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mardi 15 mai 2018

JAFAR PANAHI COMME EXEMPLE DE LA COMPLEXITE DEMOCRATIQUE IRANIENE

« Trois Visages » de Jafar Panahi cinéaste iranien est au festival de Cannes. Son auteur est condamné à 6 ans de prison, mais est assigné à résidence avec interdiction de tourner pendant 20 ans. Il n’a pas pu se rendre à Cannes. Mais il a quand même tourné ce film semi-clandestinement autour de Tabriz. Qui plus est il l’a tourné avec Behnaz Jafari, une actrice si célèbre dans son pays que tout le monde la reconnait dans la rue. Elle travaille pour des entreprises d’Etat. Elle est venue à Cannes présenter un film qui ne devrait pas exister avant de retourner à Téhéran jouer au Théâtre et tourner des séries télévisées. Quel faisceau de contradictions ! C’est la situation de l’Iran : si complexe, si vivante, si humaine finalement. Une dictature, une répression, mais aussi un peuple qui a appris à faire avec, à contourner. Une lutte, un grignotage de tous les jours plutôt qu’une lutte frontale qui mènerait dans le mur, quelque en soit l’issue.

mercredi 8 novembre 2017

LA CHINE

L’évolution de la Chine pose différents problèmes et particulièrement au moment où les Etats Unis avec Trump mènent une politique erratique, irresponsable et dangereuse. On peut d’ailleurs se demander si aujourd’hui Xi Jinping n’est pas l’homme le plus puissant du monde.

La première particularité de la Chine est son système économique. Elle semble appartenir au monde capitaliste. En fait le pouvoir politique a encore gardé un pouvoir important sur toutes les firmes importantes et on est très loin du capitalisme libéral. Cela rouvre d’ailleurs la question que l’on croyait résolue à partir de 1989 sur la suprématie d’efficience économique du capitalisme par rapport aux économies dirigées. En Chine tous les fondamentaux économiques restent dirigés et pourtant on ne peut pas dire que cela l’handicape, au contraire, par rapport à ses partenaires ouvertement capitalistes libéraux. La Chine reste un régime dictatorial et la prévision optimiste qui disait que le développement économique ne pourrait qu’engager un développement démocratique s’est révélée fausse. Dictatorial pas seulement par manque d’élections libres et par l’existence d’un parti unique, mais surtout par manque des bases pour la démocratie : pas de liberté d’expression ni d’information, et des traditions qui n’aident guère à la démocratisation. La culture chinoise traditionnelle favorise ce statut quo dictatorial. Il n’y a aucune tradition de débat égalitaire. Confucius et les autres maîtres chinois parlent à des disciples, qui doivent comprendre les allusions voilées du discours, mais ils ne les écoutent jamais, contrairement aux dialogues de Platon. Il y a en Chine depuis toujours la tradition du bon dirigeant comme idéal politique. Si celui-ci n’est pas bon, parce qu’il ne comprend pas intuitivement ce qu’il devrait faire, il doit être remplacé. Mais ce n’est jamais par le débat que les choses sont sensées avancer. Il est certain que l’influence occidentale depuis deux siècles a modifié certains points de vue, mais je me demande jusqu’où. Poussent au statut quo plusieurs considérations essentielles. D’abord la peur d’un changement révolutionnaire. Les Chinois ont regardé avec effroi l’effondrement du bloc soviétique, suivi de sa ruine politique, économique et sociale. Ils en ont retenu la leçon. Ensuite le progrès réalisé par les classes moyennes et supérieures est un dérivatif aux revendications démocratiques. Tant qu’on peut vivre bien, s’enrichir, voyager, se cultiver ne cassons pas la machine. Quand à ceux qui sont encore laissés de côté d’une part ils ont quand même grappillés quelques miettes de progrès et d’autre part ils espèrent en être les prochains bénéficiaires.

