent les possibilités. Nous verrons avec le référendum anglais ce qui va se passer le mois prochain chez nos voisins britanniques. La deuxième tentative est celle de revenir à des entités politiques plus petites. C’est le problème posé par les tentatives indépendantistes écossaise et catalane, c’est la volonté du Tea Party de diminuer le pouvoir de Washington en donnant plus de pouvoir aux Etats. Jusqu’ici rien n’a été acté en ce sens (à part une paralysie politique grandissante aux USA). Mais si ce n’est peut-être pas la solution à la crise démocratique, qui est bien plus profonde, c’est peut être tout au moins un moyen de l’atténuer quelque peu. Le principe de subsidiarité (ne pas prendre de décision à un niveau si elle peut être prise à un niveau inférieur) est un principe qui va dans le sens de la démocratie, même si la solidarité entre entités riches et pauvres est alors à développer. La troisième tentative est de faire appel à des régimes plus autoritaires, à des leaders charismatiques. Mais ceux-ci n’auront pas plus de pouvoir pour résoudre ces problèmes et d’autre part affaiblir encore plus la démocratie n’aidera en rien à l’améliorer ! Ce n’est qu’une tentative de plus pour faire taire des peuples en révolte. De toute manière on ne peut rien prédire. Ce qui est certain c’est que d’une part, contrairement aux discours majoritaires, la démocratie n’a jamais été que très partielle. Les élites qui prétendent le contraire sont celles qui l’ont en quelque sorte squatté. Et d’autre part toutes les conditions existent pour qu’elle se rabougrisse. Maintenant le pire n’est jamais sûr. La première chose serait de faire prendre conscience du problème et de le mettre au centre du débat public. Les élites, y compris médiatiques, qui ont intérêt à maintenir le consensus, sont un obstacle objectif. Il s’agit bel et bien d’une lutte politique essentielle. Ensuite la vie tranchera…

jeudi 21 avril 2016

CRISE DE LA DEMOCRATIE ET DEPOSSESSION DE SON DESTIN

CRISE DE LA DEMOCRATIE ET DEPOSSESSION DE SON DESTIN

Je commençais hier à lire la dernière parution de la revue « Herodote » et une phrase de Marc LAVERGNE m’a interpellé : « A mettre en miroir le monde arabe du milieu des années 1970 et celui d’aujourd’hui, il semble qu’il soit entré dès cette époque dans une phase de dépossession progressive de son destin, pour passer du statut d’acteur à celui d’objet de sa propre histoire ».

En fait en y réfléchissant je me demande si, au-delà du monde arabe, la plupart des pays dans le monde, depuis le milieu des années 1970, ne sont pas, à des titres et avec des intensités diverses, plus ou moins dans la même situation et si ce n’est pas cela qui entraîne une crise de la démocratie et au-delà impose un nouveau contenu à celle-ci. Le milieu des années 1970 marque l’entrée dans la mondialisation actuelle. Celle-ci se traduit par la prépondérance d’un capitalisme financier de plus en plus internationalisé sur le capitalisme productif. Cela se traduit aussi par l’ouverture de plus en plus grande des marchés de capitaux et de marchandises. Cela se traduit également par la dépossession du pouvoir politique national au profit à la fois du capitalisme financier et d’institutions supranationales (F.M.I., Banque Mondiale, Union Européenne…). Cela se traduit en même temps par un dumping tirant vers le bas les salaires, les conditions de travail, les avantages sociaux (l’Etat providence péniblement bâti pendant le milieu du 20ème Siècle), les impôts sur le capital et les entreprises. L’essentiel pour ce qui concerne cet article est la dépossession du politique de nombre de ses pouvoirs et capacités d’action. L’exemple criant en a été la crise grecque où le gouvernement élu a du, contraint et forcé, faire la politique contraire à celle qu’il souhaitait et pour laquelle il a été élu. Et cela sans solution d’avenir. Les discussions actuelles montrent que les mesures imposées n’ont rien résolu, au contraire, ce qui sautait aux yeux dès le premier jour. Mais cela va bien plus loin. Allons à l’extrême. Même au niveau militaire le monde a totalement changé. Regardons les U.S.A., première puissance militaire, et de loin. Depuis la même époque elle a accumulé défaite sur défaite : Vietnam, Irak, Afghanistan. Elle est loin l’époque où une canonnière étatsunienne suffisait à faire changer un pays de gouvernement.

