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vendredi 7 juillet 2017

PHILOSOPHIE, POESIE ET CHANSON

J’ai toujours considéré qu’un certain nombre de chansons véhiculaient des idées fondamentales pour l’existence humaine à leur manière. Ce qui est, ou au moins était, je parle des années 1960 de mon éducation, totalement à contre courant. Brassens, Brel, Ferré ou d’autres à l’époque ne pouvaient pas apporter une quelconque réflexion philosophique. Il y avait et y a encore une compartimentation étanche dans notre monde occidental entre le débat philosophique et la poésie, encore plus la chanson. J’écoutais avant-hier en voiture Barbara chanter : Est-ce Dieu, est-ce Diable Ou les deux à la fois Qui, un jour, s'unissant, Ont fait ce matin-là ? Est-ce l'un, est-ce l'autre ? Vraiment, je ne sais pas Mais, pour tant de beauté, Merci, et chapeau bas.

Je pense aussi par exemple à Stephan Eicher : J'abandonne sur une chaise le journal du matin Les nouvelles sont mauvaises d'où qu'elles viennent J'attends qu'elle se réveille et qu'elle se lève enfin Je souffle sur les braises pour qu'elles prennent Cette fois je ne lui annoncerai pas La dernière hécatombe Je garderai pour moi ce que m'inspire le monde Elle m'a dit qu'elle voulait si je le permettais Déjeuner en paix, déjeuner en paix.

On peut avoir les plus « hautes » réflexions et débats philosophiques sur l’incapacité à connaître l’existence ou l’inexistence de Dieu malgré la beauté et la complexité du monde ou sur la possibilité/nécessité de vivre dans un monde fait en partie d’injustices, de misères et de malheurs. Il me semble pourtant que les deux exemples ci-dessus valent bien tous ces débats, y compris en profondeur.

Et puis j’ai découvert qu’en Chine on confondait poésie et philosophie, qu’un discours philosophique était totalement éloigné de notre logos, qui est construit depuis l’antiquité grecque sur le débat, sur le raisonnement logique. Le discours philosophique chinois n’est qu’une forme poétique parlant par suggestion et non pas par démonstration. Il correspond beaucoup plus à ce style de chanson dont je parle.

Je crois qu’on peut faire descendre la philosophie dans la rue, la sortir de son cercle d’initiés qui de plus pour certains ont inventé un langage incompréhensible au commun des mortels. Et certaines chansons en sont un moyen.

lundi 19 juin 2017

REVOLUTION

Nous venons de vivre une année politique exceptionnelle qui a apporté une véritable révolution politique dont à la fois nous avons encore du mal à mesurer l’ampleur et dont nous ne savons évidemment pas sur quoi cela va déboucher. Il y a une certitude : nous sommes entrés dans un nouveau monde. Il va falloir l’explorer, inventer de nouvelles règles de fonctionnement. J’emploie le terme révolution, moi qui ai répudié depuis bien longtemps les idées radicales, en faisant naturellement référence, de manière demi humoristique, au livre homonyme dans lequel Macron a lancé ses principales idées il y a sept mois seulement.

Le premier point de cette révolution est l’aggiornamento de la politique française, avec 34 ans de retard. En effet c’est en 1983, avec le tournant de la rigueur que les deux grandes forces de gouvernement, la droite qui prendra différent noms au fil des années et le Parti Socialiste ont commencé à mener des politiques fort semblables. J’ai même écrit que je pensais qu’au fond de lui-même Chirac était plus à gauche que Mitterrand. Et pourtant pendant ces 34 ans ces deux forces n’ont cessé de se combattre, dénonçant l’action de l’autre, pour mieux mener la même une fois au pouvoir. Le scrutin binominal en vigueur en France, sur lequel je reviendrai ensuite, ayant largement aidé à bloquer toute évolution que nos voisins allemands ont pratiqué tout ouvertement. Il me semble que s’il y a quelque chose, sur lequel on reviendra difficilement maintenant, c’est l’évidence qu’une partie de la droite (Lemaire, Jupé, etc.), une partie de la gauche (Valls, Hollande, etc.), les centristes divers et variés et bien des gens qui ne situent pas sur une échelle droite gauche partagent des convictions communes sur la gestion du pays. C’est cet espace que couvre Macron et c’est surtout l’acceptation (enfin !) de cette évidence qui vient d’être acceptée quasi unanimement par ceux qui peuvent la pratiquer. Ces 34 ans de retard, à accepter la vérité, montrent bien une fois de plus que ce qui décide en dernier ressort c’est toujours l’idéologie. Car, alors que l’évidence de cette convergence sautait aux yeux, elle était jusqu’à ces derniers mois impossible à formuler à droite, comme à gauche. C’était un tabou qui empoisonnait la vie politique.

Le deuxième point est le début d’un changement d’état d’esprit du pays. On ne sait si c’est un sursaut passager ou un changement qui durera et/ou s’approfondira. La France était considérée jusqu’au début de cette année comme un pays pessimiste, en colère, divisée en deux entre d’une part les urbains gagnant de la mondialisation et les gens de fraîche origine étrangère et d’autres part les ruraux perdants, défavorisés. J’ai déjà écrit que je pensais qu’on confondait probablement en ce domaine la cause et la conséquence. Que c’était au contraire plutôt parce qu’on était dans la peur et le rejet de l’autre qu’on partait ou restait le plus loin des villes. Cette colère, ce rejet de l’autre, de l’Europe notamment, semblait gagner de plus en plus du terrain. La droitisation de la société semblait inexorable, avec la peur de l’autre. La dédiabolisation du Front National semblait qualifier sans aucun problème Le Pen au deuxième tour de la Présidentielle, avec même le risque de sa victoire. A droite les primaires ont désigné le candidat le plus radical Fillion. A gauche les frondeurs ont pendant cinq ans mené la vie dure à Hollande pendant que s’installait avec Mélenchon un mouvement concurrent du Parti Socialiste sur certains des mêmes thèmes que Le Pen : la fermeture des frontières et le rejet de l’Europe. La primaire socialiste a elle aussi désigné le plus radical Hamon. Finalement, et il y a eu certes bien des péripéties, dont les « affaires » de Fillion, mais Le Pen a certes été qualifiée, mais de justesse. Fillion et Hamon ont échoué, encore plus le second, secoué par le charisme de Mélenchon. Et au deuxième tour Le Pen s’est encore plus effondrée, après avoir montré dans le débat d’entre deux tours l’irréalisme et le danger de son programme. Il est certain, et c’est dommage que cela n’ait pas eu lieu, qu’un débat Macron-Mélenchon aurait eu toutes les chances de faire s’écroule ce dernier, pour les mêmes raisons. Depuis le premier tour de la présidentielle le climat a changé. La radicalité colérique de Mélenchon et le recul du Front National d’une part, l’ouverture d’un dialogue constructif autour de Macron allant d’une parti de la droite, avec un Premier Ministre, à une partie de la gauche, et y compris des écologistes avec Hulot d’autre part a permis un apaisement du climat, un recul du pessimisme et de la colère. Certes on peut considérer que les législatives, et le deuxième tour en particulier, marquent un certain retour des extrêmes, mais aussi de la droite traditionnelle et du Parti Socialiste. Mais cela se fait à un niveau bien bas, beaucoup plus qu’au premier tour de la Présidentielle. Et l’abstention trop massive de ces élections est à la fois un acte d’attentisme, car on ne sait pas vraiment à quelle sauce Macron va nous manger, mais aussi un laisser faire en ne voulant pas participer. Et puis pourquoi aller voter alors qu’on annonçait partout une victoire évidente d’En Marche ? Ce climat me rappelle les années Jospin 1997-2002, qui ont été elles aussi une période de remontée de l’optimisme, d’une fréquentation accrue des activités culturelles, des lieux de loisir. Cela s’est arrêté avec l’échec aux présidentielles de 2002 et l’incapacité de Chirac à l’ouverture et à faire une politique autre que celle de la gestion au jour le jour.

D’une certaine manière nous revenons au schéma électoral des Troisième et Quatrième Républiques. Il y avait alors mise de coté des extrêmes de droite et de gauche, sauf circonstances exceptionnelles (Le Front Populaire). Le Parti Radical, puis le M.R.P. géraient des coalitions allant d’une partie de la droite à une partie de la gauche. Le système proportionnel multipliant les partis créait une instabilité, mais comme les orientations étaient quasiment communes, cela n’avait pas une trop grande importance. La différence aujourd’hui est le système électoral qui jusqu’ici a quasiment imposé, et perpétué une bipolarisation, qui n’avait plus de sens. Mais d’une part la bipolarisation a explosée avec Le Front National, un centrisme macronien et une gauche radicale s’ajoutant à ce qui reste des deux ex grands partis de gouvernement. D’autre part une dose de proportionnelle, probablement relativement faible, devrait être introduite. Elle ne permettra pas la multiplication inconsidérée du nombre de partis comme sous les Troisième et Quatrième Républiques, mais permettra à quatre, cinq ou six courants d’exister. Le défaut du système actuel est qu’il permet, et impose, dans le cas de quatre à six courants importants à un seul d’être élu avec un quart à un cinquième du corps électoral, et de pouvoir gouverner ensuite, c'est-à-dire sans consensus populaire.

Je ne sais ce qui va se passer les semaines à venir. Macron nous a fort étonné jusque là, on ne sait ce qu’il nous réserve pour demain. Mais s’il veut gouverner en représentant vraiment une quasi majorité du pays il faut qu’il ouvre sa majorité à droite et à gauche le plus largement possible à tous ceux qui sont prêts à travailler avec lui. Avec une fraction importante des Républicains et du Parti Socialiste dans sa majorité il représenterait alors une quasi majorité. Sinon il aura le plus grand mal à gouverner, ne représentant que le quart des électeurs du premier tour de la présidentielle, le tiers à la rigueur en prenant en compte le premier tour des législatives. Que vont devenir les cinq courants politiques essentiels actuels. Le Front National est pour un moment fortement blessé, mais comme La France Insoumise, sa position tribunicienne négative devrait l’aider. Contrairement à la Présidentielle il s’agira pour eux de critiquer systématiquement, mais pas de proposer leurs solutions irréalistes. La France Insoumise aura du mal à sortir de l’isolement volontaire où son radicalisme la met. Les Républicains, comme Le Parti Socialiste risquent l’explosion en deux fractions, surtout si Macron a l’intelligence, qui est aussi à mon sens une nécessité, de travailler avec la fraction la plus large de ces deux partis. Il y a la place chez les Républicains pour une force, faible pour l’instant, mais demain on ne sait pas, qui serait d’opposition à Macron tout en ne s’alliant pas au Front National. Mais à court terme son avenir ne semble pas bien brillant. Au Parti Socialiste c’est moins sûr. Si une partie rejoint le macronisme, le reste peut rallier Mélenchon. Il y aura forcément un succédané du Parti Socialiste pendant un certain temps, mais il n’aura pas forcément d’avenir. Quand à l’avenir d’En Marche et des centrismes divers, tout dépendra du succès ou non de la Présidence actuelle. Le mouvement peut se fixer dans le paysage politique, autant qu’il peut exploser en vol. Même si l’urgence ne semble pas être là il y a gros à gagner pour lui à l’avenir à ossifier, développer le mouvement, à la faire se déployer dans le pays, vers les couches populaires.

J’ai écrit assez souvent que je pensais que l’Italie était un pays depuis plus d’un siècle en avance sur les inventions politiques. Au début des années 1990 les deux grands partis qui structuraient le pays dans la majorité et l’opposition depuis 1944 : la Démocratie Chrétienne et le Parti Communiste disparaissaient brutalement. L’ère Berlusconi ensuite a vu se créer un système démocratique atténué par des tendances autoritaires, des pressions sur la Justice et sur l’indépendance médiatique. Aujourd’hui nous vivons une période qui semble être celle de la disparition des vieux partis, mais rien n’est jamais sûr. Aurons-nous un Berlusconi ?