Le développement économique chinois se poursuit. Il a trois obstacles devant lui qui pour l’instant ne l’ont pas encore handicapé. Il y a toutes ces masses rurales, ces centaines de millions de paysans qui n’ont pas encore vraiment bénéficié du progrès et dont on a du mal à voir comment ils pourraient eux aussi y être intégrés. Il y a le vieillissement de la population, la fin de l’enfant unique ne lui donnera qu’un léger retard. Il y a la crise écologique mondiale qui va limiter les ressources mondiales de toutes sortes : eau, énergie, matières premières, agriculture, etc. Ce triple mur risque d’entraver la Chine, même si le troisième obstacle est un obstacle mondial. Regardons pourtant comment la Chine a eu l’intelligence d’anticiper face à ce dernier obstacle. Elle s’est positionnée économiquement dans tous les domaines qui risquent demain de poser des problèmes de pénurie en tentant de les monopoliser, sans se faire remarquer. C’est le cas pour les gisements de terres rares par exemple, mais aussi pour l’achat de terres agricoles un peu partout dans le monde, en Afrique notamment. En ce qui concerne l’agriculture, mais pas seulement, je pense depuis longtemps que l’immense Sibérie qui, avec le changement climatique, peut devenir demain la terre agricole d’avenir, mais qui est aussi probablement très riche en ressources les plus diverses, peut devenir la frontière chinoise (au sens états-uniens du terme), d’autant que la Russie se dépeuple. Le développement scientifique chinois est aussi à prendre en compte. Il y a peu la Chine ne faisait que copier, ou voler, les technologies occidentales. Aujourd’hui dans bien des domaines d’avenir elle est en tête des innovations.

Il faut bien voir comment la Chine fonctionne. Ne jamais croire ses affirmations, qui ne sont le plus souvent qu’une manière d’endormir l’adversaire. Les Chinois sont toujours pragmatiques. Ils agissent selon leur intérêt (sont-ils les seuls ?) et ne font de cadeau à personne sauf s’ils y trouvent un avantage. En fait ils font ouvertement ce que la plupart des Etats font de manière honteuse. Avec eux le face à face ou la collaboration est du pur rapport de force. C’est cela la tradition chinoise, ne pas s’opposer directement à l’adversaire, mais le vider peu à peu de sa force pour ensuite vaincre sans combat. Certes la Chine n’aura probablement pas une politique expansionniste importante dans les années à venir. Encore que ses exigences dans la Mer de Chine du Sud ou vis-à-vis de Formose existent bel et bien et j’ai dit plus haut que je crains que la Sibérie ne devienne un territoire où elle aura bientôt envie de s’étendre. On n’est plus à l’époque où un Etat peut imposer son occupation à un autre facilement. Mais les Chinois ont bien compris que l’influence indirecte est bien plus facile et rapporte plus. Il suffit de se faire des amis politiques et économiques localement, quitte à les acheter. Les routes commerciales en cours de construction partant de Chine vers la Turquie ou vers le Golfe de Thaïlande sont des axes de développement politico-économiques du futur. Il en est ainsi aussi pour les pipes lines ou gazoducs.

La Chine est devenue un géant incontournable. Du fait à la fois de l’affaiblissement relatif et du désengagement des Etats Unis elle est en passe de devenir le plus puissant Etat du monde. Et le caractère dictatorial du régime le rend hélas plus apte à s’imposer. Il faut la comprendre, travailler avec elle telle qu’elle est et ne pas espérer la transformer. Il faut réfléchir à la manière de faire des alliances, pas contre elle, mais en parallèle à elle, pour pouvoir lui parler avec un meilleur rapport de force.

jeudi 26 octobre 2017

LE MACRONISME C’EST AUSSI UNE REGRESSION DEMOCRATIQUE

Nous assistons à une régression démocratique qui est en grande partie due au mode d’exercice du pouvoir par le nouveau président.

Rappelons que celui-ci est le plus mal élu des présidents de la 5ème République (le plus faible score de 1er tour). La différence des votes entre le 1er le second tour étant essentiellement due au rejet de l’adversaire et non pas à un vote d’approbation du nouveau président. Et même les votes de premier tour étaient loin d’être des votes d’adhésion aux idées défendues par Macron. Entre Fillon et Hamon, ne parlons même pas de Le Pen et Mélanchon, il représentait, et c’est le sens de mon vote, un moindre mal. Le mode de scrutin présidentiel lui a permis d’être élu avec moins d’un quart des inscrits. Le mode de scrutin législatif dans la foulée lui a permis d’avoir une large majorité (avec plus de 50 % d’abstention). Cela n’enlève rien au caractère fortement minoritaire d’approbation de ses idées dans le pays. Et pourtant bien plus que la plupart des présidents précédents, surtout si l’on pense à Hollande, il dispose d’une majorité législative toute dévouée. Il faudrait des évènements graves pour qu’elle se fissure. Et c’est la première régression démocratique, l’abaissement encore plus grand du pouvoir législatif à plat ventre devant l’exécutif. Malgré cela Macron gouverne en appliquant son programme, sans chercher un compromis qui serait approuvable par une majorité de l’opinion publique. Il y a une sorte de gouvernance hors réalité. Certes le mouvement social espéré par l’extrême gauche et la C.G.T. n’a pas pris. Mais il ne s’agit en aucune façon d’une approbation des actions du Président. Il s’agit, et c’est pire qu’un rejet, d’une lassitude, d’un rejet de la politique. L’opinion publique ne croit pas que l’on peut agir par la politique. Et dans ce cas à quoi servirait un mouvement social, sauf si la situation se détériore trop et que cela finisse en jacqueries. Ajoutons que Macron gouverne en affichant un rejet certain des corps intermédiaires importants au fonctionnement démocratique, les syndicats notamment. Contrairement aux Présidents précédents, qu’ils soient de droite ou de gauche, qu’ils soient en accord relatif, ou en désaccord franc avec le mouvement syndical, ils en tenaient compte. Une sorte de consensus social-démocrate existait et était une force démocratique. La manière de gouverner de Macron ressemble bien plus à une ignorance volontaire du mouvement syndical.