En fait on s’aperçoit que les Etats ont perdu une bonne partie de leur capacité d’action dans de plus en plus de domaines. C'est-à-dire que la démocratie, tout au moins telle que nous la connaissions avant 1974, tourne de plus en plus à vide. Nous allons assister l’an prochain à des élections présidentielles dans laquelle les principaux candidats vont nous faire des promesses totalement irréalisables parce qu’ils n’auront jamais les moyens de les tenir. Et donc quelque soit l’élu il va donc décevoir en quelques mois. Pour ne pas décevoir il faudrait qu’il ait le courage de reconnaître, avant l’élection, les limites qui seront celles de son pouvoir et qu’il ne fasse donc que les quelques propositions qu’il peut espérer réaliser. Mais ce n’est pas ainsi qu’on est élu ! A moins que la crise du politique prenne une telle ampleur d’ici un an que quelqu’un qui proposerait de telles choses et ait suffisamment de charisme puisse être entendu. C’est plus qu’hautement improbable.

Nous devons donc réfléchir sur la démocratie. Si les Etats ont perdu du pouvoir la démocratie a changé de nature. Pour y réfléchir il faut revenir au fondamental, c'est-à-dire à la montée depuis plusieurs siècles de la modernité, c'est-à-dire à l’autonomie de l’individu. La démocratie, telle que nous l’entendons, n’étant qu’une des formes, certes essentielle, de cette modernité. L’essentiel est donc de maintenir, développer l’autonomie de l’individu et d’abord par la liberté de penser, de s’informer, de débattre. Mais aussi dans la liberté de vivre sa vie comme on l’entend (et particulièrement sexuellement, la sexualité et la place de la femme dans la société étant toujours le thermomètre de l’avancée de la modernité), ce qui jusqu’à présent n’est pas remis en cause, dans nos pays occidentaux tout au moins. De plus la démocratie en elle-même ne se limite pas aux traditionnels partis politiques et aux élections, forme essentielle qu’elle a prise dans notre Occident. L’importance de la société civile, du milieu associatif est par exemple tout aussi importante.

Alors évidemment, comme cette dépossession du pouvoir politique, au moins étatique, n’est pas pensée on assiste à la crise actuelle du politique. Pour tenter d’en sortir nous assistons à des tentatives dans tous les sens. La tendance première est d’essayer de revenir en arrière, dans une société ancienne, où l’Etat avait bien plus de pouvoir. C’est aussi bien le programme du Front National (on ferme les frontières, on sort de l’Euro…). Mais on trouve bien des aspects des mêmes propositions dans les extrêmes gauches (de Podemos à Syriza en passant par Mélenchon). Mais c’est aussi l’Etat Islamique qui veut revenir au passé fantasmé des premiers califes de l’Islam. On ne refait pas l’histoire. On ne reviendra pas en arrière, il faut inventer le futur. Toutes ces tentatives sont vouées à l’échec. L’autre tendance à l’opposée de la première est la fuite en avant, c'est-à-dire déléguer encore plus de pouvoir au supranational en espérant que celui-ci saura résoudre les problèmes, puisqu’il a plus de pouvoir que les Etats seuls. Outre que c’est un abandon démocratique, c’est une politique des plus risqués. C’est ce qui nous a amené aux difficultés actuelles. Il est plus que probable que chacun continuera à jouer pour soi, en se servant du niveau supranational pour cela. Il faut arrêter d’être bêtement idéalistes et raisonner géopolitiquement. Une autre tendance est de donner plus du pouvoir au plus près. Ce sont les tentatives sécessionnistes tant de Catalogne que d’Ecosse, mais aussi du Tea Party étatsunien qui veut donner le maximum de pouvoir aux Etats et le minimum à Washington. Redonner du pouvoir au local par le principe de subsidiarité n’est peut-être pas sur le fond une mauvaise chose. Certains autres pensent qu’il faut un gouvernement plus fort, avec une personnalité charismatique, un semi-dictateur en quelque sorte. Mais le problème n’est pas qui gouverne, mais que faire. Ce n’est pas pour l’essentiel la peur des élections prochaines qui paralyse le politique, même si cela peut jouer à la marge, mais c’est bien la dépossession des Etats de nombre de leurs pouvoirs. Alors que reste-t-il ? Je ne sais pas. Sauf que la première chose est de dire les choses, de les analyser, de les discuter. Car le pire aujourd’hui est le non dit, le refus de voir la réalité. Nommer, expliquer c’est déjà agir. Il faut reconnaître que la démocratie a changé pendant ces quarante dernières années, que l’Etat a perdu de ses pouvoirs, et qu’il semble bien qu’il y ait peu de chances, sauf crise qui ferait exploser le supranational, pour qu’il en retrouve beaucoup d’ici peu. Il faut faire avec. Nous allons assister à ces prochaines présidentielles au triste défilé de candidats qui nous proposeront des actions impossibles, une relance d’une croissance impossible, au lieu de se fixer des objectifs réalistes et limités. La crise du politique n’est pas finie ! Mais l’avenir n’est pas écrit. Qui aurait dit en 1974 que nous en serions là aujourd’hui ? Continuons à regarder, réfléchir, débattre. C’est l’essentiel. On verra au cas par cas.