Pour terminer je voudrai revenir sur un sentiment personnel d’admiration sur la manière dont Macron a su gérer cette année. On peut invoquer Machiavel ou les maîtres taoïstes. Il a gagné en détruisant les différents adversaires avant le combat final. Avec Fillion il a eu de la chance. Mais il avait su créer chez les Républicians, comme au Parti Socialiste, une fracture entre les macrono-compatibles et les opposants. Il a déstabilisé Le Pen magistralement lors du débat d’entre deux tours. Le Front National ne s’en est pas encore remis. Mélenchon rejeté dans son extrémisme colérique ne représente pas plus un danger que les Communistes sous les Troisième et Quatrième Républiques. Il fera du bruit. Il amusera comme Marchais ou Duclos avant lui amusaient. Après la Présidentielle je craignais que Macron ne s’enferme dans sa tour d’ivoire, mais avec la désignation de ministres de droite, à commencer par le Premier, et de gauche et d’Hulot il a encore pris tout le monde à revers. Il gagne les législatives avec 32 % des voix au 1er tour lui donnant une des meilleures majorités absolues. Rappelons que pour les autres législatives qui ont suivi des présidentielles, avec des majorités le plus souvent plus limitées elles avaient été acquises par des scores de premier tour de la majorité présidentielle de 54 % en 1981 (dont 36 % le PS seul), de 49 % en 1988 (dont 37 % le PS seul), de 43 % en 2002, 45 % en 2007 et 39 % en 2012. Autrement dit il obtient une des meilleurs majorités avec le plus faible score. Et cela parce qu’il a su diviser et affaiblir ses adversaires avant l’élection, se placer au centre. Belle réussite taoïste !

Maintenant attendons demain, et d’abord le nouveau gouvernement et les débuts de l’assemblée. On a quand même une année où on ne s’est pas ennuyé ! La suivante sera comment ?

jeudi 4 mai 2017

DEMOCRATIE ET MODE DE SCRUTIN

Ces élections présidentielles ont exacerbe les contradictions du système démocratique et je pense que le système électoral français est en partie la cause de cette exacerbation. L’élection présidentielle et le mode de scrutin législatif majoritaire correspondaient bien à une époque ou deux partis se partageaient l’électorat et représentaient une vraie majorité. Mais quand on a comme aujourd’hui 5 forces qui se partagent l’électorat cela pose un problème de démocratie. En 2007 Sarkozy réunissait 31 % au 1er tour et en 2012 Hollande 28 %. Avec cela ils ont été élus et ont obtenue une majorité à l’assemblée. Si Macron, qui a fait le plus de voix faisait de même il ne représenterait que ses 23 %. Inutile de chercher ailleurs le mécontentement des deux derniers quinquenats. D’autant que les propositions programmatiques annoncées n’ont pas été tenues. D’une part elles ne pouvaient pas l’être et d’autre part ils ont tous deux gouvernés bien plus au centre par rapport a leur programme, c’est-à-dire bien plus en direction de la moyenne des Français. Et étrangement c’est ce qu’on leur reproche. Le mode de scrutin actuel oblige à faire des propositions clivantes. On a bien vu que ce sont les plus clivants Fillion et Hamon qui sont sortis vainqueurs des primaires. Au 1er tour de la présidentielle les deux candidats les plus clivants Le Pen et Mélenchon ont représenté prés de 40 % des voix. Et il n’est pas interdit de caindre que Le Pen ne soit élue et ait une majorité parlementaire, auquel cas elle gouvernerait au nom de 21 % des Français. Comme un serpent qui se mord la queue le mode de scrutin pousse a élire des gens qui font des propositions qui représentent des minorites, qui ne sont pas applicables et heureusement, et à décevoir et donc aggraver la crise politique. Regardons ce qui se passe en Allemagne, où un seul vote existe : celui du Bundestag. Il est à la proportionnelle exacte de tous les partis ayant fait plus de 5 %. Les partis, qui là-bas non plus ne peuvent avoir 50 % seuls savent qu’ils devront gouverner en coalition. Ils évitent donc les propositions trop clivantes qu’ils devraient abandonner dans la négociation, qui une fois l’élection passée constituera le programme de gouvernement. Le système n’est pas parfait, mais grosso modo le gouvernement gouverne selon les vœux de la majorite. En France on a vu tous les candidats établir des programmes et faire des promesses, comme s’ils pouvaient gouverner seuls, alors au’ils savaient que démocratiquement ils représentaient tous moins d’un quart de l’electorat et donc que démocratiquement ils devraient négocier des compromis avec d’autres. On n’a jamais entendu ce mot de négociation. Seul Macron, et on le lui a assez reproché, a rechigné à faire un vrai programme, en disant bien que l’essentiel était l’orientation générale souhaitée et non les mesures elles-mêmes qui, d’une part dépendront de l’actualité et, d’autre part, devront être négociées. Cette campagne a poussé à la démagogie la plus grande. Le cas Mélenchon est emblématique, mais il n’est pas le seul. Il a fait entrer dans la tête de ses insoumis des propositions extrêmes, qui ne pourraient être appliquées que contre la majorite des gens. Il a exacerbé un mécontentement sans solutions réalistes. Il a grandement aidé à aggraver la crise démocratique. On le voit aujourd’hui avec le rejet injustifiable de nombre de ses partisans de barrer la route à l’extrême droite. C’est la meme chose qui se passe pour une partie de l’electorat de Fillion. Je ne sais ce que vont donner et le deuxieme tour des presidentielles et les legislatives. Tout est possible : une majorite à l’un des deux FN ou Macron, une élection de l’une ou l’autre sans majorité claire ? Si c’est une majorité claire ils gouverneront en ne représentant que moins d’un quart des gens, sinon il est à craindre que l’intransigeance que manifestent tous les partis politiques n’empêche de constituer un compromis majorotaire. Aucune de ces solutions n’est saine. La seule solution est de changer le mode de scrutin, la constitution est tres souple et cela a déjà été fait, plusieurs fois. Une dose importante de proportionnelle aux legislatives est un minimum. La suppression de l’élection présidentielle serait une bonne chose, mais elle ne serait pas, hélas une idée majoritaire. Allons plus loin, la démocratie, c’est aussi le respect des minorites. C’est-à-dire s’interdire de proposer ou faire des mesures trop choquantes pour des gens, même minoritaires, sans naturellement aller à l’excès qui interdirait toute action. Quand on a entendu les propositions de Le Pen, Fillion ou Mélenchon on en est loin !

vendredi 28 avril 2017

POURQUOI ET COMMENT L’EXTREME GAUCHE VOTE LE PEN

La situation actuelle est paroxystique. Je l’attendais un peu, mais pas avec une telle violence, une telle évidence.

Il y a une première raison à l’abstention « révolutionnaire » au 2ème tour des Présidentielles, c’est le mépris depuis près de 230 ans pour une fraction importante de la gauche française pour la liberté, valeur seconde pour elle devant l’égalité, et ne parlons même pas de la fraternité. C’est l’exaltation de Robespierre et de la terreur, c’est le stalinisme contre la social-démocratie. Quand on parle de libéralisme aux U.S.A. on en voit les deux aspects essentiels, le premier, le libéralisme social dont les dernières victoires sont les droits des minorités sexuelles, l’égalité homme-femme, bref la libération de l’individu. Et le deuxième le libéralisme politique, la liberté d’opinion, etc., bref la démocratie et tout ce qui va avec. C’est pour cela qu’être libéral aux U.0S.A., c’est être de gauche. En France on ne parle que du libéralisme économique qui est la liberté de créer des entreprises, de commercer, etc. et on le confond en plus avec l’ultralibéralisme qui est le libéralisme sans aucun contrepoids.

Alors on pense que Le Pen élue on fera plus facilement la révolution. C’est pourquoi un modéré est toujours un pire ennemi qu’un adversaire de droite. C’est pourquoi appeler à voter Chirac et descendre dans la rue pour cela était facile, comme il aurait probablement été plus facile à l’extrême gauche de voter Fillon. Il y a derrière cela un refus de l’autre, de l’opinion qui dérange, une volonté d’avoir seul raison, c'est-à-dire toutes les bases du totalitarisme.

Mais allons plus loin, et sans faire du complotisme. Il est certain que les réseaux russes importants qui ont été identifiés récemment sur le net sont aujourd’hui en plein travail. Ils sont là pour tout tenter pour faire élire Le Pen, relayant tous les appels à l’abstention ou à des manifestations en ce sens.

Les manifestations, souvent relativement violentes, depuis hier appelant à l’abstention m’inquiètent profondément. J’avais rappelé l’incendie du Reichstag qui a permis à Hitler de s’arroger les pleins pouvoirs et je pensais qu’une insurrection populaire savamment orchestrée dans les banlieues par exemple pourrait faire l’affaire. Mais il me semble que cette manipulation de complicité objective entre l’extrême droite et l’extrême gauche pour servir objectivement cette première est déjà en route pour tenter de gagner une élection autrement ingagnable pour l’extrême droite, comme elle peut l’être avant les législatives pour les gagner en effrayant les gens et après les élections pour justifier des mesures liberticides. Vous avez vu comme Erdogan a su surfer sur le coup d’Etat pour en arriver où il est aujourd’hui. Ce n’est nullement du complotisme. Relisez l’histoire des Brigades Rouges, de l’attentat de Bologne et comment objectivement K.G.B. et C.I.A. s’y sont pris pour empêcher une alliance Démocratie Chrétienne – Parti Communiste qui les dérangeait pour des raisons différentes.

Voilà le fond de l’affaire pour moi et je crois que défendre les idées démocratiques et en l’occurrence soutenir Macron et dénoncer les idées, les méthodes de l’extrême gauche est une urgence. Encore 9 jours !

mercredi 26 avril 2017

APRES LE 1er TOUR DES PRESIDENTIELLES La situation est plus sérieuse que jamais.

Sérieuse ne veut pas dire désespérée.

Le 1er tour des présidentielles a vu se conforter les prévisions des derniers jours. Quatre candidats presque dans un mouchoir de poche. Mais ce qui se voit moins est la progression quantitative et qualitative, pourrait-on dire, des deux extrêmes. Si le F.N. n’a que peu progressé, l’extrême gauche frôle pour la première fois depuis 1978 la barre des 20 %. Mais ce qui me semble plus grave est le qualitatif. Dans un article précédent j’ai dit combien pour moi le F.N. n’avait pas changé et me semblait un danger grave pour la démocratie. La dédiabolisation du F.N. n’étant qu’un leurre. La pratique municipale, anti musulman (interdiction de construire des mosquées, etc.) le montre bien. Et dans le cadre de circonstances difficiles (attentats ou autres) tout est possible. Rappelons-nous de l’incendie du Reichstag. De plus on a vu que, déstabilisée par la crainte devant les derniers sondages, Le Pen a retrouvé les accents nauséabonds qu’elle avait fait semblant d’abandonner. Mais plus étonnant, et je ne l’ai pas vu arriver, est la radicalisation de l’extrême-gauche. Jusqu’à dimanche j’ai souri à ceux qui critiquaient Mélenchon en ce sens. J’avais tort. On a vu non seulement Mélenchon himself, mais aussi ses principaux acolytes, tenir depuis dimanche des propos inimaginables. Que Mélenchon déçu d’être éliminé boude et fasse son Jospin on peut le comprendre, même si c’est une grave faute politique. Mais ses principaux lieutenants vont dans le même sens. Ils se considèrent comme les seuls détenteurs de la vérité, de la lutte anti-F.N. (au moment où ils la désertent). Ils appellent maintenant à l’abstention. Mélenchon, le si cultivé, devrait voir comment il fait revivre en farce la position du Parti Communiste Allemand de 1933, refusant l’union avec les socialistes (socio-traitres ou socio-fascistes c’est selon). Quand on s’estime seul détenteur de la vérité c’est qu’on est très avancé dans la voie totalitaire. C’est ici je crois qu’il est nécessaire de rappeler toute l’actualité de Camus contre Sartre et ses compromis. Relisez Camus, le grand philosophe démocratique, ou à la rigueur Aron ! Aujourd’hui les positions d’opposition au libéralisme, comme ils disent, ce qui est une hérésie car il ne s’agit que de l’ultra libéralisme économique, sont majoritaires. Pour au minimum détricoter l’Europe, voire en sortir, sortir de l’Euro, fermer les frontières aux produits et surtout aux hommes. Si on ajoute Le Pen à Mélenchon, Dupont Aignan et au tiers de Fillon qui dit préférer Le Pen à Macron on dépasse les 50 %.