Une autre régression démocratique est due au principe même de gouvernement. Macron se veut un gouvernement au-delà de la droite et la gauche et surtout au delà de la politique, une sorte de gouvernement technicien. Cette technique se prétend évidemment, c’est le principe même de la technique, la seule efficace, prétendant reléguer les oppositions au rang d’archaïsme. Or un gouvernement ne fait pas de la technique, il fait de la politique. Quand on choisit de baisser les A.P.L. et l’I.S.F. on fait une politique toute traditionnelle de droite. Mais, en réalité on s’aperçoit très vite que la prétention technicienne se révèle bien plus source de bourdes que les gestions politiques traditionnelles précédentes. Car nos techniciens, comme la plupart de ceux qui se prétendent experts en tous genres d’ailleurs, sont totalement déconnectés de la réalité des Français moyens. Trois exemples. La suppression de la taxe d’habitation que personne ne demandait rogne un peu plus l’autonomie communale qui dépend de plus en plus des subventions de l’Etat, puisque tous ses impôts propres se voient les uns après les autres supprimés. La diminution des A.P.L., et l’idée est de les supprimer à terme, est une régression sociale importante, que ne peuvent pas comprendre ceux qui sont loin d’y avoir droit. Plus récemment l’idée de donner aux conseils syndicaux des copropriétés le pouvoir de décider des travaux importants, sans passer par l’Assemblée Générale des copropriétaires, relève d’une méconnaissance totale de la réalité du fonctionnement des copropriétés. Elle est inapplicable et si elle l’était elle serait dangereuse. Faire de la politique ce n’est pas de la gestion simple. Comme toujours la politique ressurgit là où on ne l’attendait pas et montre qu’elle est bien meilleurs gestionnaire que ceux qui se prétendent tels. Cette régression démocratique qui voudrait éliminer la politique au profit de la gestion se révèle à la fois dangereuse et au final inefficace.

Un autre indice du mépris macronien pour la politique se voit dans la manière dont il fait tout pour que son propre mouvement soit un simple relais de son activité sans aucun effort pour le rendre efficace. Il vient d’en désigner lui-même le dirigeant. Encore un geste de mépris démocratique.

Cette régression démocratique qui voit l’exécutif abaisser encore plus le législatif et mépriser les corps intermédiaires de la société civile et notamment, mais pas seulement, les syndicats se couple avec une montée en puissance du judiciaire, qui prétend lui-aussi devenir le premier pouvoir. J’ai parlé dans un article précédent de ce coup d’Etat judiciaire perpétré depuis des années par lequel il prétend juger non pas seulement en fonction des lois votées, mais aussi en fonction des Droits fondamentaux et donc des lois telles qu’elles devraient être. Deux exemples récents en attestent. L’affaire Fillon où la justice s’est arrogée le droit de d’intervenir dans un domaine qui était hors de sa compétence : le fonctionnement législatif. On peut regretter que celui-ci soit mal encadré, mais ce n’est pas à la justice de décider des règlements du parlement. Même si l’élimination de Fillon m’arrange politiquement, elle a été obtenue par un abus de pouvoir judiciaire. De plus la justice s’est permis de mettre en cause le fonctionnement même de l’élection présidentielle, en considérant que son pouvoir était supérieur à celui de l’exécutif. Autre décision judiciaire fort discutable : l’annulation de la taxe de 3 % sur les dividendes.

Nous ne sommes donc pas sur la voie de la solution de la crise démocratique, loin de là. Le macronisme en action ne peut que mener vers un rejet encore plus grand de la politique. Rappelons qu’aux législatives nous avons dépassé les 50 % d’abstention. Nous risquons d’aller encore bien plus loin prochainement.