mardi 19 avril 2016

DU VOILE ISLAMIQUE A L’EXHIBITIONNISME FEMININ … MEME DOMINATION MASCULINE ?

DU VOILE ISLAMIQUE A L’EXHIBITIONNISME FEMININ … MEME DOMINATION MASCULINE ?

Le port du voile islamique est souvent vu dans notre Occident, comme une obligation faire par les hommes aux femmes : une injonction à être invisible ou tout au moins non désirable. On entend beaucoup de femmes qui le portent insister, en sens contraire, sur la liberté que ces tenues leur donnent en ne se sentant pas agressées par les regards masculins concupiscents. En fait je pense qu’il s’agit bien d’une domination masculine, mais que, comme dans la plupart des sociétés, elle passe par l’inconscient des individus. Les femmes, comme les hommes, intègrent dans leur inconscient les rôles et les comportements que doivent avoir les deux sexes. L’inconscient ici fait que les femmes ont intégré le refus de se faire désirer. Mais si maintenant on regarde chez nous on s’aperçoit que ce que beaucoup appellent la liberté des femmes se traduit par des modes exhibitionnistes qui selon les années dénude le haut des poitrines, les ventres, les jambes et bien plus sur nos plages. N’y a-t-il pas là tout autant un indice de domination masculine ? N’y a-t-il pas intégré dans le subconscient des femmes occidentales la nécessité de plaire pour être reconnue, intégrée dans la société, une injonction qui n’est pas faite aux hommes. Une injonction opposée à celle des sociétés musulmanes, mais de même nature. La situation des femmes est toujours le critère qui permet de comprendre l’état d’une société. La différence de comportement entre hommes et femmes sur le plan vestimentaire dans nos sociétés est aussi grande, même si elle est à l’opposé, que dans les sociétés musulmanes. Et cela n’est pas génétique !

19 avril 2016.

jeudi 31 mars 2016

LA FIN DE LA CLASSE OUVRIERE ?

LA FIN DE LA CLASSE OUVRIERE ?

Le documentaire en trois parties « Nous ouvriers » qui vient de passer sur France 3 est particulièrement intéressant. Serait-ce faire de la théorie du complot de dire qu’il a été relégué à une heure hors des grandes écoutes populaires et que si les médias avaient fait son éloge pour le premier numéro il avait même disparu des programmes les deux semaines suivantes. Etonnant ! Pour l’enregistrer il fallait le faire sous un autre nom ! Avec cela on peut penser que presque personne en milieu populaire ne l’a vu, alors qu’il était politiquement explosif pour ce milieu.