La bataille du deuxième tour va être rude entre deux conceptions totalement antagonistes. Sur le plan des idées c’est Le Pen qui est hélas majoritaire. Ce qui peut lui barrer la route n’est que la peur qu’elle inspire encore. Rien n’est gagné et tout faux pas de Macron peut lui être fatal. Je ne sais comment aujourd’hui par exemple il va se sortir du pétrin d’Amiens. Ensuite s’il gagne il y a les législatives. On va avoir cinq blocs qui vont là encore s’affronter : F.N., L.R., En Marche, P.S. et extrême gauche peut-être divisée entre Mélenchonistes et communistes. Le mode de scrutin et l’abstention relativement importante pour ce 3ème tour électoral fait que dans beaucoup de cas resteront en lice les deux premiers candidats, éventuellement un troisième. Là tout est possible, mais le plus probable, si Macron est élu et ne déçoit pas d’ici là, est un partage des sièges entre L.R., En Marche et P.S. avec deux minorités F.N. et extrême gauche. Une majorité claire sera très difficile. Macron ne pourra gouverner qu’au cas par cas avec les uns et/ou les autres. Il est le plus capable de le faire, mais il faut que L.R et P.S., ou au moins suffisamment de leurs députés jouent le jeu, ce qui est loin d’être gagné.

Mais allons plus loin. Macron que l’on ne peut que soutenir dans les circonstances actuelles et probablement demain au pouvoir, risque de ne pas pouvoir changer grand-chose. On risque avec lui d’être dans la situation dont parle Tancredi dans le Guépard de Guiseppe Tomasi de Lampedusa « pour que tout reste comme avant, il faut que tout change ». Et alors on se prépare des lendemains difficiles car on aura renforcé l’insurrection populaire que représentent les deux extrêmes.

Je pense que pour l’avenir il faut deux directions d’action. D’abord la lutte idéologique. C’est toujours l’idéologie et non pas l’économie, comme le croyait Marx, qui décide. Lutte en gros entre les deux idéologies que représentent Macron et Le Pen. Mais les discussions de réseaux sociaux n’atteignent pas ceux qui sont concernés (un peu à l’extrême gauche tout de même). C’est par l’action que les choses changent, pas par des discours. Il me semble, et c’est ce que j’écrivais il y a peu, que nous sommes arrivés à un moment de la modernité (qui peut se définir comme l’avancée de la libération des individus) très importante, mais insuffisante. Les avancées précédentes avaient permis la création des sociétés démocratiques, mais la montée supplémentaire de l’individualisme crée la crise actuelle car l’individualisme n’est encore que de l’égoïsme. Il faudra aller plus loin si on veut espérer sauver la démocratie en dépassant l’égoïsme par la responsabilité, la fraternité. C’est je crois l’enjeu du combat actuel. Ou les égoïsmes triomphent et on tombe dans de nouvelles barbaries ou la responsabilité/fraternité se développe suffisamment pour aller vers de nouvelles possibilités démocratiques. En ce sens il faut je crois que Rousseau et son contrat social redevienne d’actualité. Il faut retisser des contrats sociaux multiformes entre les hommes. Mais, prévient Rousseau, cela ne peut se faire qu’en bas, à petite échelle. Contrairement à tout ce qui se dit, l’intérêt inégalé pour cette élection hors-norme, montre bien que la politique reste un intérêt premier pour les Français. La manière dont Macron a bâtit sa campagne par la base avec des comités autogérés est un pas encourageant. Après l’élection il faut espérer que la pâte ne retombera pas. Mais il faudra changer radicalement d’objectif. Au lieu de construire pour le haut (la présidentielle) il faudra s’occuper du bas. Aller au plus près des préoccupations de tous ceux qui en ont besoin, et qui sont les insurrectionnels d’aujourd’hui. Aller vers les plus pauvres, les chômeurs, les ruraux délaissés, mais aussi les réfugiés, etc. Tisser des liens avec tout un réseau associatif qui existe déjà et qui ne nous ont pas attendu. Développer un réseau multiforme, comme hier le P.C.F. l’avait fait, comme le font les Islamistes algériens ou égyptiens, mais de manière totalement différente. En effet deux principes doivent guider. Premièrement agir pour être efficace et non pas pour développer sa propagande propre. Il s’agit de construire l’avenir, de gagner la bataille idéologique, pas la bataille politique. Deuxièmement agir toujours dans le sens de l’intérêt général et refuser toute action d’intérêt particulier et égoïste qui prétendrait défendre les uns contre les autres. C’est ainsi je crois et ainsi seulement qu’on pourra espérer avancer. Cela se fera-t-il ? L’avenir est imprévisible.

Pour terminer je rappellerai seulement la situation au moment de la précédente crise de la démocratie dans les années 30. Nous avions un communisme installé dans la nouvelle U.R.S.S., un nazisme, un fascisme et un ultra-nationalisme japonais installés eux-aussi et dans tous les pays démocratiques, bien peu nombreux alors, il y avait une part importante de population qui lorgnait vers un de ces deux extrémismes. Qui aurait parié pour la constitution d’états providences démocratiques dans nombre de pays 20 ans après ? Il a fallu certes des millions de morts, pactiser avec le diable (Staline) quitte à lui abandonner l’est de l’Europe, puis la guerre froide et bien des manquements à la démocratie à l’ouest (Iran 1953, Guatemala 1954, Franco, les colonels grecs, les colonels argentins, Pinochet….) pour finalement arriver à une avancée démocratique avant la crise actuelle. On peut espérer avoir retenu quelques leçons de l’histoire. Ce qui est certain, c’est que, y compris dans la tête de ces imbéciles de djihadistes, la demande d’autonomie de l’individu est de plus en plus grande. Elle devrait primer en dernier ressort.

mercredi 5 avril 2017

LE FRONT NATIONAL N’A PAS CHANGE

La fameuse « dédiabolisation » du Front National est un leurre dangereux. Elle tend à faire croire que cette organisation, et naturellement sa candidate autoproclamée, a changé et que les dangers qu’elles représentent sur la démocratie, mais aussi l’avenir sous toutes ses formes (économie, social, cohésion nationale, etc.) se seraient amoindris. En somme que ce Parti serait en passe de devenir un parti comme les autres, en voie d’intégration à la vie démocratique nationale et locale. Je crois que j’ai parfois moi-même été tenté d’y croire et de m’auto rassurer. En fait plus j’y pense et plus je crois qu’il n’en est rien.

La nature d’un parti est difficile à définir, comme celle de ses dirigeants. Surtout quand il a toujours été dans l’opposition (sauf rares mandats locaux). S’il accède au pouvoir son action dépend en grande partie des circonstances, du climat général, climat qu’il peut contribuer à changer. Définir le Front National comme un parti fasciste est de toute façon un contre sens historique. Le fascisme correspond à une époque révolue. Le danger n’en est pas forcément moindre, mais différent. Le Front National n’est pas un parti démocratique. Mais quel grand parti l’est ? D’abord tous les partis perdent une grande partie de leurs adhérents et ne deviennent plus que des écuries de course pour des candidatures locales ou nationales. Sans compter les trucages des élections internes (on l’a vu tant au PS que chez l’ex-UMP). Le FN est dirigé d’en haut par Le Pen et éventuellement quelques proches qu’elle désigne. Il semble avoir abandonné sa rhétorique anti-immigrés, mais je crois que c’est un faux semblant. L’indice qu’il n’a pas changé est son obsession à empêcher la création de lieux de cultes pour la communauté musulmane dès qu’il prend le pouvoir dans une municipalité. En fait il ne parle plus que de préférence nationale, mais ses électeurs potentiels comprennent bien ce qu’il sous-entend par là. Il laisse les autres, et surtout Les Républicains, faire la propagande antimusulmans, anti-arabes pour lui. Ceux-ci dans une course hyper dangereuse font de la surenchère de plus en plus limite, pour tenter de lui prendre des voix, mais comme le dit hélas le slogan, les électeurs préfèrent l’original, qui n’a même plus besoin de surfer, sauf de manière subliminale, sur tout ce qui touche au racisme, laissant les autres le faire pour lui. Le danger vient aussi de l’accoutumance, qui malgré nous, vient de l’approfondissement au fil du temps des surenchères vers les idéologies d’extrême-droite. On dit et fait aujourd’hui, y compris dans une certaine gauche, ce qui aurait été impensable il y a quelques années. C’est aussi cette accoutumance qui nous rend le FN moins dangereux, dans la vision que nous avons de lui, mais pas dans la réalité. Je ne crois pas plus aux déclarations de conversion du FN au fonctionnement démocratique de notre société. Il l’est officiellement, parce que les circonstances sont là, et pour tenter de prendre le pouvoir. Mais une fois installé et selon les circonstances, y compris celles qu’il peut provoquer, je crois que tout est possible. C’est la même chose avec Trump aux USA, mais là-bas peut-être, mais es-ce bien sûr, avec plus de contre-pouvoirs.

En fait si le FN prenait le pouvoir on ne sait pas du tout ce qui pourrait se passer. Il y a en France des barrières légales qui peuvent empêcher des glissements vers l’amenuisement démocratique et les dangers multiformes pour l’avenir : la pouvoir judiciaire, le Conseil Constitutionnel notamment. Mais en cas de crise grave, réelle ou provoquée et devant une éventuelle mobilisation populaire pour aller vers des lendemains qui déchantent ces barrières tiendraient-elles ? Certes l’histoire ne repasse jamais les mêmes plats, sauf en farce disait Marx, mais rappelons-nous quand même de 1933. Hitler chancelier minoritaire et l’incendie du Reichstag qui permet de lancer un référendum lui donnant les pleins pouvoirs et d’interdire peu à peu tous les autres partis politiques. En cas de victoire électorale du FN il est certain que des mouvements de protestations importants auraient lieu, comme les manifs anti Trump. Elles peuvent avoir un caractère plus ou moins violent. Une insurrection des banlieues n’est pas impossible, et bien entretenue elle peut permettre de justifier des mesures liberticides.

On dit que le FN ne peut pas prendre le pouvoir, à cette présidentielle au moins. Mais vu les surprises de cette élection depuis un an, et la rapidité avec lesquelles les situations se sont modifiées (pensons aux ascensions ultra-rapide de Fillon et Hamon par exemple), on n’est cette fois-ci sûr de rien. Et d’autre part d’élection en élection le FN monte et donc le danger est de toute façon devant nous.

Seul le débat d’idée ouvert et intelligent est une solution pour contrer le FN. Naturellement la situation économique et sociale pèse, mais en second j’en suis du moins persuadé.

mardi 4 avril 2017

LE BUT ET LE CHEMIN

Le choix de la préférence entre le but et le chemin, ou ses équivalents, est un problème philosophique essentiel. Il est au cœur des désaccords politiques majeurs, comme de la différence entre l’Orient et l’Occident.

Les Occidentaux, rationalistes depuis la philosophie grecque, ont choisi le but. Quel but fixe-t-on à sa vie, à son action tant personnelle que sociale ? Les religions monothéistes en inventant le Paradis qu’il s’agit de conquérir de manière diverse selon les religions, prolongent cette philosophie. Il s’agit dans la vie de chacun de conquérir son Paradis, que ce soit par ses bonnes actions, par sa foi ou tout autre moyen, le but est toujours le même et il est essentiel. Les moyens ne sont qu’au service du but. Les Lumières ont éclipsé l’importance de la Religion et les idéologies se sont lentement constituées, que l’on a pu baptiser de « religions laïques ». On ne regardait plus vers le passé, mais vers un avenir à construire. Et peu importe la diversité de ces idéologies, elles avaient toutes un but comme point d’orgue vers lequel converger. Que ce soit l’éradication des races inférieures dans le nazisme ou la société communiste sans Etat et sans classes l’essentiel était le but. Et les moyens étaient secondaires. Peu importait s’il fallait sacrifier une ou des générations au futur lumineux que l’on construisait. Les moyens crapuleux, criminels n’avaient aucune valeur, la seule valeur était le but à atteindre.

Certes nous sommes en grande partie sorti de l’ère des idéologies, qui a été le siècle des massacres, justement parce que tous les moyens étaient bons pour aller vers le but à atteindre. Mais on voit sans cesse poindre de nouvelles tentatives idéologiques, qu’elles soient purement religieuses, comme les intégrismes de toutes les religions, ou laïques, comme les intégrismes de la laïcité, de l’écologie, des Droits Humains, etc… Je ne jette pas l’enfant avec l’eau du bain. La laïcité, l’écologie, les Droits Humains sont pour moi très importants, c’est leur intégrisme qui est dangereux. Car à chaque fois que l’on fixe un but et qu’on le considère comme essentiel, les moyens finissent, quoiqu’on fasse, par devenir secondaire. Le danger est encore toujours là. C’est en cela qu’est vivante la bête immonde de Brecht. Si on regarde l’actuelle, autant stressante que divertissante, campagne présidentielle nous en sommes toujours ramené au même point. Car que demande-t-on à un candidat : un programme, que de toutes façons vu les circonstances il ne pourra pas appliquer, et heureusement quand on les passe tous en revue. Mais l’insistance sur le programme c’est le choix du but sur le chemin. Macron, au départ a été le seul à minimiser l’importance du programme et à tenter de privilégier la manière d’être, de gouverner. Mais devant l’insistance de tous il a du se plier à l’injonction du programme. Alors que ce qui est seul important c’est justement la manière de gouverner, l’actualité se chargera de fixer les problèmes à résoudre.