Juste un mot pour terminer sur un sujet différent, l’Europe. Nous avons eu droit à un magnifique discours de notre Président. Mais à part des rafistolages partiels, comme l’accord récent sur les travailleurs détachés, rien de tout ce beau discours n’est réalisable. Merkel est affaiblie pour quatre ans et ne pourra plus jouer le rôle qu’elle avait dans sa législature précédente. Car l’Allemagne est elle une vraie démocratie et elle devra composer avec une majorité hétéroclite qui n’est pas prête à suivre Macron, loin de là.

jeudi 28 septembre 2017

LE MACRONISME EN ACTION

Le macronisme est en action depuis maintenant plus de 4 mois et il semble confirmer ce que je craignais, mais qui faute de mieux ne m’a pas empêché de voter pour lui. Il est là comme dit Tancrède dans « le Guépard » de Guiseppe Tomasi di Lampedusa : « pour que tout reste comme avant, il faut que tout change ».

Et effectivement il y a du changement sur les impôts, le code du travail, les A.P.L. et forfaits hospitaliers, etc. La modification du code du travail risque de rester plus symbolique qu’autre chose, rabotant des acquis sociaux, sans créer d’emploi. La suppression de la taxe d’habitation pour la plupart est une aberration que personne ne demandait. Un des problèmes essentiels des collectivités locales est leur manque d’autonomie financière. Au fil des années leurs ressources ont été supprimées, remplacées par des compensations de l’Etat, qui évidemment s’effilochent au fil des ans. Et c’est une de leurs ressources essentielles qui disparaît et que l’Etat est sensé encore compenser. On aurait pu modifier cette taxe en la fixant sur le revenu par exemple ou autre système plus juste. Mais non on fait vite, trop vite et dans le symbole qui va causer bien des difficultés aux collectivités locales. De la même manière supprimer une partie des A.P.L., alors qu’en même temps on diminue l’I.S.F. et les taxes aux entreprises est un très mauvais symbole. Vouloir compenser le manque à gagner des locataires par une ponction sur les offices H.L.M. est encore une aberration. La plupart de ces offices, je l’ai vu en tant que conseiller municipal, se battent pour maintenir des populations précarisées dans des conditions de logement décentes, rénovent leur parc, souvent avec difficulté. C’est cela qu’il faut leur demander, pas de compenser des lubies de l’Etat. Tout cela ne fera aucun changement fondamental, sauf de l’agitation.

Ce n’est pas l’éventuelle, et mal partie, baisse du nombre de parlementaires qui résoudra la crise démocratique. Pour chaque problème Macron prend une mesure. Mais celle-ci est totalement à côté de la plaque. Il agit, mais dans un but qui ne mène à rien d’utile, voire qui le plus souvent va à l’encontre de l’utilité.

Sur le plan international il fait là encore beaucoup de bruit, mais il a si peu de poids que tout cela risque de rester des paroles, certes de belles paroles.

Comme nous sommes coincés entre les deux extrêmes irréalistes et dangereux et ce qui reste des Républicains et des Socialistes sans propositions concrètes il n’y a qu’à regarder et attendre. Le mouvement social ne sert à rien, sauf de dangereux. Et c’est pourquoi il fait pschitt.

mardi 26 septembre 2017

APRES LES ELECTIONS ALLEMANDES

Les élections allemandes confirment la tendance du temps. Le pays est divisé en six courants (en gros comme la France au 1er de la Présidentielle). La forte personnalité rassurante de Merkel ne lui a permis que de rassembler un tiers des électeurs. Je crois que ce vote confirme la montée d’un individualisme égoïste, y compris donc en Allemagne. Nous n’en sommes pas encore à la montée d’un individualisme de responsabilité, qui me semble la seule solution possible pour sortir par le haut de la crise démocratique actuelle. Mais celui-ci verra-t-il le jour ou restera-t-il une sympathique utopie ? Certes on peut espérer que la tradition allemande du compromis permettra plus facilement qu’en Espagne de bâtir un gouvernement et que celui-ci ne se trouve pas rendu en difficulté d’agir par la nécessité de compromis perpétuels à trouver. On peut craindre que les prochaines échéances du Bundestag, si un leader fort ne se dessine pas pour 2021, se traduisent par un éparpillement encore plus important des voix, rendant toute constitution de gouvernement extrêmement difficile.

mercredi 20 septembre 2017

L’AFFAIRE FILLON ET LE POUVOIR JUDICIAIRE

L’affaire Fillon a été au cœur du long processus électoral que nous venons de vivre pendant un an. « Le Débat » ouvre justement un débat à ce sujet sur le pouvoir judiciaire.