Pour l’essentiel il s’agit d’une cinquantaine d’ouvrières et ouvriers qui racontent leur vie de 1945 (pour les plus vieux) à nos jours. Il y a trois époques. La première, très brève, aussitôt la Libération, correspond à la conjonction très particulière de l’union nationale suite à la Résistance alors que les ordres de Moscou au P.C.F. lui demandaient d’y participer. C’est le fameux « retroussons les manches » de Maurice Thorez. Le Parti Communiste écrit l’Histoire, se présentant comme parti de la Résistance, avec la classe ouvrière, classe de la Résistance. Le mineur devient le symbole du patriote. C’est la période de plus grande fierté et de pleine réalisation de la classe ouvrière. L’autre écriture officielle de l’Histoire, qui tiendra jusqu’aux années 1970-1980, sera celle gaulliste d’une France globalement Résistante, non contradictoire avec l’Histoire communiste. La deuxième époque commence quand Moscou demande aux Partis Communistes (vers 1947) de se mettre dans l’opposition avec le début de la guerre froide. Cela commence avec les grèves quasiment insurrectionnelles dans les mines notamment. Cette période ira jusqu’au milieu des années 1970. La classe ouvrière reste structurée, consciente d’elle-même. Elle est toujours fière d’elle-même et elle est de tous les combats politiques et sociaux, en tant que telle. Elle se regroupe essentiellement autour des Communistes (en gros un quart de l’électorat), de leur communisme municipal, de la C.G.T. et de toutes les filiales communistes (Union des Femmes Françaises, Mouvement de la Paix, etc.). Il y a un peu d’érosion avec le temps, avec le retour de De Gaulle en 1958, avec 1968 et la montée du gauchisme, et ce n’est que l’élection de Mitterrand en 1981 qui asphyxiera vraiment électoralement le Parti Communiste. Rappelons nous le 1er tour de la présidentielle de 1969 : Deferre candidat socialiste 5 %, Duclos candidat communiste 19 %. La troisième époque est celle, depuis le milieu des années 1970, de la disparition de la classe ouvrière. Non pas une disparition physique, le nombre d’ouvriers a certes diminué, mais il reste aujourd’hui autour de 20 % de la population active. C’est la disparition de la conscience de classe. Car pour qu’une classe sociale existe il ne suffit pas qu’elle existe physiquement dans la population, il faut aussi qu’elle ait la conscience d’elle-même. Et c’est cette conscience qui a disparu. Et c’est cela qui interroge.

Cette disparition de conscience n’est en rien innocente. La disparition du Parti Communiste qui la structurait, l’affaiblissement syndical (et particulièrement pour ce qui nous concerne ici, celui de la C.G.T.) en sont une cause essentielle. A cela s’ajoute le fait que les ouvriers sont de plus en plus regroupés dans des petites entreprises, où le rassemblement social est plus difficile. Mais ce qui s’est passé pour l’essentiel c’est la victoire idéologique d’une autre conception de la société, dirigée contre les ouvriers, contre le peuple. L’idéologie devenue dominante est la conjonction de celle des couches moyennes boboïsées avec celle d’une droite qui accompagne les intérêts de la finance internationale, abandonnant le consensus social-démocrate gaulliste. Deux idéologies qui vont dans le même sens, même si elles font semblant de s’opposer, pour mieux faire croire qu’en dehors d’elle rien n’existe. Il s’agit de nous vendre une société qui prône l’ouverture dans tous les domaines (celui des marchandises, des capitaux, plus ou moins celui des hommes), une société médiatisée de l’instantané qui valorise le multiculturalisme et rejette comme dépassé les valeurs traditionnelles (tout au moins les acquis de l’Etat providence, tenus pour des privilèges). Une société qui a laissé à des structures internationales (Union Européenne, FMI, Banque Mondiale) les pouvoirs traditionnellement étatiques, que ces structures se sont empressées de mettre au seul profit du capitalisme financier international. Une société qui dévalorise le travail ouvrier comme dépassé et l’a laissé en partie partir vers les pays à bas salaires et aux conditions sociales les plus faibles. Une partie très intéressante du documentaire est celle où ils analysent la langue nouvelle mise en place pendant ces dernières décennies. Le mot ouvrier a disparu, on parle de technicien, voire d’agent de production ou de collaborateur (le spectre du Pétainisme a été visiblement oublié). Il n’y a plus de chaines, mais des lignes de production. Il n’y a plus de classes sociales, ni évidemment de lutte des classes, rien que des conflits catégoriels, etc. Car la langue est un élément fondamental de l’idéologie. Rappelons-nous la novlangue du « 1984 » d’Orwell ou les études de Victor Klemperer sur la langue du 3ème Reich. Il y a dans cette nouvelle période un abandon, un mépris, un éloignement des ouvriers à tous les niveaux. Relégués dans des banlieues, voire dans un suburbain lointain, soumis au chômage massif, à la précarité, on leur refuse jusqu’à la reconnaissance de leur nom.