Dans le choix personnel des Occidentaux on a la même prévalence du but sur le chemin. On ne cherche pas tant une manière de vivre. On privilégie le futur, les choix importants qu’on se fixe à obtenir dans notre vie. Il faut se fixer des objectifs. On vit ainsi dans le futur on oublie de vivre le présent. On se retrouve vieux en ayant parfois atteint ses objectifs, mais sans avoir vraiment vécu. La priorité du chemin est au contraire une caractéristique des philosophies orientales, et notamment chinoises. Le Tao, c’est le chemin. Le « but » de l’activité humaine, si l’on peut employer ce mot, c’est de faire avancer la roue de la vie qui ne va justement vers aucun but, et qui ne fait que tourner de manière cyclique. Il faut participer au mouvement des choses.

Nous ne sommes pas près, nous Occidentaux, de vivre dans le présent, dans le chemin de la vie, toujours en quête d’un ou de plusieurs buts qui nous déçoivent presque toujours. Il nous faudrait apprendre simplement à vivre au présent. Outre les dangers que représente la priorité donnée au but sur le chemin.

mercredi 22 mars 2017

LE PIEGE DE L’UNIVERSEL

Nous Occidentaux, et encore plus les Français, avons une prétention à être ouvert aux misères du monde entier. C’est une générosité qui peut être positive, mais elle renferme aussi, si on n’y prête garde d’énormes dangers.

Emmanuel Macron nous a fait à Reims un très beau discours sur la culture française et comme troisième caractéristique il signalait ce goût de l’universel. C’est ce qui fait la particularité de ceux qu’on appelle justement « les frenchs doctors ». La littérature en parle aussi : c’est le « panache » de Cyrano de Bergerac, mais aussi (preuve que ce n’est pas que Français) la caractéristique de Don Quichotte, qui, comme le chantait Brel dans « l’Homme de la Mancha » cherchait à « atteindre l’inaccessible étoile » et « peu m’importe mes chances ».

Cette prétention à s’occuper des autres, parfois au mépris masochiste de nos propres intérêts, est très développée chez nous. Les syndicats enseignants, que j’ai beaucoup fréquentés, ont pour première priorité de défendre la vision idéologique qu’ils ont de l’école, avant les intérêts propres du personnel qui devrait être leur premier souci. A chaque fois que nous, classe moyennes, votons à gauche (et jusqu’il y a peu c’était le votre majoritaire des couches moyennes), nous savons d’avance que nos intérêts ne seront pas la priorité du nouveau gouvernement. Personnellement, à revenu stagnant depuis 10 ans, j’ai vu mes impôts doubler ! Nous avons une vision totalement ouverte du monde, dans tous les sens du terme. C’est ainsi que fonctionnent les règlements européens. C’est ainsi que le premier geste d’Angela Merkel devant l’afflux de réfugiés a été d’ouvrir les bras, sans se poser d’autres questions. C’est ainsi que nos intérêts commerciaux ne sont pas défendus, alors que tous nos partenaires de la Chine aux U.S.A., qui n’ont pas attendu Trump pour cela, pratiquent le protectionnisme quand cela les arrange.

Ce piège de l’universel n’est pas dangereux que pour nous, qui agissons souvent de manière masochiste. Il l’est quand nous pensons détenir la vérité universelle, et avoir la mission de sauver le monde. C’est ainsi que l’on a justifié la colonisation (qui du temps de Jules Ferry était de gauche), que l’on a mis le feu à nombre de pays arabes, de l’Afghanistan à la Lybie.

Alors, sans donner raison à la politique rance et de division du Front National, il faut savoir tourner beaucoup de fois sa langue dans sa bouche ou son arme dans les mains, comme dit Brassens, avant de dire ou de faire n’importe quoi. Les « frenchs doctors », le souci des autres d’accord, mais attention à ne pas aggraver la situation. Sachons aussi défendre nos intérêts, sans égoïsme, et soyons modestes. Quand on parle ou agit à l’extérieur, la parole de tous les autochtones est prioritaire, et pas seulement celle des quelques ceux qu’il nous arrange d’écouter.

samedi 14 janvier 2017

LE PERPETUEL COMBAT DES LUMIERES CONTRE L’OBSCURANTISME

Je suis de plus en plus persuadé de l’importance primordiale des idées, des idéologies (sans leur donner la définition restrictive des idéologies qui ont amené aux totalitarismes au siècle dernier, simplement des systèmes d’idées ouverts) comme moteur des changements des sociétés. Et sans vouloir être simpliste et manichéen je suis persuadé que le combat que je définirai, comme celui des Lumières contre l’obscurantisme est essentiel. Certes il en est d’autres, mais celui-ci traverse les siècles et se renouvelle sans cesse. Le dernier livre de Salman RUSHDIE « 2 ans, 8 mois et 28 nuits » ne raconte pas autre chose à sa manière poétique. Le combat d’Ibn Rushd, allias Averroès, et des ses successeurs intellectuels contre El Ghazali et ses successeurs intellectuels.

Quand je dis les Lumières, c’est pour faire court et simple. Car Averroès justement c’est 5 siècles avant Voltaire et il n’était pas le premier sur ce long chemin. Il s’agit des idées de libération de l’individu de toute domination intellectuelle en premier lieu, mais sociale également. Il s’agit du droit des individus qu’égrènent de manière fort proches toutes les Déclarations des Droits depuis celle des Etats Unis au 18ème Siècle. Il s’agit aussi en allant plus au fond de la libération de l’homme de l’emprise religieuse. Ce que Rushdie nomme en faisant parler Averroès par périphrase « les choses… qu’il est défendu de penser ou d’entendre », tout au moins dans son siècle et son milieu. Et sans cesse le renouvellement de la pensée et des réalités du monde retisse de nouvelles formes de l’obscurantisme, qui montent à l’assaut contre les Lumières. Ces formes de l’obscurantisme qui tentent de freiner, voire faire revenir en arrière sur les Droits à l’autonomie des individus. Généralement ils sont liés à des tentatives de revenir, de manière individuelle et sociale, à une religion ou à un succédané laïc qui en tient lieu. Presque toujours il s’agit de restreindre les droits des femmes, de les rabaisser.

Aujourd’hui, mais es-ce vraiment plus qu’à d’autres moments, nous assistons à des assauts obscurantistes de nombreux côtés. Je ne veux pas les hiérarchiser, simplement les citer dans le désordre, et j’en oublierai beaucoup. On peut penser aux climato-sceptiques qui, pour des raisons idéologues ou des intérêts personnels rejettent la réalité largement prouvé scientifiquement. On peut penser naturellement à tous les extrémistes religieux, et chaque religion en a, même les religions laïques, comme justement la laïcité pensée non comme une liberté de toutes les croyances, mais comme une contrainte sur toutes ou certaines croyances. On peut penser à la multiplication par Internet des toutes les théories du complot, qui sont devenues des manipulations par la diffusion permanente des mensonges les plus éhontés. La vitesse avec laquelle ils sont renouvelés gênant leur invalidation. Trump est passé champion en la matière. « Le Monde » de mercredi dernier citait Jean-Claude Michéa, nouveau gourou d’une pensée conservatrice qui fédère autour de lui un amalgame divers et nauséeux, qui se veut socialiste (Hitler et Mussolini aussi se prétendaient socialistes), mais aussi écologiste radical, qui se bat contre la libération des mœurs et proche de la manif pour tous, qui, au moins pour certains, se battent contre l’avortement et la contraception. On peut aussi penser aux radicaux d’extrême droite ou d’extrême gauche. Du Front National d’un côté et Mélenchon de l’autre saluant Castro et Chavez… Ah, la nostalgie du Che sur les tee-shirts des analphabètes politiques !

Contre toutes ces idées obscurantistes le combat est toujours celui de Voltaire et de son rire dévastateur, celui d’Averroès. C’est le combat de la culture, de l’intelligence, du débat, de la logique, de l’ouverture d’esprit, aux autres, qu’il faut mener en permanence.

samedi 31 décembre 2016

L’EGOISME ET LA NECESSITE

Je suis en train de remettre à jour de façon importante des points de vue sur des domaines qui me hantent depuis longtemps et auxquels il me semble que j’avais jusqu’ici mal répondu. C’est du moins l’opinion que j’en ai actuellement.

Je suis persuadé depuis pas mal de temps que la montée de la modernité, qui se traduit par l’autonomisation croissante des individus est le facteur qui caractérise le mieux l’avancée humaine depuis des siècles. Cette avancée, sans cesse remise en cause, variable selon les pays, progresse fortement depuis quelques décennies.

Elle est multiforme et ne saurait être confondue avec la forme qu’elle prend en Occident, même si c’est là qu’elle a démarré pour des raisons historiques. Sinon on tombe dans une nouvelle forme de néo-colonialisme culturel. Cette avancée se manifeste par la sortie de la religion au sens de la société (et pas forcément des individus), en ce sens que ce n’est plus la religion qui dicte les us, coutumes et mœurs sociales et politiques. On sort des sociétés fermées pour entrer dans des sociétés ouvertes où tout un chacun est libre de vivre sa vie, sa religion ou son absence, ses mœurs. Une société qui se manifeste par la liberté de penser, de s’éduquer, de s’informer, de communiquer. Qui se manifeste aussi par le droit de chacun à prendre sa part à la gestion de la société, c'est-à-dire la démocratie, même si celle-ci ne doit pas être forcément confondue à la démocratie élective par délégation que nous connaissons. Cela peut être plus ou moins complexe, différent. La meilleure mesure de l’avancée de la modernité est le plus souvent la place de la femme dans la société concernée, car c’est quasiment toujours par un inconscient sexuel (qui donne une place particulière aux femmes) que se caractérisent les sociétés anciennes.

Le combat pour la modernité et donc l’autonomisation de l’individu est loin d’être terminé, même si en Occident, et particulièrement en France il est allé très loin. Les poussées traditionnalistes de toutes les religions nous le montrent tous les jours. Pendant longtemps il a fallu batailler ferme pour ce combat pour la liberté. Au nom de l’égalité notamment, on a souvent voulu limiter la liberté. C’est la Terreur robespierriste contre la liberté révolutionnaire. C’est le combat du communisme, contre le socialisme. Et si le communisme réel était très loin d’être égalitaire, il s’en vantait tout au moins. Et donc quasiment jusqu’à aujourd’hui la combat pour la liberté était prioritaire, même si la social-démocratie en faisant triompher en Occident l’Etat providence n’a pas oublié l’égalité. Ce qui nous a caché les problèmes auxquels nous devons faire face aujourd’hui. Aujourd’hui au moins en Occident nous sommes arrivés tellement loin dans la modernité que nous en percevons des dangers, sinon insoupçonnés, car ils avaient été évalués par certains, mais tout au moins minimisés. Tocqueville notamment les percevait très bien. Ce danger c’est de pousser l’autonomisation de l’individu jusqu’à l’égoïsme, c'est-à-dire au refus de considérer l’intérêt de l’autre (autre pris au sens large, je vais y revenir). En ce sens notre autonomie n’en est qu’à un stade infantile.