Marcel Gauchet dans son quatrième tome sur l’avènement de la démocratie explique quand et comment le pouvoir judiciaire qui a été traditionnellement en France un pouvoir sous contrôle de l’exécutif a pris son autonomie et plus que cela pourrait-on dire. Jusqu’aux années 70 du siècle dernier les magistrats jugeaient selon les lois existantes et une jurisprudence qui se construisait au fil des procès. Dans la foulée du post-68, avec notamment l’irruption du Syndicat de la Magistrature (30 % aux élections professionnelles, ce n’est pas rien) les magistrats ont commencé à considérer qu’ils devaient juger non pas seulement en fonction de la législation et de la jurisprudence, mais aussi en fonction des Droits Fondamentaux. C'est-à-dire qu’ils se sont arrogé le pouvoir de dire ce qui devrait être le Droit dans tel ou tel domaine, même si la loi n’existe pas ou dit autre chose. Dans la foulée le Conseil Constitutionnel a lui aussi vu ses prérogatives élargies et a inscrit ces mêmes Droits Fondamentaux dans ses orientations de jugement. C'est-à-dire que le pouvoir judiciaire a pris de plus en plus de pouvoir et de pouvoir sous contrôle il est peu à peu devenu un pouvoir dominant y compris par rapport à l’exécutif. Cela pose diverses sortes de problèmes. Les magistrats sont nommés après école et concours. Ils sont sensés être indépendants politiquement. Mais est-ce vraiment possible ? Aux U.S.A. par exemple ils sont élus et la campagne électorale se fait sur l’orientation qu’ils comptent donner à leur travail. Comment, et en vertu de quoi, peuvent-ils dire quel est le Droit dans des domaines où la loi reste floue ou inexistante ? Et quand il s’agit de problèmes liés directement au domaine politique et aux autres pouvoirs législatif et judiciaire, en quoi ont-ils compétence à se donner le droit de dire (et parfois d’inventer) le Droit ?

L’affaire Fillon est révélatrice de ces problèmes. Fillon est soupçonné d’avoir employé sa femme et ses enfants comme attachés parlementaires en emploi fictifs. Il s’agit d’un domaine du législatif qui a pouvoir de décider des réglementations propres en ce domaine. Or aucun règlement ne fixe les obligations de ces emplois. Donc on peut légalement demander à un attaché parlementaire ce que l’on veut, et donc rien si on le veut. Il y ailleurs, y compris dans la fonction publique, bien des emplois fictifs ou des gens avec salaire, mais sans affectation. On peut le regretter, vouloir le changer, mais pour l’instant c’est ainsi légalement. Le parquet financier a poursuivi Fillon au nom d’un Droit Fondamental, le mauvais emploi de l’argent public. Mais cela pose plusieurs problèmes. D’abord l’insertion du pouvoir judiciaire dans un domaine où le législatif a la prérogative de décider des réglementations. Ensuite il n’y a aucun règlement qui fixe les obligations d’emploi et le parquet financier s’arroge le droit de décider quelles devraient être ces obligations. Enfin il y intrusion du pouvoir judiciaire en pleine période électorale qui ne peut que défavoriser un candidat essentiel, un parti important. Le pouvoir judiciaire s’arroge le droit de dire qu’il a priorité sur l’exécutif et le législatif en décidant de bousculer la campagne électorale.

On peut penser ce qu’on veut du personnage Fillon. Ce n’est pas le problème. Chevènement, peu suspect de sympathie pour lui, s’est aussi insurgé contre cette intrusion de la justice dans des domaines qui ne la regardaient pas. Fillon s’est révélé un Tartuffe qui voulait amener les autres à l’austérité, alors que tout montre qu’il est plus qu’intéressé personnellement par l’argent, y compris l’emploi qu’il vient de trouver depuis les élections. Personnellement je ne regrette pas son élimination, loin de là, mais là n’est pas le problème.

Cette affaire pose le problème plus général de ceux qui sont persuadés d’avoir raison et qui agissent en conséquence, sans tenir compte des dégâts collatéraux qu’ils peuvent provoquer. Car le problème est autant celui des médias, et notamment ici du « Canard Enchaîné », comme de « Médiapart », qui considèrent que le droit à toute information est supérieur à tout, quelles que soient les conséquences de sa divulgation, que des juges qui considèrent que le Droit est au dessus de tout, et tant pis là encore pour les conséquences de leurs décisions. Le Droit à l’information, l’égalité de tous devant la justice sont des nécessités démocratiques, mais tout acte doit être réfléchi avec ses conséquences. Nul n’est omniscient. Même dans les domaines touchant aux principes les plus essentiels on ne peut pas faire n’importe quoi.

mardi 19 septembre 2017

RETOUR SUR UNE FOLLE ANNEE ELECTORALE

Trois mois après, avec un certain recul on peut revenir à froid sur cette folle année électorale. « Le Débat », que je lisais hier, en fait autant.