Alors certains s’étonnent ensuite des coups de bâton. La montée de l’impopularité des élites, du refus des politiques, l’abstention qui se massifie, la montée du Front National ne sont que la traduction quasi sauvage et inconsciente d’une nouvelle lutte de classe qui ne dit pas son nom. Le mépris dans lequel on maintient ceux qui ne pensent pas comme les élites se manifeste comme il peut. On ne bride pas le mécontentement. Comme l’eau il déborde toutes les digues. Alors, préventivement on écorne la démocratie pour tenter d’éviter que ces barbares, qu’ont quasiment toujours été les couches populaires pour les élites, ne puissent agir, même s’ils prennent le pouvoir. Et quand les Grecs élisent un gouvernement qui refuse le consensus on ne lui laisse qu’un choix : se soumettre. La situation actuelle est pleine de risques explosifs, ne serait-ce que parce que la situation n’est pas maîtrisée, le Front National n’a pas jusqu’ici cette capacité. Jusqu’ici les révoltes (Bonnets rouges, agriculteurs, etc.) ont été jugulées. Cela durera-t-il ? En tout cas la classe ouvrière, le peuple, existe bel et bien, même si on lui dénie ces appellations et s’il ne se reconnaît plus dans ces mots et donc dans sa réalité. La lutte idéologique est donc bien une priorité, et d’abord pour renommer ce qui existe, pour l’encadrer et l’aider à voir un avenir. Ce n’est pas pour moi un hasard que le silence sur ce magnifique documentaire. C’est une autre forme, particulièrement déplaisante, de la lutte idéologique.

lundi 28 mars 2016

GLOBALISATION ET DEMOCRATIE à partir du N° 189 du « Débat ».

GLOBALISATION ET DEMOCRATIE à partir du N° 189 du « Débat ».

Dans le dernier numéro du « DEBAT » beaucoup d’articles très intéressants tournent autour des problèmes de la globalisation (prise ici dans le sens de mondialisation financière) et de la démocratie. Je dirai que ces articles traitent surtout des causes des problèmes et très peu, à la marge, des solutions, et que pour la plupart celles-ci me paraissent difficilement réalisables. Mais ne savons nous pas que l’avenir est imprévisible et donc que notre optimisme ou pessimisme n’a aucune raison d’être ? Heureusement, car la gravité de la plupart des diagnostics, comme la faiblesse des solutions possibles n’inciterait guère à l’optimisme.