Jusqu’ici, je ne voyais pas de moyens de sortie de ce dilemme. Car si on veut vraiment la libération de l’individu il est être laissé libre de choisir ses valeurs, ou leur absence, sa morale ou son absence, et en ce sens tous les discours de « revenir » à des valeurs civiques sont, au sens premier, réactionnaires. Ce que j’oubliais c’est de penser que l’individu ne se forme, n’existe qu’en tant qu’être social. Sans les autres il resterait un enfant sauvage, sans culture et donc sans autonomie. Et pour vivre, nous devons faire société. Certes nous devons obéir aux lois, auxquelles en démocratie nous contribuons. Mais pas seulement. Il ne s’agit pas simplement d’un cadre juridique, le seul que je voyais jusqu’ici comme garde fou de l’égoïsme des individus. En fait je pense maintenant que la liberté et l’autonomie d’un individu n’est réelle et totale que s’il arrive à se débarrasser de son égoïsme. Sans cela il ne peut pas parvenir à réaliser réellement son autonomisation. C’est pourquoi je me dis que nous avons encore bien du chemin à parcourir pour arriver à la modernité. Comme toute avancée, à chaque progrès on s’aperçoit que ce qu’on croyait le bout du chemin n’est qu’une étape et qu’il y a encore une route qui se dresse devant nous. Nous sommes parvenus à une autonomie quasi complète des individus, mais dans un sens seulement, car cela nous a amené à des individus en factions égoïstes, chacune défendant ses « privilèges », même s’il ne faut pas se tromper et suivre aveuglément les faux prophètes qui prêchent en fait l’abandon de l’Etat providence, sous couvert d’abandonner des rentes de situation. Et nous arrivons au blocage actuel de la société. Pour en sortir on ne peut le faire que par le haut, à moins de revenir en arrière, comme nous le proposent bien des réactionnaires, fussent-ils déguisés en hommes d’ultra gauche. Et en fait nous y sommes obligés, c’est une nécessité. D’une manière ou d’une autre, plus ou moins tard, plus ou moins douloureusement, nous le ferons. Par le haut cela veut dire savoir conjuguer la poursuite de l’autonomisation des individus avec l’avancée des deux autres valeurs de notre triptyque républicain « égalité et fraternité ». Le chemin est étroit, car il ne s’agit surtout pas de retomber dans le retour aux valeurs civiques antérieures, comme celles des hussards noirs de la République, qui ont fait triompher les valeurs de la République, mais ont aussi mené aux abattoirs de 1914-18. Ces valeurs alors étaient imposées, pas librement proposées, nous n’étions pas vraiment sortis de la société fermée. Il s’agit bien d’un combat des idées, d’un combat tant idéologique que politique, car on n’avance que par le débat. Il s’agit de faire triompher une société de collaboration des individus à la construction du lendemain. Il faut en même temps faire prendre conscience de la nécessité de cette collaboration, et donc d’abandon de l’égoïsme, premier stade de l’autonomie, et mettre en mouvement une société de participation des individus, sous les formes les plus variées, à la construction de l’avenir commun. Je pense qu’il faut relire « Le contrat social » de Rousseau, qui m’a semblé fort utopique quand je l’ai lu il y a quelques années. Il y a quelque chose de ce contrat social à construire. Cela va poser bien des problèmes. En premier lieu il ne faut pas abandonner la lutte pour l’autonomie des individus, ici et ailleurs. Les tentatives de retour en arrière que ce soit ailleurs avec l’Etat islamique, ou ici où dans certains quartiers on tente d’imposer l’absence publique des femmes, sont à combattre avec la plus grande fermeté (on en revient toujours aux femmes…). Cela pose aussi, mais de manière différente qu’hier, la notion d’accueil des populations étrangères. Rousseau l’explique bien, un contrat social n’est possible que dans de petites sociétés, qui ensuite peuvent s’agglomérer les unes aux autres, mais en gardant leur autonomie. S’il ne s’agit pas d’imposer des valeurs d’insertion aux étrangers arrivant en France, il s’agit tout de même de pouvoir digérer tranquillement des populations qui ont une culture riche, mais différente de la nôtre, qui ne sont pas au même niveau d’autonomie de l’individu, sans les brusquer. Il s’agit bien d’avoir une véritable politique d’insertion. La place de la femme, encore une fois est un critère décisif. Mais au-delà il s’agit de comprendre l’erreur du multiculturalisme, qui ne permet que de maintenir des différentiels de libération des individus sur le territoire national. On peut tous par contre s’enrichir de la culture des autres, comme, par exemple les cultures juive, pied noir ont su le faire. Nous pouvons tous nous enrichir des cultures arabes, africaines, asiatiques. Mais dans l’autonomie des individus et dans la recherche de la participation de tous à l’avancée de la société. Quand on dit égalité, il est bien certain que les inégalités sociales, salariales notamment, qui se sont développées ces dernières décennies doivent être combattues. Même si cela ne représente pas forcément des sommes si importantes au niveau de la société, les très hauts salaires sont un facteur de pourrissement du consensus social qui seul peut remettre la société en marche. Un plafonnement des salaires (tous avantages compris) à des niveaux qui pourraient être de 10 fois le SMIC par exemple seraient nécessaires. On en est très loin aujourd’hui. De la même manière, et ce n’est qu’un exemple, j’ai toujours considéré comme profondément immoral, et contraire au consensus social l’existence de revenus complémentaires, comme les dépassements médicaux. Comme toujours c’est l’idéologie qui mène la danse des changements sociaux. C’est donc d’une bataille d’idée qu’il s’agit pour qu’enfin on puisse avancer, dans le débat inévitable, vers une fraternité, la bien oubliée aujourd’hui de nos trois devises républicaines. Il s’agit de débloquer notre société. Enfin je perçois un bout possible, et même certainement inévitable, du tunnel !

lundi 19 décembre 2016

POUTINE

Poutine est de plus en plus omniprésent dans l’actualité, et la plupart des commentaires médiatiques sont totalement ignorants de la réalité russe, mis à part quelques uns, dont un reportage la semaine dernière en toute fin de soirée, caché par un portrait longuet et beaucoup moins intéressant de Laurent Delahousse. Hubert Védrine est probablement un des meilleurs analystes de la situation géopolitique actuelle.

Il faut prendre conscience d’abord que la politique actuelle de Poutine est le fruit de nos fautes. Nous (l’Occident) avons poussé Gorbatchev, puis Eltsine à démanteler l’URSS, son système d’Etats satellites et son économie. La doctrine reaganienne ultralibérale a totalement ruiné le pays, a mis à bas son système boiteux de protection sociale (santé, école, retraites). Les revenus ont chuté, les avoirs en banque ne valaient plus rien. Et pire de tout il y a eu l’humiliation politique. Reagan a proclamé la victoire de la guerre froide et la victoire du capitalisme. Les Etats satellites sont devenus indépendants, ainsi que bien des républiques de l’URSS (Pays Baltes, Biélorussie, Ukraine, Géorgie, Arménie, les pays en stan autour de l’Ouzbékistan). Beaucoup sont rentrés dans l’Union européenne et l’OTAN. La main tendue par Poutine vers l’Occident et l’Europe dans les premières années de son règne ont été ignorées. Il a été méprisé, traité comme un inférieur vaincu. Sans concertation onusienne les USA et des Etats européens ont bombardé la Serbie pour « libérer » le Kososvo, Serbie qui était le dernier allié européen de la Russie. La Russie a laissé s’accomplir l’action humanitaire prévue en Lybie et en violation du mandat les Occidentaux ont fait chuter Kadhafi, allié lointain de la Russie pour le remplacer par l’anarchie qui a déstabilisé ce pays, mais aussi une grande partie du Sahel. Les Occidentaux ont au minimum soutenu, voire largement encouragé, ce qu’on a appelé les révolutions de couleur en particulier en Géorgie et en Ukraine, c'est-à-dire à la frontière, voire dans des territoires à minorités russophones importantes. Les Occidentaux veulent faire chuter Bachar el Assad, allié russe qui lui concède la seule base navale russe en Méditerrannée. Qu’auraient fait les USA pendant la guerre froide si le Mexique avait voulu devenir membre du Pacte de Varsovie ? Qu’ont fait les USA contre Cuba devenu communiste ? (Baie des Cochons, crise des missiles, 55 ans de blocus économique). Il faut en premier lieu prendre conscience de la faiblesse de la Russie. Pour le PIB (en 2015) elle était le 12ème pays mondial, c'est-à-dire 13 fois moins que les USA, 8 fois moins que la Chine, trois fois moins que le Japon, 2.5 fois moins que l’Allemagne, derrière le Royaume Uni, la France, L’Inde, l’Italie, le Brésil, le Canada, la Corée du Sud, juste devant l’Australie, l’Espagne, le Mexique. Donc matériellement la Russie n’a pas les moyens de nous intimider si nous le voulons. Elle tire sa force de sa cohésion actuelle derrière Poutine, de son investissement dans l’armement, sans que sa force en soit exagérée. C’est un des derniers grands pays dont on peut penser qu’en cas de conflit les soldats seraient prêts à mourir pour la Patrie. Mais Poutine tire surtout sa force des divisions du monde qu’il a face à lui. La plupart de ses actions sont des actions indirectes. Il aide les russophones ukrainiens à maintenir une guerre latente dans l’Ouest du pays, pour maintenir une situation de pourrissement. Il a récupéré la Crimée, dont la population souhaitait massivement le rattachement à la Russie. Il a récupéré deux morceaux de mini-républiques en Géorgie qui étaient opposées au gouvernement central. Il multiplie les cyber-attaques pour déstabiliser ses adversaires (pays baltes, Démocrates aux USA…). Il serait dans l’incapacité de gérer un pays dont la population serait hostile. Il se souvient de la guerre d’Afghanistan. Même les USA du Vietnam à l’Afghanistan (encore une fois) en passant par l’Irak et la Lybie en ont fait la douloureuse expérience. En Syrie ses forces sont très limitées et il ne pourrait rien sans l’aide iranienne, sans la division internationale. Les pays du Golfe et l’Arabie saoudite n’ont pas envie d’y mettre les pieds, n’arrivant pas à se sortir du bourbier du Yémen. Pour les Turcs les ennemis sont les Kurdes. Les Occidentaux, n’ont plus vraiment d’alliés sur qui compter. Les opposants à Bachar el Assad sont soit les Kurdes autonomistes, soit des islamistes radicaux, les démocrates n’ayant jamais été bien nombreux.

Maintenant que nous avons poussé Poutine à devenir ce qu’il est internationalement il faudra reconstruire autrement avec lui. Il nous fera probablement payer ses humiliations passées (politiques, mais aussi sûrement personnelles, mais c’est juste une hypothèse personnelle). Les populistes de droite, comme de gauche, qui souhaitent renouer le dialogue avec lui, pour des raisons diverses y arriveront-ils s’ils sont de plus en plus nombreux à prendre le pouvoir. Une alliance avec Erdogan est possible, à moins que les deux égos se choquent trop. Que fera Trump l’imprévisible ? L’alliance avec la Chine est pleine de contradictions. Xi Jinping, qui lui aussi manifeste une tendance dictatoriale inquiétante, joue le jeu ambigüe traditionnel chinois. Il est certain qu’un jour pas si lointain la vaste Sibérie et ses richesses naturelles, ses vastes espaces qui peuvent devenir cultivables avec le réchauffement climatique, pourraient être convoitées par le grand frère chinois, surtout avec le déclin démographique russe.

Ce qui est le plus inquiétant c’est l’évolution de l’état d’esprit de la population russe derrière Poutine. Nous avons un retour en arrière. Nous ne sommes plus dans une démocratie. Les élections ne suffisent pas à définir un régime démocratique. La liberté du débat d’opinion est bien plus importante. Et là Poutine montre son caractère en pourchassant toute opinion différente (jusqu’aux assassinats de journalistes). N’oublions pas non plus les attentats, quelques mois après sa prise de pouvoir en 2000, plus que probablement organisés par le FSB, pour consolider son assise. Nous sommes dans une violence d’Etat bien plus grande que celle qui sévissait dans l’URSS pourrissante à partir de la fin de Brejnev où les opposants étaient envoyés derrière l’Oural, ou dans des asiles psychiatriques, ou dans des prisons pourries, mais n’étaient plus directement assassinés. L’approbation de la population à son asservissement, à sa désinformation, est un recul qui doit être mesuré à l’aune de la modernité. On revient en Russie sur l’autonomie de l’individu. Même si c’est heureusement contradictoire avec d’autres aspects de cette modernité.

En tout cas l’Occident en l’occurrence tire les fruits amers de ses fautes, de ses arrogances. Il faudra en payer là encore le prix. D’autant que nos interlocuteurs ne sont pas meilleurs que nous et n’auront aucune commisération.

vendredi 9 décembre 2016

CHOC MIGRATOIRE, CRISE DE LA DEMOCRATIE, Angela MERKEL, LE CAPITALISME D’AUJOURD’HUI, CRISE DE L’ECOLE. Un numéro du Débat qui est un vrai débat (suite)

Je terminerai l’analyse de ce numéro du « Débat » par les trois articles sur le capitalisme d’aujourd’hui.