On a vu émerger un nouveau pouvoir avec Macron et ses marcheurs. On a vu s’écrouler ou au moins fortement s’affaiblir les trois grands partis qui structuraient le pays depuis des années : le Parti Socialiste, les Républicains et le Front National.

Il faut pourtant je crois remettre les choses à leur niveau. Macron a certes gagné, mais il n’a rassemblé au premier tour que 24 % des exprimés et 18 % des inscrits (moins d’un Français sur 5). Le plus faible score de premier tour de la 5ème République. Et dans ces votants de premier tour il n’y avait pas que des enthousiastes, mais aussi des gens qui, comme moi, ont voté pour lui, faute de mieux, pour voir en quelque sorte. On comprend mieux avec ces chiffres la stratégie de Macron, qui n’a pas hésité à se présenter comme le candidat de l’Europe, de l’optimisme, de la France qui réussit, alors que celle-ci est idéologiquement minoritaire. Son but était de rassembler ce créneau au premier tour. Sachant que l’éparpillement serait important, ce créneau avait une chance sérieuse de lui donner un ticket pour le second tour où Le Pen n’avait quasiment aucune chance d’être élue. Les commentateurs ne comprennent rien quand ils s’étonnent de cette victoire, à contre courant de l’idéologie majoritaire en France, qui verse dans le pessimisme, la révolte, les critiques vis-à-vis de l’Europe, l’appel à se renfermer sur soi. Certes, mais les opposants à cette idéologie, les in de la société, représentent un créneau non négligeable et qui pouvait et a été suffisant. Ceux qui s’opposaient à l’idéologie d’optimisme ouvert de Macron représentaient plus que lui, mais ils étaient divisés entre Le Pen, Mélanchon, et une bonne partie de Fillon et d’Hamon.

Macron a eu à la fois beaucoup de chance et a su gérer magnifiquement les opportunités. Il a bénéficié d’une conjoncture quasiment miraculeuse. Mais en même temps il a su manœuvrer de manière géniale digne d’un Machiavel ou du taoïsme. Difficile de démêler les deux. Les Républicains devaient gagner. S’ils désignaient Juppé il aurait mangé une partie non négligeable de l’électorat de Macron, suffisante pour l’interdire de second tour. Ce fut Fillon. Lui aussi aurait du gagner. Il a fallu que les « affaires » l’empêtrent et érodent suffisamment son électorat. J’y reviendrai dans un autre article d’ici peu. Si Vals avait été désigné par les primaires il aurait lui aussi mangé une partie non négligeable de l’électorat de Macron, suffisante pour l’interdire de second tour. Mais ce fut Hamon. Entre Fillon et Hamon il y avait un boulevard (de 24 % seulement) qu’a su utiliser Macron. Hamon et Mélanchon étaient sur des créneaux proches. Ils ont échoué à faire une candidature unique. Si Hamon s’était désisté pour Mélanchon (avec une promesse de premier ministre) il n’était pas évident que cette candidature n’aurait pas été la bonne pour le second tour. Il s’en est donc fallu de peu, et la victoire de Macron doit beaucoup à des circonstances extérieures à lui.

Ceci étant il s’est servi magistralement de ces circonstances pour affaiblir fortement ses adversaires. Du fait des candidatures Fillon et Hamon et de l’élimination de Juppé et Vals il a été rallié par une partie des Républicains, comme des Socialistes, rendant ceux-ci incapables de se relever aux législatives. Il a aussi su magistralement affaiblir Le Pen dans le débat de second tour. Bien d’autres s’y étaient essayés, mais aucun n’avait réussi. Là encore des circonstances l’ont aidé, mais il a su les exploiter.

Maintenant les choses sont différentes. Il doit gouverner et c’est bien plus difficile que de gagner une élection. Il est minoritaire idéologiquement. Même avec l’assentiment, ou tout au moins l’abstention, de la gauche des Républicains et de la droite des Socialistes il ne représente au maximum qu’un gros tiers des Français. Il a contre lui l’extrême droite, le gros des Républicains, la gauche socialiste, la gauche mélanchoniste et les abstentionnistes. Ceux-ci ne peuvent pas se retrouver électoralement, et c’est ce qui a fait la victoire minoritaire de Macron. Mais quand il s’agit d’être contre, ces oppositions peuvent s’ajouter, et c’est ce qui peut arriver, et notamment dans l’opinion, voire dans la rue. Le programme de Macron n’a pas été validé par la majorité des Français et c’est là que l’avenir est totalement incertain. On va voir ce que cela donne dans l’épreuve.