Je commencerai par un des articles qui me semble le plus important celui de François MORIN qui reprend l’analyse de son livre « L’Hydre mondiale : l’oligopole bancaire ». Je dirai d’abord que, comme le dit Marcel GAUCHET dans son analyse, étant non spécialiste ce sont les idées essentielles de l’analyse et ses conséquences dont je peux seulement parler. En gros François MORIN confirme par son étude financière détaillée le constat que nous sommes nombreux à faire. Depuis le milieu des années 70 du siècle dernier le capitalisme s’est transformé avec le phénomène de mondialisation (production mondiale des marchandises suite à l’ouverture des marchés) et surtout la globalisation (constitution d’une puissance financière mondiale qui domine l’économie et à qui le pouvoir politique a laissé les clés des principaux pouvoirs). François MORIN rappelle les éléments clés de cette transformation : séparation du lien entre dollar et or avec l’introduction de la flottabilité des monnaies ; libéralisation des taux d’intérêt ; indépendance des Banques centrales par rapport au pouvoir politique là où ce n’était pas le cas ; création de produits dérivés qui prennent le pas sur la production matérielle ; financiarisation des entreprises ; création d’un oligopole d’une petite vingtaine de grandes banques mondiales. Le pouvoir de cet oligopole est devenu sans aucune contre partie. On l’a vu avec la crise des subprimes de 2007, comme avec la crise grecque. Comme on ne peut pas laisser les banques couler les Etats leur ont racheté les produits toxiques qu’ils leur avaient laissé créer et la dette bancaire est devenue la dette des Etats (une grande partie de la dette qu’ils reprochent aujourd’hui aux Etats). Et cela sans qu’aucune mesure sérieuse ne soit prise pour éviter que l’oligopole bancaire continue sa politique de développement anarchique et énorme de produits dérivés. L’ouverture imposée des marchés de marchandises, comme financiers, sans qu’un contre pouvoir ne puisse s’y opposer, ni même la limiter, entraîne naturellement le dumping, dans tous les secteurs. Dans celui des marchandises : on produit dans les Etats qui ont les plus basses conditions salariales et sociales. On tire vers le bas les salaires et les conditions de travail, en augmentant notamment la précarité. Dans le domaine fiscal on diminue les impositions du capital pour attirer les centres financiers qui produisent les bénéfices imposables (en truquant le plus possible les bilans pour défiscaliser au maximum). Les Etats se voient contraints de baisser leur imposition, tant des entreprises que des très hauts revenus, qui d’autre part explosent, pour tenter de retenir ou d’attirer les entreprises. En même temps, comme ils doivent absorber les dettes bancaires les Etats se voient sommés, pour tenter d’équilibrer leurs budgets, de faire des économies. Ils ne peuvent donc les faire qu’en pressurant fiscalement les classes moyennes et en diminuant les prestations sociales. C’est tout l’équilibre de l’Etat providence, mis en place dans les décennies précédentes (retraites, sécurité sociale, assurances chômage, mais aussi l’école, la santé, la police, la justice, la Défense Nationale), qui est systématiquement remis en cause. Le cas de la Grèce illustre le plus caricaturalement cette politique. On prête à l’Etat grec, uniquement pour qu’il rembourse les banques, en lui demandant de réduire les salaires et toutes les prestations sociales, et donc en le mettant dans l’impossibilité de rembourser demain ces dettes, qui gonflent monstrueusement sans cesse, l’obligeant à continuer à s’endetter sans cesse et à approfondir l’austérité. La volonté politique du peuple et du gouvernement grec s’est trouvé dans l’impossibilité de trouver ne serait ce que le début d’une solution. Jusqu’où cela ira-t-il ? En parallèle, avec l’autonomie des Banques centrales les Etats ont perdu la souveraineté monétaire. Certes ils ont pu en abuser dans le passé, mais aujourd’hui c’est dans l’intérêt seul de l’oligopole financier qu’agissent les Banques centrales, l’abus en sens inverse est au moins aussi flagrant.

François MORIN n’esquisse en solution pour éviter le cataclysme financier que la mobilisation citoyenne. Michel ROCARD et Marcel GAUCHET tous deux soulignent la grande importance de l’étude de François MORIN. Par contre sur les solutions Michel ROCARD ne parle que d’une mutation rendue possible par une élévation du niveau intellectuel et Marcel GAUCHET de l’organisation et de la coopération des démocraties. Il insiste d’ailleurs sur la nécessité de changer totalement le fonctionnement de l’union européenne, qui plus que tout autre, a laissé libre cours à l’ouverture et à la concurrence, et donc aux dumpings salariaux, sociaux et fiscaux.