Bernard Colasse revient une fois de plus sur son analyse des normes comptables internationales qui sont aujourd’hui imposées. A première vue il semblerait qu’il s’agisse d’une décision purement technique, mais l’auteur montre qu’il s’agit bel et bien en fait d’un choix politique hautement décisif. Ces normes crées par une société privée américaine autoproclamée ont été imposées en 2002 par l’Union Européenne, sans aucune discussion politique, à toutes les entreprises qui font appel à l’épargne publique et aujourd’hui elles sont de manière simplifiées recommandées pour toutes les entreprises. Il ne s’agit dans ces normes que de mesurer la valeur financière de l’entreprise, c'est-à-dire combien elle peut rapporter à ses actionnaires et combien elle vaut, financièrement parlant si elle était vendue. C'est-à-dire que dans les temps de spéculation financière qui sont non plus l’exception, mais la donnée permanente, cette valeur est totalement déconnectée de la valeur réelle de l’entreprise, prise au sens de son capital productif : terrains, bâtiments, matériaux, etc. Mais elle ne mesure pas plus la valeur sociale de l’entreprise, le personnel et sa qualification, l’intérêt pour la ville, la région ou le pays ; ni la valeur environnementale de l’entreprise. Certes ces valeurs sont les plus difficiles à mesurer, mais ce n’est pas le problème clé, politique au sens premier. Ces normes rejettent comme inintéressantes les valeurs réelles : matérielle, sociale et environnementale de l’entreprise. Et en cela elles exonèrent l’entreprise de toute responsabilité vis-à-vis des salariés, de la société, de l’environnement. La direction n’a plus comme seul intérêt que celui de ses actionnaires. C’est du Milton Friedman dans toute sa pureté.

Valérie Charolles analyse la culture du chiffre qui a envahi tous les domaines de la vie professionnelle et politique Elle en analyse les effets délétères importants dans le domaine de l’éducation, de la santé notamment, où l’on a intérêt à exagérer le handicap d’un élève ou la gravité d’une maladie pour mieux rester dans les normes demandées. Dans le domaine policier l’on va se concentrer sur les petits délits, bien plus faciles à solutionner que les affaires complexes, cela fera du chiffre. Mais de plus ces chiffres n’analysent qu’une partie des problèmes mesurables, ceux qui ont été choisis, souvent plus ou moins au hasard, ou parce qu’ils étaient les plus faciles à mesurer. De plus ils sont chronophages, alors qu’ils sont au minimum peu utiles. Les directeurs d’établissements scolaires, les médecins, les agriculteurs, les responsables de P.M.E. passent de plus en plus de temps à remplir des formulaires statistiques au détriment de leur métier. On a vu en médecine les statistiques mal interprétées, parce que le public médical est très peu au fait de l’analyse statistique, et multiplier des interventions inutiles là ou les faux positifs sont nombreux, parfois plus que les vrais positifs. Toute analyse n’étant fiable qu’avec un pourcentage d’erreur, on détecte forcément des maladies (faux positifs) à des gens qui n’en ont pas. On a été ainsi amené à modifier totalement les principes de soin dans le cancer de la prostate ou de la thyroïde, où l’on a soigné, et handicapé de très nombreux faux positifs. Autre source de problème le chiffre est décidé d’en haut et il impose quasi automatiquement dans l’entreprise des procédés stéréotypés. Il s’oppose à l’innovation et à l’initiative personnelle. L’être humain n’est pas une machine et donc il va réagir aux statistiques en s’adaptant et il va le plus souvent détourner les procédures pour s’adapter aux chiffres demandés, en les détournant de l’intérêt qu’ils avaient pour leur concepteur. En dernière analyse cette culture du chiffre voudrait que le salarié soit performant au maximum de ses possibilités pendant tout son temps de travail, ce qui est totalement contraire aux données physiologiques les plus élémentaires. La conséquence en est la montée de cette maladie corrélative du capitalisme moderne le burn-out.

Jean-Luc Gréau analyse le néolibéralisme et il cherche à montrer que, contrairement aux déclarations de la plupart de ses opposants, il n’est absolument pas un retour au capitalisme sauvage traditionnel tel que le monde occidental l’a connu avant la victoire des Etats providences, mais une étape totalement nouvelle et originale. Pour Jean-Luc Gréau il s’agit d’un socialisme (celui des ex-états socialistes) retourné. La nouveauté, c’est le pouvoir des financiers et sa déconnection de l’entreprise physique. On en revient à l’analyse ci-dessus des normes comptables. L’auteur estime que le pouvoir financier aujourd’hui dirige autant contre les intérêts de l’entreprise, qui n’est qu’une machine anonyme à profit, que contre les intérêts des salariés, de la société et de l’environnement. La propriété est autant déconnectée de l’entreprise qu’elle l’était dans les régimes socialistes, où c’était l’Etat qui propriétaire imposait ses décisions. Ce qui est important pour les actionnaires, c’est que la valeur de l’entreprise ne chute pas et pour cela on va artificiellement maintenir au niveau le plus élevé la valeur de ses actifs. On va tout faire par exemple pour que l’immobilier ne chute pas. C’est l’Etat, ou les banques centrales qui vont racheter les prêts pourris que l’on a fait souscrire à des gens incapables de les rembourser. On va multiplier les dividendes, au détriment de l’investissement. On l’a vu plus haut, tout est fait pour dédouaner les actionnaires de toutes responsabilités sociale ou environnementale. Ce qui n’était pas le cas du capitalisme industriel. Pour Jean-Luc Gréau s’est constituée une nomenklatura néolibérale, comme il y en avait une dans les Etats socialistes. Cette nomenklatura qui comprend à la fois les responsables financiers, les politiques, les médias, les hauts fonctionnaires développe une idéologie qui cherche à formater l’opinion publique. Il n’y a qu’une vérité, c’est le marché libre qui a remplacé le marxisme. Ou au mieux l’impossibilité d’en sortir. Pour l’auteur la construction européenne constitue le summum de cette construction néo-libérale qui a même réussi à évincer l’essentiel du pouvoir politique des décisions. Comme Marx le souhaitait, on a le dépérissement de l’Etat, mais à l’envers, pas dans l’intérêt des travailleurs collectivement assemblés, mais pour l’intérêt des financiers. L’Etat le plus minimal prôné par les néo-libéraux est bien l’Europe. On a même ajouté, cerise sur le gâteau, la possibilité que la pouvoir judiciaire étranger puisse sanctionner les Etats (notamment dans le récent traité signé avec le Canada) pour mieux leur enlever encore des marges de manœuvre. Jean-Luc Gréau conclu sur la situation actuelle qui semble remettre en cause un certain nombre de bases de cet ordre néo-libéral. La levée politique des peuples, dans des sens les plus opposés parfois semble menacer cet ordre. De Syrira à Trump en passant par le Brexit on commence à le remettre en cause de partout à la fois. Les pays dits du Sud, la Chine en tête ne sont pas prêts à abandonner leur liberté de décision et gardent un Etat fort. La croyance à la solution miracle du libre échange prend l’eau de toute part. Le traité signé avec le Canada risque bien d’être le dernier et des traités déjà signés sont remis en cause (en Asie, mais aussi les accords internes de l’Union Européenne). La nomenklatura néo-libérale crie naturellement au loup en toute circonstance. Or dans toutes ces remises en cause, il y a, et il y aura, du pire et du meilleur. Cette nomenklatura, trop formatée, n’est pas capable de le comprendre et de l’analyser. Un avenir est en train de se construire, un post néo-libéralisme, mais lequel ? Après les 30 glorieuses 1945-1975, après le néo-libéralisme 1975-2010 nous sommes en train de voir naître une nouvelle étape du capitalisme.

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jeudi 8 décembre 2016

CHOC MIGRATOIRE, CRISE DE LA DEMOCRATIE, Angela MERKEL, LE CAPITALISME D’AUJOURD’HUI, CRISE DE L’ECOLE. Un numéro du Débat qui est un vrai débat.

Le numéro du « Débat » qui vient de paraître mérite bien son nom. Une suite d’articles passionnants qui souvent s’entrechoquent.

Tout d’abord trois articles sur le choc migratoire avec chacun leurs vérités. Didier Leschi qui campe sur des positions proches de Chevènement, si je ne m’abuse. Raffaele Simone toujours aussi peu soucieux du politiquement correct qui met les pieds dans la soupière. Ivan Krastev plus proche de l’idéologie dominante dans la gauche bien pensante. Didier Leschi nous parle de la Seine Saint Denis et de l’échec de toutes les politiques d’intégration s’adressant aux nombreux immigrés. Communautarisme, drogue, chômage, crise laïque. Rappelons que la Seine Saint Denis est le premier département d’accueil des étrangers en France. A mettre en relation avec l’excellent numéro d’ « Herodote » sur le 89-3 justement, plus complet, plus équilibré. Mais c’est une face bien réelle du problème que montre Didier Leschi. Raffaele Simone analyse les problèmes migratoires et le saut quantitatif énorme que représente la vague actuelle. Il y voit une conséquence de la douceur de l’Europe et de sa totale impréparation. La douceur qui fait que les migrants savent bien « qu’aucun (autre) pays n’a la tradition de douceur de l’Union Européenne, son Etat-providence universel et gratuit, ses lois généreuses… (et) son sentiment de culpabilité historique ». Il montre l’échec sur tous les plans. Politique : la coupure de l’Europe en deux et la montée des mouvements xénophobes. Economique : des sommes énormes sont (et continueront d’être affectées pendant des années) pour des populations qui risquent d’être au mieux des travailleurs tout en bas de l’échelle concurrençant la main d’œuvre autochtone non qualifiée, au pire (et cela semble bien plus le cas) des populations très difficilement employables, à la seule recherche d’une aide publique. Gestion : aucune préparation. Dans un premier temps on cherche, sans succès, à limiter l’afflux, puis sans aucune concertation ni nationale, ni européenne, Angela Merkel ouvre les portes et crée un appel d’air, et puis devant la réalité ingérable on referme comme on peut les digues. Social : les très nombreux arrivants risquent de déstabiliser un peu plus la crise sociale européenne, impliquant des aides financières très importantes, alors qu’on prône l’austérité pour les nationaux, risquant d’augmenter le communautarisme, avec des conséquences y compris démographiques (les Nigériens de plus en plus nombreux à arriver ont un indice de fécondité record mondial de 7.6 enfants par femme, ce qui correspond à une population multipliée par 5 en un siècle). Géopolitique : on contient un peu actuellement la vague grâce à un accord avec Erdogan, et donc on ferme les yeux sur la dictature qu’il met en place en Turquie, sur sa politique anti-kurde en Turquie, mais aussi en Syrie où il préfère Daesh aux Kurdes, on accepte toutes les facilités qu’il demande (augmentations du nombre de visas, reprise des négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne, etc.).

Wolgang Streeck analyse la politique allemande. Le début de son article m’a particulièrement intéressé par son analyse de la politique d’Angela Merkel. Il montre qu’elle est très habituée aux virages à 180° sous l’effet de l’actualité, sans aucune concertation, en mettant son parti, son pays et souvent l’Europe devant le fait accompli, vu son poids économico-politique. Elle fait adopter un programme néo-libéral en 2003, élue en 2005 elle gouverne avec les sociaux-démocrates et souvent leur vole leurs propositions (salaire minimum ; etc.). Elle fait voter la prolongation des centrales nucléaires et quelques mois plus tard devant Fukushima elle décide de la sortie du nucléaire. Elle cherche à freiner l’afflux de réfugiés en 2015, puis ouvre grand les portes, avant de se raviser et de chercher à limiter une nouvelle fois la vague.

Deux autres débats intéressants dans ce numéro du « Débat » sur la crise de la démocratie et celle de l’école, avec encore là des visions différentes qui se confrontent.

vendredi 2 décembre 2016

HOLLANDE ET LA FONCTION DE PRESIDENT

François Hollande vient d’annoncer qu’il renonçait à se représenter pour la Présidentielle 2017. C’est l’aboutissement d’une longue histoire. Je l’écoutais hier et je partageais son émotion et je pestais intérieurement contre les loups qui allaient à la curée, justifiant cette décision par l’échec supposé de sa présidence.