Un autre problème annexe est l’avenir de La République en Marche ! Autant le mouvement En Marche ! avait été une réussite, qui a largement participé à la victoire, autant il est difficile de lui voir un avenir. Les Partis Politiques traditionnels ont probablement fini leur vie. L’avenir est probablement à des mouvements informels, liés aux réseaux sociaux, mouvants. Mais il est certain qu’un président s’il veut durer ne peut exister sans une base sous une forme ou une autre. Peu est fait actuellement pour la développer.

Après une année folle, voyons de quoi celle-ci sera faite. Même en tant que spectateur on n’a pas de quoi s’ennuyer !

lundi 19 juin 2017

REVOLUTION

Nous venons de vivre une année politique exceptionnelle qui a apporté une véritable révolution politique dont à la fois nous avons encore du mal à mesurer l’ampleur et dont nous ne savons évidemment pas sur quoi cela va déboucher. Il y a une certitude : nous sommes entrés dans un nouveau monde. Il va falloir l’explorer, inventer de nouvelles règles de fonctionnement. J’emploie le terme révolution, moi qui ai répudié depuis bien longtemps les idées radicales, en faisant naturellement référence, de manière demi humoristique, au livre homonyme dans lequel Macron a lancé ses principales idées il y a sept mois seulement.

Le premier point de cette révolution est l’aggiornamento de la politique française, avec 34 ans de retard. En effet c’est en 1983, avec le tournant de la rigueur que les deux grandes forces de gouvernement, la droite qui prendra différent noms au fil des années et le Parti Socialiste ont commencé à mener des politiques fort semblables. J’ai même écrit que je pensais qu’au fond de lui-même Chirac était plus à gauche que Mitterrand. Et pourtant pendant ces 34 ans ces deux forces n’ont cessé de se combattre, dénonçant l’action de l’autre, pour mieux mener la même une fois au pouvoir. Le scrutin binominal en vigueur en France, sur lequel je reviendrai ensuite, ayant largement aidé à bloquer toute évolution que nos voisins allemands ont pratiqué tout ouvertement. Il me semble que s’il y a quelque chose, sur lequel on reviendra difficilement maintenant, c’est l’évidence qu’une partie de la droite (Lemaire, Jupé, etc.), une partie de la gauche (Valls, Hollande, etc.), les centristes divers et variés et bien des gens qui ne situent pas sur une échelle droite gauche partagent des convictions communes sur la gestion du pays. C’est cet espace que couvre Macron et c’est surtout l’acceptation (enfin !) de cette évidence qui vient d’être acceptée quasi unanimement par ceux qui peuvent la pratiquer. Ces 34 ans de retard, à accepter la vérité, montrent bien une fois de plus que ce qui décide en dernier ressort c’est toujours l’idéologie. Car, alors que l’évidence de cette convergence sautait aux yeux, elle était jusqu’à ces derniers mois impossible à formuler à droite, comme à gauche. C’était un tabou qui empoisonnait la vie politique.

Le deuxième point est le début d’un changement d’état d’esprit du pays. On ne sait si c’est un sursaut passager ou un changement qui durera et/ou s’approfondira. La France était considérée jusqu’au début de cette année comme un pays pessimiste, en colère, divisée en deux entre d’une part les urbains gagnant de la mondialisation et les gens de fraîche origine étrangère et d’autres part les ruraux perdants, défavorisés. J’ai déjà écrit que je pensais qu’on confondait probablement en ce domaine la cause et la conséquence. Que c’était au contraire plutôt parce qu’on était dans la peur et le rejet de l’autre qu’on partait ou restait le plus loin des villes. Cette colère, ce rejet de l’autre, de l’Europe notamment, semblait gagner de plus en plus du terrain. La droitisation de la société semblait inexorable, avec la peur de l’autre. La dédiabolisation du Front National semblait qualifier sans aucun problème Le Pen au deuxième tour de la Présidentielle, avec même le risque de sa victoire. A droite les primaires ont désigné le candidat le plus radical Fillion. A gauche les frondeurs ont pendant cinq ans mené la vie dure à Hollande pendant que s’installait avec Mélenchon un mouvement concurrent du Parti Socialiste sur certains des mêmes thèmes que Le Pen : la fermeture des frontières et le rejet de l’Europe. La primaire socialiste a elle aussi désigné le plus radical Hamon. Finalement, et il y a eu certes bien des péripéties, dont les « affaires » de Fillion, mais Le Pen a certes été qualifiée, mais de justesse. Fillion et Hamon ont échoué, encore plus le second, secoué par le charisme de Mélenchon. Et au deuxième tour Le Pen s’est encore plus effondrée, après avoir montré dans le débat d’entre deux tours l’irréalisme et le danger de son programme. Il est certain, et c’est dommage que cela n’ait pas eu lieu, qu’un débat Macron-Mélenchon aurait eu toutes les chances de faire s’écroule ce dernier, pour les mêmes raisons. Depuis le premier tour de la présidentielle le climat a changé. La radicalité colérique de Mélenchon et le recul du Front National d’une part, l’ouverture d’un dialogue constructif autour de Macron allant d’une parti de la droite, avec un Premier Ministre, à une partie de la gauche, et y compris des écologistes avec Hulot d’autre part a permis un apaisement du climat, un recul du pessimisme et de la colère. Certes on peut considérer que les législatives, et le deuxième tour en particulier, marquent un certain retour des extrêmes, mais aussi de la droite traditionnelle et du Parti Socialiste. Mais cela se fait à un niveau bien bas, beaucoup plus qu’au premier tour de la Présidentielle. Et l’abstention trop massive de ces élections est à la fois un acte d’attentisme, car on ne sait pas vraiment à quelle sauce Macron va nous manger, mais aussi un laisser faire en ne voulant pas participer. Et puis pourquoi aller voter alors qu’on annonçait partout une victoire évidente d’En Marche ? Ce climat me rappelle les années Jospin 1997-2002, qui ont été elles aussi une période de remontée de l’optimisme, d’une fréquentation accrue des activités culturelles, des lieux de loisir. Cela s’est arrêté avec l’échec aux présidentielles de 2002 et l’incapacité de Chirac à l’ouverture et à faire une politique autre que celle de la gestion au jour le jour.