Wolfgang STREECK va au-delà de l’analyse scientifique de l’évolution et l’état actuel de la globalisation fait par François MORIN. Il se pose la question de la fin du capitalisme. Fin non pas par révolution, mais probablement, pour lui, par une sorte d’épuisement et forcément le remplacement par quelque chose qui n’est pas encore compris ou qui s’il est en route est encore impensé. Il commence par noter trois symptômes sur le long terme: déclin du taux de croissance économique, hausse de l’endettement général et montée des inégalités. Et tout cela alors que l’argent coule à flot au niveau financier. Il s’inquiète aussi du futur de la démocratie. En effet la situation engendre forcément des oppositions, sous des formes les plus diverses, à l’utopie libérale, sur laquelle repose l’économie capitaliste actuelle (la libéralisation la plus grande possible des marchés de marchandises et financiers). Dans un premier temps la démocratie a été d’une certaine manière désarmée en enlevant au politique les pouvoirs réels de décision économique et financière (c’est d’ailleurs le politique lui-même qui s’est désisté de ses droits). On l’a vu avec la crise grecque. Le gouvernement grec n’a eu aucune marge de manœuvre. Mais cela risque de ne pas suffire avec la montée des populismes de droite et la remise en cause par une gauche radicale du système lui-même. Les pressions s’accumulent donc pour dessaisir encore plus les Etats de leurs dernières prérogatives et/ou pour s’accorder sur la prétendue supériorité économique de régimes autoritaires (voyez la Chine qui aurait pu progresser car elle n’aurait pas eu à se soucier de ses électeurs ! ). Pour Wolfgang STREECK le capitalisme a évolué en grande partie grâce à ses oppositions. On est parti du capitalisme du début du 19ème siècle avec la situation misérable des ouvriers (horaires d’au moins 12 H, enfants au travail, aucune sécurité, salaires de misère, conditions de vie inhumaines) à un capitalisme fordien, à une acceptation de l’Etat providence grâce à la lutte des classes, à la création et l’action des syndicats, aux luttes ouvrières, aux partis de gauche, à l’action des Etats (pensons au New Deal) qui ont amené peu à peu le capitalisme à évoluer, vers ce qu’il était au moins dans nos pays occidentaux vers 1975. Or depuis le milieu des années 70 du siècle dernier le capitalisme n’a plus d’ennemis en face de lui. Le capitalisme financier qui dirige le monde est international. De plus il gagne de l’argent quasiment hors sol, totalement déconnecté de la production réelle. Les partis révolutionnaires se sont effondrés, les syndicats sont bien faibles et là où ils subsistent leur action reste nationale et donc ne peut s’opposer à l’oligopole financier. Les Etats ont abandonné leurs capacités d’action. Quand ils se sont groupés, comme dans l’Union Européenne, c’est pour se fixer des règles de fonctionnement les plus conformes à l’orthodoxie néolibérale. C'est-à-dire que le capitalisme financier qui dirige effectivement notre monde n’a plus personne pour s’opposer à lui, même pas pour le limiter. C’est une sorte de machine folle qui s’autoalimente et dont on supprimé les freins. Wolfgang STREECK analyse cinq désordres systémiques du capitalisme actuel devant lesquels il est impuissant. La stagnation qui gagne peu à peu le monde entier ; la redistribution oligarchique avec des élites ultra-minoritaires qui s’enrichissent au delà du raisonnable (les 1 %) alors que le chômage et les conditions de vie et de travail dégradées commencent à gagner jusqu’aux couches moyennes ; le pillage du domaine public avec les privatisations, le dumping fiscal, les atteintes à l’Etat providence, l’endettement croissant de l’Etat pour sauver les banques ; la corruption organisée par les Banques (agences de notation payées par les émetteurs de titres toxiques, banques qui démarchent des clients pour tromper le fisc, paradis off-shore) et l’anarchie mondiale car il n’y a plus aucun pilote dans l’avion, d’où la multiplication des crises qui se résolvent par l’endettement croissant des Etats pour sauver ce qui est trop gros pour couler. Je l’ai dit Wolfgang STREECK pense que la fin du capitalisme va arriver, arrive peut être déjà et donnera un nouveau monde aujourd’hui inimaginable. Je pense à la série télévisée « TREPALIUM » qui décrivait une société de 20 % d’actifs protégée par un mur des 80 % de chômeurs, dont la fin était très décevante, mais nul ne sait prédire l’avenir. La science fiction a la capacité de mettre en garde sur l’avenir déjà à l’œuvre en sourdine dans nos sociétés.

Dans le même numéro du « DEBAT » deux autres articles sont pour moi des contre feux à la critique de la globalisation financière. Annick STETA défend l’autonomie des Banques centrales au motif que quand le politique les dirigeait il faisait fonctionner la planche à billet inconsidérément. Il me semble que les inconvénients de la fausse autonomie de ces Banques est au moins aussi grave. Sans compter que c’est une fausse autonomie, car elles sont en fait au service quasi exclusif des grandes banques mondiales. Charles Goodhart, Manoj Pradhan et Pratyancha Pradeshi pensent qu’un retournement démographique en cours, avec le vieillissement de la population résoudra les problèmes. C’est totalement oublier la puissance jusqu’ici sans opposition de l’oligopole financier, qui est une réalité nouvelle et inédite et a les moyens de fixer ses règles, quelle que soit la situation démographique De toute façon la finance s’est déconnectée de l’économie réelle. C’est oublier aussi la crise écologique liée à la démographie qui va continuer à progresser pendant au moins plusieurs décennies. De plus ce retournement démographique moyen cache bien des biais qui peuvent le faire se retourner rapidement, ce que j’ai déjà écrit.