Personnellement, s’il m’a parfois exaspéré, je l’ai écrit, trop souvent peut être, je pense que c’est le seul des derniers présidents depuis 1981 que je regretterai. Il s’est fracassé sur le Hollande bashing des médias et des réseaux sociaux. Pourtant son action est loin d’avoir mérité ce mépris. Pour l’essentiel il a cherché à être un président, un homme normal qui a le droit d’aller en solex avec un casque voir sa copine, qui aurait aimé bien plus prendre le train que l’avion. Il a gouverné en prenant son temps, en réfléchissant au lieu d’agir à la vitesse de la frénésie médiatique, en consultant, en s’entourant de conseil, en déléguant, en n’ayant pas peur de reconnaître avec un humour plein d’autodérision ses erreurs. Tout cela en France c’est maintenu harâm comme diraient les musulmans par les réseaux sociaux et les médias. Et pourtant il incarne en mon sens la modernité démocratique. Quand on regarde « Les hommes de l’ombre » et qu’on compare à « Borgen » on mesure le déficit démocratique de notre pays, la coupure entre le peuple et les élites politiques. Eh oui Angela Merkel quand elle rentre chez elle dans l’ex RDA aime faire les courses au supermarché ! Et ce sont les mêmes schizophrènes qui reprochent ensuite aux « élites », d’être coupé du peuple, de ne pas connaître le prix du croissant ou du ticket de métro. La France est restée dans l’attente de l’homme providentiel, du roi absolu. Elle a toujours la démocratie honteuse. Il faut quand même rappeler comment dans ce quinquennat il y a eu le mariage pour tous, il y a eu la lutte contre le terrorisme, toujours critiquable, mais sans aucune hystérie, ni atteintes aux libertés. Il y a eu des ministres, de grandes personnalités, que l’on laissait libre d’agir : Montebourg, Filippetti, Taubira, Caseneuve, Valls, Ayrault, Fabius, Macron, etc… Libres d’agir malgré leurs divergences et en les assumant, car c’est cela la vie. Rappelons aussi qu’en 2006 le couple Hollande-Royal a décidé que c’était elle qui allait se présenter aux Présidentielles, ce qui dans le milieu politique hyper macho n’est pas sans signification.

Les trois précédents Présidents de la République ont cherché à incarner la vision Présidentielle dans toute sa hauteur. Mitterrand, qui n’a jamais été un homme de gauche, n’a toute sa vie recherché qu’une chose, arriver au pouvoir et laisser sa trace dans l’histoire. Il a pour cela suivi les chemins les plus divers. Ministre de l’Intérieur pendant la guerre d’Algérie, opposant virulent à De Gaulle qui ne voulait pas de lui, c’est le dirigeant communiste Waldeck Rochet qui l’a imposé comme chef de la gauche en 1962, parce qu’il ne lui semblait pas dangereux pour les communistes. Il a ensuite fait la carrière que l’on sait, élu sur un Programme très première gauche de nationalisations, car il pensait être le premier leader mondial à parvenir à un socialisme démocratique. Devant l’échec, et la maladie il s’est reconverti devenant le partisan de l’Europe, et sombrant dans les noirceurs de la mélancolie. Chirac, qui n’a jamais été vraiment de droite, a choisi ce camp par opportunisme et lui aussi ne cherchait qu’une chose arriver au pouvoir, mais sans jamais savoir pour quoi y faire. Après avoir empêché Chaban Delmas et Giscard d’appliquer leur programme de modernisation du pays, il a repris les idées dans l’air pour être élu, et a ensuite gouverné sans but bien déterminé. Quand à Sarkozy sa politique n’a jamais été que celle du jour au jour médiatique, agitée et brouillonne comme le personnage.

Nous aurons peut-être Fillion en 2017 si la baudruche ne se dégonfle pas aussi vite que la pâte a levée. Et là je m’inquiète bien plus de l’homme que de son programme. Je me méfie de ces gens sérieux qui ne rient que quand ils se coincent les doigts dans une porte. Rigide et dogmatique il risque de gouverner sans regarder ailleurs, sans consulter, ni partager les décisions. Cela ça devrait être un président halâl pour les médias ! Revanchard des 5 ans de couleuvres avalées comme premier ministre de Sarkozy, je crains chez lui les tendances sado-maso des intégristes religieux.

Ceci pour dire que je pense que l’histoire réécrira à la hausse l’actuel quinquennat. Et pour ma part je garderai de lui le meilleur souvenir. Peu d’hommes ont eu pour moi cette capacité : Rocard, que Mitterrand a empêché de gouverner, Jospin partiellement, qui a su réussir sa politique gouvernementale mais a mal fini en 2002.

mercredi 30 novembre 2016

TANT DE DEROULEMENTS HISTORIQUES SEMBLABLES

Je suis frappé par nombre de déroulements historiques qui semblent jouer à peu de choses près la même musique. Ils commencent dans l’euphorie de la liberté et petit à petit celle-ci se transforme en tyrannie.

L’exemple le plus classique est naturellement celui de la Révolution Française qui débute globalement dans l’espérance de notre devise républicaine : liberté, égalité et fraternité. Même s’il n’y avait pas d’unanimisme, il y avait bien un courant très puissant en ce sens en 1789-90 avec la Déclaration des Droits de l’Homme, l’abolition des privilèges, la création de la Constituante, la Fête de la Fédération. Et on en arrive au Comité de Salut Public et à la Terreur en 1793-94. Mais ce qui est remarquable, c’est qu’il s’agit à la fois d’un glissement lent et insensible du premier temps au dernier et surtout du maintien des valeurs généreuses du départ (au moins dans les paroles). Il ne s’agit pas d’un changement idéologique, mais d’un changement qualitatif, les mêmes mots qui désignaient la libération des hommes désignent peu à peu leur asservissement.

Je suis en train de lire l’histoire des sociétés scandinaves et l’introduction de la Réforme est du même acabit. Certes elle a été en grande partie décidée par les rois locaux (Danemark et Suède à l’époque), mais elle correspondait au départ du 16ème Siècle à une libération d’une église qui à la fois s’éloignait du texte de l’Evangile et imposait un dogme strict. Il s’agissait d’une libération de l’individu qui était mis seul face à Dieu, qui pouvait interpréter l’Evangile à sa façon. Et peu à peu en moins d’un siècle on en est venu à figer un dogme luthérien aussi contraignant et obligatoire que l’était l’église romaine. Finalement les rois se sont servis de la Réforme pour s’émanciper de Rome et mettre à leur botte le clergé local.

L’arrivée de la modernité au Japon est arrivée de la même manière. Jusqu’en 1868 et depuis deux siècles le Japon interdisait tout contact avec l’étranger et vivait en totale autarcie. L’ère Meiji qui débute en 1868 veut faire entrer le Japon dans la modernité tout en gardant les valeurs du pays. Il s’ensuit une ouverture sur l’Occident dans tous les domaines techniques, culturels, idéologiques avec au départ une libération des expressions et des tentatives dans les directions les plus variées. La philosophie des lumières, comme les techniques industrielles occidentales sont très vite assimilées tout en les japonisant. Au départ le Japon est persuadé d’avoir un retard technique et culturel. Il prône l’égalité des nations. Il se développe à une vitesse vertigineuse et dès 1905 l’armée japonaise est capable de battre l’Empire Russe. La fierté japonaise nait peut à peu et se transforme lentement en impérialisme qui va coloniser la Corée, dominer des portions croissantes de la Chine et finir en nationalisme et en militarisme qui va tenter, de 1942 à 1945, de dominer tout le sud est asiatique, en se considérant comme un peuple supérieur par rapport aux barbares qui l’entourent. Mais là encore il y a eu glissement lent sans ruptures, les mêmes individus passant lentement de l’ouverture à l’autre au mépris colonialiste.

L’histoire du socialisme révolutionnaire est évidemment la même. Il s’agit au départ de libérer la classe ouvrière asservie du 19ème Siècle et pour cela il y a l’illusion qu’un système de propriété collective est la solution. Dans la quasi-totalité des penseurs socialistes ou anarchistes du 19ème Siècle l’idée de liberté est fondamentale. Et peu à peu on va glisser de cette liberté à une oppression imposée pour des lendemains qui chantent. La personnalité de Lénine (dès avant 1917) et le fait que la Russie ait seule « réussi » sa Révolution ont beaucoup pesé dans le mauvais sens. Et on sait comment on en a fini avec le goulag, le maoïsme, Pol Pot et j’en passe. Les sociaux démocrates ont sauvé l’honneur en abandonnant, mais de manière souvent honteuse, la propriété collective, et en instaurant quasiment partout en Occident l’Etat providence.

L’histoire d’Israël repasse le même film. Au départ il s’agit de créer un Etat où se retrouve ce peuple pourchassé pendant toute l’histoire. Il y avait quand même une verrue d’origine dans le pied, dans le fait que cet Etat « oubliait » qu’il existait aussi une population autochtone, ceux qui deviendront les Palestiniens. Les débuts révolutionnaires, très à gauche, de l’Etat d’Israël ont enchanté beaucoup de monde et puis peu à peu on en est arrivé à aujourd’hui. Il y a eu la guerre de 1967 et les territoires occupés qui sont devenus des colonies, il y eu le changement démographique dû à l’immigration massive de populations, venues de Russie notamment, qui a fait basculer la majorité du pays de la gauche vers une droite de plus en plus extrême et intégriste. Et aujourd’hui on a un pays colonialiste qui pratique ce qu’on ne peut appeler qu’un apartheid.

Cela ne veut pas dire que rien n’est possible et qu’il faut s’abstenir de toute idée généreuse car elle dégénèrerait immanquablement en tyrannie. La victoire de la social-démocratie que je rappelai plus haut le montre bien. Il s’agit simplement d’être extrêmement prudent et attentif. Le même mot peut véhiculer tout et son contraire. Par exemple, la démocratie socialiste n’était qu’un totalitarisme. Ce qui n’enlève rien au caractère positif de la démocratie. C’est quand même troublant ces cheminements quasi homothétiques ! On pourrait croire que l’histoire a des règles scientifiques si on n’avait pas appris que cela menait aux totalitarismes, comme cela a été le cas au 20ème Siècle.

dimanche 27 novembre 2016

DES DROITS DES ANIMAUX : en revenir à Gaïa.

On parle de plus en plus des Droits des animaux au moment où ils sont leur situation est la pire. Il y a d’un côté la gigantesque et ultra rapide extinction des espèces que produit l’homme depuis quelques décennies avec l’atteinte concomitante à la biodiversité. Il y a aussi la situation des animaux d’élevage dans les élevages industriels.

Un récent reportage sur Arte regardé par hasard montrait, sans commentaire, cette situation dans les élevages industriels bovins. L’animal n’y est plus vu que comme une machine que l’on cherche à améliorer de toutes les manières possibles, soit pour faire plus de lait, soit plus de viande, soit même de manière encore expérimentale pour produire des médicaments. Toutes les conditions de vie des animaux sont totalement industrialisées jusque dans leur reproduction artificielle. Ils ne sont plus considérés comme des êtres vivants, mais comme des machines. Le pire en l’affaire est la manière dont on a trompé les éleveurs. Ils ont pris le virage vers l’élevage industriel pour gagner plus d’argent, mais le capitalisme s’en est servi pour abaisser sans cesse les prix d’achat aux producteurs, si bien qu’aujourd’hui leur production laitière ou bovine n’est souvent plus rentable.

En fait je crois qu’il faut aller en la matière au fond des choses. Nous arrivons au bout de la logique philosophique occidentale qui place l’homme au centre du monde, détaché de lui. C’est la face noire de la philosophie humaniste. L’autre face étant la libération des individus de toutes les servitudes du passé.

Il ne faut pas jeter l’enfant avec l’eau du bain. Tout ce qui va dans le sens de la libération de l’individu est à poursuivre et on est loin d’en avoir fini. Mais il faut promouvoir en parallèle d’autres aspects philosophiques et c’est ce que je veux dire en disant de manière abrupte d’en revenir à Gaïa, c'est-à-dire à la terre. Je pense aux philosophies de bien d’autres peuples, que l’on appelait jadis primitifs, mais aussi aux philosophies de l’Inde. Toutes qui considèrent la terre comme une globalité à protéger. Je pense à Bruno Latour qui montre bien que les interactions multiples entre tous les systèmes vivants et non vivants sont en prendre en compte. Ils sont si complexes et nombreux qu’on ne peut espérer les modéliser, ni donc prévoir le résultat de nos actions. En ce qui concerne particulièrement les animaux il faut considérer non pas la rupture entre eux et l’homme qui serait selon notre philosophie occidentale comme sorti de l’évolution et très au dessus de tous les autres êtres vivants, mais au contraire considérer la continuité entre l’homme et les animaux, espèces vivantes, souffrantes comme nous, capables de modes de « pensées » différents de nous, et donc des êtres à respecter. Ce qui condamne notamment tout élevage industriel.