Alors, bien sûr, tout cela pose le problème de la démocratie, comme je l’ai déjà évoqué. Une démocratie dont on a rogné les ailes en enlevant au politique une grande partie de ses capacités d’action. Mais les élections, les Etats et les partis politiques ce n’est pas toute la démocratie, surtout à l’heure d’Internet. A l’heure de la montée irrésistible de l’individualisme les opinions publiques ont, que ce soit dans le bon au mauvais sens, de plus en plus de pouvoir. François CORNUT-GENTILLE pose de manière intéressante certains aspects du problème de la démocratie, en ne le liant certes pas directement aux problèmes de la finance mondiale, mais d’une manière intelligente, courageuse, non dogmatique, ouverte, qu’il faut souligner chez un homme politique de droite. Le premier point du diagnostic qu’il porte sur la situation actuelle est lié à l’impuissance publique dont il situe la cause dans une absence de diagnostic ou des diagnostics erronés. Les mesures proposées et prises par les gouvernements ne solutionnent alors en rien les difficultés. On attend par exemple la croissance qui ne peut pas venir. Deuxième point nous utilisons pour la situation actuelle des outils du passé et donc dépassés. Troisième point avec la médiatisation et l’instantanéité de la communication se sont développés ce qu’il appelle des marques (lobbies, nombreux individus) qui défendent bruyamment leur intérêt propre et imposent par sondages et médias des mesures ne correspondant pas à l’intérêt général. Cela a tué le débat, la recherche de l’intérêt général. Il n’y a plus que la réponse à la dernière manifestation bruyante d’une marque (les bonnets rouges, la manif pour tous, les pigeons, BHL…). Pour réveiller le débat il propose que ce soit le parlement qui, au-delà de sa fonction parlementaire, ait ce rôle, en prenant le temps. Si le diagnostic est intéressant et courageux je ne suis pas bien sûr, ni que ce soit ce qui satisferait la population, ni que les parlementaires, tels qu’ils sont, soient capables de le mener sans sectarisme politicien.

Ce numéro du « DEBAT » apporte donc essentiellement par les articles de François MORIN et Wolfgang STREECK à la fois une confirmation sérieuse du pouvoir néfaste de l’oligopole financier et de la complexité de le contrer. Tout cela influe, crée en grande partie, la crise démocratique. Le débat continue ! Car une des principales armes du combat est une arme intellectuelle. C’est l’idéologie dominante qui fait croire qu’il n’y a pas d’échappatoire à la libéralisation totale de la circulation des marchandises et des capitaux, qui fait croire que la puissance financière de l’oligopole mondial est telle qu’il est impossible de s’y opposer, qui fait croire que ce n’est qu’un mauvais moment à passer, que nous allons tous avec certes des soubresauts, vers un monde de couches moyennes, qui fait tout pour tenter de faire croire que nous sommes tous unis sur le même bateau et que la lutte des classes n’existe plus, qui fait croire qu’en nous ouvrant ainsi économiquement nous aidons le développement des pays du sud, que nous serions coupables d’avoir étouffé pendant des siècles. Cette idéologie envahit tout. Elle est presque totalitaire, elle discrédite et étouffe toute pensée qui s’oppose à elle. Le combat contre elle est indispensable. Il ne faut jamais la laisser sans réponse. Des réponses multiples, y compris des réalisations concrètes, sont en œuvre partout dans le monde. Il faut les rendre publique, les unifier. Ce combat intellectuel est le plus important. Tous les changements qui sont intervenus dans le monde l’ont toujours été, non pas mécaniquement parce que les conditions matérielles le permettaient, ce qui est une condition certes nécessaire mais insuffisante, mais quand la pensée a permis de les concevoir, pour enfin les réaliser.

Un dernier mot pour dire qu’il faut se méfier plus que tout de tous les pièges qui nos sont tendus. Un des plus grossier, mais il marche si bien, est de nous faire croire que puisque les solutions viendront d’actions unies, même divergentes en apparence, au niveau global il faut abandonner encore un peu plus de souveraineté à des organismes supra nationaux. C’est ainsi qu’on nous a vendu le sauvetage de l’Euro. Il fallait abandonner de la souveraineté nationale à la Banque Européenne. C’est toujours un piège grossier. Tous les regroupements d’action ne doivent se faire que sur un ou quelques objectifs précis, sans jamais déléguer à un organisme supra national.

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