27 novembre 2016

lundi 21 novembre 2016

INSURRECTION ET EBULLITION DE L’ELECTORAT ET DEMOCRATIE

L’étonnante remontée de Fillon dans les sondages, puis son résultat me pose question. Je crois y voir ce que j’appellerai une ébullition de l’électorat. Une instabilité de plus en plus grande. L’électorat déboussolé, en rupture, évolue de manière de plus incontrôlable et sans repères. Pour un physicien cela ressemble aux systèmes en régimes instables, dont on ne peut pas prévoir le futur, comme la météo.

J’ai déjà plusieurs fois évoqué la recherche d’un homme providentiel, ce qui est particulièrement vrai en France, jamais guérie de la perte de sa royauté absolue, sauf que des hommes vraiment providentiels on n’en a plus depuis De Gaulle. Dans certains pays ils semblent avoir trouvé ce qui y ressemble. Je pense notamment à Poutine et Erdogan, non sans les critiques que l’on peut porter à ses autocrates, mais ils semblent jouir du soutien d’une majorité importante, et ce sur un temps long.

D’autres pays ont tenté de les trouver, mais sans que cela ne se manifeste par un soutien massif de la population, ni sur un temps long. Je pense à Chavez, Moralès, Berlusconi notamment. Donc il règne toujours dans ces pays une instabilité et des luttes politiques fortes.

Ce qui me semble important c’est la vitesse avec laquelle peuvent naître ces illusions d’hommes providentiels. Naître et souvent se dégonfler aussi vite, mais entre temps certains ont le temps de prendre le pouvoir, d’être élus. Je pense à Jimmy Moralès au Guatemala, acteur comique qui a réussi ce que tente jusqu’ici sans succès Grillo en Italie.

La candidature Macron, la montée de Fillon de plus de 30 % en deux semaines sont pour moi du même acabit, cela n’enlève rien au sérieux qu’elles peuvent représenter par ailleurs. Leur succès témoigne pour moi de la recherche désespérée par une partie de plus en plus large de l’électorat d’un homme providentiel qui casserait la chape de plomb qu’ils ont l’impression de ressentir sur la situation politique de notre pays.

J’avais écrit que cette campagne électorale risquait de nous réserver bien des surprises, je ne suis pas déçu. Et ce n’est pas fini. Nul ne sait si la candidature Fillon tiendra la route jusqu’à dimanche prochain, jusqu’en avril 2017 (1er tour), puis mai (2ème tour), voire avoir une majorité en juin (législatives). On peut voir venir, et retomber aussi vite ou se maintenir, voire devenir hégémoniques, des candidats à la primaire socialiste ou des outsiders (comme Macron). Tout est possible en régime instable, y compris Marine Le Pen.

Mais cette insurrection, cette ébullition de l’électorat pose le problème des limites de notre démocratie qui repose bien trop sur le système électoral représentatif. Car hormis certains hommes providentiels qui tiennent sur la durée (et je n’ai vu à citer que Poutine et Erdogan, Merkel c’est un autre fonctionnement) la déception suit de près l’élection et le mandat se passe, comme celui d’Hollande, comme en un peu moins marqué celui de Sarkozy auparavant, avec un désaveu (justifié ou non c’est un autre problème) de l’opinion publique, surtout avec la manipulation médiatique qui est pour beaucoup dans le lancement et la bashing des personnalités. Car ce fonctionnement qui met en place des hommes qui ont la capacité de convaincre, d’illusionner, juste au moment de l’élection et de décevoir le lendemain, ne permet plus un fonctionnement correct, voire même plus un fonctionnement du tout, de notre système électoral sur lequel repose notre démocratie.

jeudi 10 novembre 2016

MAL A L’AMERIQUE

Juste quelques notes en désordre…

On a mal à l’Amérique après l’élection d’hier. Je repense beaucoup à Brecht, d’abord à sa plaisanterie « quand le peuple vote contre le gouvernement il faut dissoudre le peuple ».

Peu à peu on semble en arriver de plus en plus à ce que je ressentais et redoutais dans cette crise (évolution) de la démocratie, la lente évolution vers des régimes autoritaires. Je pensais à l’évolution de la République romaine vers l’Empire. Aujourd’hui ces régimes semi-démocratiques (car le plus souvent il y a des élections à peu près ou totalement normales) qui amènent au pouvoir ou consolident Poutine, Erdogan, Orban, Duterte, et aujourd’hui Trump. La situation est différente, et on peut repenser à Karl Marx : « tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce ». Et évidemment Trump est un Auguste de cirque à la place de l’Empereur du même nom.

Mais la démocratie ce ne sont pas que des élections. Dans « Télérama » de cette semaine le philosophe Florent Guénard dit que c’est « davantage une manière de vivre qu’une affaire d’institution ». En cela, s’il y a une lassitude, pour ne pas dire plus, du modèle politique traditionnel, il y a au contraire une demande croissante de la manière de vivre démocratique, et donc la crise de la démocratie n’est pas ce que l’on croit le plus souvent.

Après tous ces autocrates démocratiquement élus ou réélus, après le Brexit, tout est possible, y compris pour nous en France l’an prochain aux présidentielles. Il ne faut pas se tromper d’époque : Marine Le Pen n’a rien à voir avec les fascismes des années 20 et 30 et le seriner c’est se battre contre des moulins à vent, pire, lancer le combat dans la mauvaise direction. C’est tout autre chose, et il faut l’analyser sérieusement, cela n’a que de très loin à voir avec « le ventre est encore fécond, d'où a surgi la bête immonde » de Brecht. Et justement, même si c’en est très loin, il est peut être urgent de relire et surtout discuter en fonction de la situation actuelle « La résistible ascension d’Arturo Ui ». Car l’art, et le théâtre particulièrement, est probablement le meilleur moyen de réflexion politique au sens large. Car l’ascension de Trump a bien été ainsi irrésistible, comme celle des politiciens que je citais plus haut, et la montée du Front National s’y apparente elle aussi très bien…

10 novembre 2016

vendredi 7 octobre 2016

FRAGILITE ET COMPLEXITE DE NOTRE SOCIETE

Notre société est de plus en plus complexe. Je parle de la société au niveau mondial, comme d’un ensemble unique. Elle me fait penser à la manière dont Bruno Latour décrit ce qu’il appelle Gaïa. Et il me semble qu’elle en a les mêmes caractéristiques. Elle est faite de systèmes dont aucun n’est indépendant des autres que ce soient les différentes sources d’énergie, les différentes nourritures, les transports, l’éducation, la santé, les différentes industries, la finance et les banques, etc. Tous ces systèmes complexes, car eux-mêmes très différents d’un bout à l’autre de la planète, sont tous interconnectés par des boucles d’action et rétroactions multiples. On pourrait dire infini, si l’infini n’était pas une grandeur mathématique théorique et non physique. Cette complexité fait qu’il est impossible de modéliser, même informatiquement un tel système et donc qu’il ne se gouverne que de manière empirique, expérimentale à chaque décision, sans jamais savoir ce que cela donnera, puisque toute action sur un module a forcément des répercutions imprévisibles quasiment partout ailleurs.

Mais ce qui est nouveau depuis moins d’un siècle c’est que nous avons enlevé l’échelle qui nous retenait au sol. Je m’explique. Jusqu’en gros le milieu du 20ème siècle la majorité de la population dans nos pays occidentaux développés vivait soit quasiment en autarcie, soit était proche de l’autarcie, ou pouvait y revenir en cas de crise grave. Dans les pays qui se sont développés plus tardivement, ou qui ne le sont pas encore, c’est plus tard que cette majorité de la population a quitté une vie proche de l’autarcie. Aujourd’hui le développement des villes, y compris dans les pays les plus pauvres, éloigne de plus en plus de monde de cette situation antique qui avait toujours très majoritairement prévalue, être proche de l’autarcie. Etre en autarcie, ou en être proche, n’est pas le plus souvent un indice de grand développement, mais, et je vais y revenir, c’est un indice de sécurité en cas de crise.

En effet, dans les crises historique précédentes, et nous ne les connaissons pas toutes, il y en a eu des centaines, quand des civilisations historiques, mais aussi préhistoriques, ont disparues. Les populations pendant un certain temps sont revenues en situation de quasi autarcie et ont repris le lent chemin vers une nouvelle civilisation des décennies ou des siècles plus tard. Certes il y a eu le plus souvent une chute brutale de population à cause des guerres, des famines, des épidémies, des massacres, etc. Mais une population a continué sur le lieu des anciennes sociétés une vie plus fruste, mais possible.

Or aujourd’hui si la civilisation actuelle se délitait, pour une raison ou pour une autre, qu’adviendrait-il ? J’expliquai plus haut que la complexité même de la société mondiale actuelle ne permet en aucun cas de savoir quel est son degré de sécurité. Nous avons tiré l’échelle en nous éloignant de l’autarcie ou du retour à l’autarcie possible pour la plus grande partie de la population mondiale. J’ajouterai que la population elle-même, des milliers de fois plus nombreuse que lors des crises précédentes, rendrait de toute façon un retour à une forme d’autarcie très difficile, à moins d’une diminution drastique de la population mondiale. Une autre nouveauté est que la société est mondiale et donc que, si effondrement civilisationnel il devait y avoir, il serait mondial. Alors que les disparitions de civilisations précédentes n’étaient que locales et souvent le fait d’un envahisseur créant rapidement une autre civilisation.

Nous ne pouvons pas savoir si notre société globale est fragile on non. Nous n’avons que des moyens empiriques et expérimentaux d’agir sur elle. Et de plus, même si une action scientifique sur elle était possible techniquement, ce qui je le répète n’est pas le cas, elle serait impossible humainement, politiquement. En effet la gouvernance politique et économique est un rapport de force. C’est la géopolitique qui agit et quand des difficultés se font jour les égoïsmes priment plus que jamais.

Alors on ne peut que regarder les choses se faire avec une certaine dose de scepticisme.

INDIVIDUALISATION DE LA MEDECINE, TRANSHUMANISME, INEGALITES ET DEMOCRATIE

Les progrès de la recherche médicale sont importants actuellement dans le domaine d’une individualisation du traitement des maladies, comme le cancer notamment. Ils consistent à chercher des traitements particuliers, génétiques ou non, adaptés à chaque individu.

Cela a un coût très important. Il est normal que dans le premier temps d’un traitement il coûte très cher au moment de son expérimentation et de son développement. Cela s’est toujours passé ainsi. Ensuite avec la généralisation du traitement les coûts diminuent fortement et il profite à un grand nombre de personne. Mais ici ce n’est pas le cas. En effet il s’agit de traitements individualisés et donc qui ne seront en aucun cas généralisables à d’autres. Il faudrait, si ou voulait traiter ainsi tous les malades du cancer par exemple, développer des recherches ciblées différentes et toujours aussi chères les unes que les autres pour chacun. Or ces coûts, très importants, possibles quand il s’agit d’une recherche expérimentale sur quelques individus, sont totalement impossibles à généraliser à la fois financièrement et humainement : il faudrait une foule de chercheurs.

Cela me rappelle les utopies du transhumanisme, ou de l’homme augmenté. Une utopie qui prétend résoudre le problème de la mort en remplaçant chez le malade les organes défectueux ou usés par l’âge, par des greffes ou des artefacts. Là encore, c’est tellement couteux, et ce le sera toujours, que cela ne peut être réservé qu’à une frange infime de la population, qui ferait mieux de faire face à l’idée de sa propre mort et de régler ses problèmes philosophiques.

Dans les deux cas il y a le problème évident de l’inégalité et de la démocratie. Que seuls quelques élus, parce qu’ils font partie de l’élite ou parce qu’ils ont la chance de faire partie du panel expérimental de la recherche, en bénéficient pose de sérieux problèmes éthiques qu’il faut avoir le courage de regarder en face et de débattre de manière démocratique.

On ne doit certes pas brider la recherche. Mais le rôle des pouvoirs publics est de l’orienter. Comme toute recherche, celle sur les thérapies individualisées aura probablement des répercutions inattendues dans des domaines grands publics. Elle doit donc être poursuivie. Mais il ne peut être question de rêver à une généralisation de l’individualisation des traitements, même avec des aides informatiques. Un débat public en ce domaine me semble nécessaire.

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