D’une certaine manière nous revenons au schéma électoral des Troisième et Quatrième Républiques. Il y avait alors mise de coté des extrêmes de droite et de gauche, sauf circonstances exceptionnelles (Le Front Populaire). Le Parti Radical, puis le M.R.P. géraient des coalitions allant d’une partie de la droite à une partie de la gauche. Le système proportionnel multipliant les partis créait une instabilité, mais comme les orientations étaient quasiment communes, cela n’avait pas une trop grande importance. La différence aujourd’hui est le système électoral qui jusqu’ici a quasiment imposé, et perpétué une bipolarisation, qui n’avait plus de sens. Mais d’une part la bipolarisation a explosée avec Le Front National, un centrisme macronien et une gauche radicale s’ajoutant à ce qui reste des deux ex grands partis de gouvernement. D’autre part une dose de proportionnelle, probablement relativement faible, devrait être introduite. Elle ne permettra pas la multiplication inconsidérée du nombre de partis comme sous les Troisième et Quatrième Républiques, mais permettra à quatre, cinq ou six courants d’exister. Le défaut du système actuel est qu’il permet, et impose, dans le cas de quatre à six courants importants à un seul d’être élu avec un quart à un cinquième du corps électoral, et de pouvoir gouverner ensuite, c'est-à-dire sans consensus populaire.

Je ne sais ce qui va se passer les semaines à venir. Macron nous a fort étonné jusque là, on ne sait ce qu’il nous réserve pour demain. Mais s’il veut gouverner en représentant vraiment une quasi majorité du pays il faut qu’il ouvre sa majorité à droite et à gauche le plus largement possible à tous ceux qui sont prêts à travailler avec lui. Avec une fraction importante des Républicains et du Parti Socialiste dans sa majorité il représenterait alors une quasi majorité. Sinon il aura le plus grand mal à gouverner, ne représentant que le quart des électeurs du premier tour de la présidentielle, le tiers à la rigueur en prenant en compte le premier tour des législatives. Que vont devenir les cinq courants politiques essentiels actuels. Le Front National est pour un moment fortement blessé, mais comme La France Insoumise, sa position tribunicienne négative devrait l’aider. Contrairement à la Présidentielle il s’agira pour eux de critiquer systématiquement, mais pas de proposer leurs solutions irréalistes. La France Insoumise aura du mal à sortir de l’isolement volontaire où son radicalisme la met. Les Républicains, comme Le Parti Socialiste risquent l’explosion en deux fractions, surtout si Macron a l’intelligence, qui est aussi à mon sens une nécessité, de travailler avec la fraction la plus large de ces deux partis. Il y a la place chez les Républicains pour une force, faible pour l’instant, mais demain on ne sait pas, qui serait d’opposition à Macron tout en ne s’alliant pas au Front National. Mais à court terme son avenir ne semble pas bien brillant. Au Parti Socialiste c’est moins sûr. Si une partie rejoint le macronisme, le reste peut rallier Mélenchon. Il y aura forcément un succédané du Parti Socialiste pendant un certain temps, mais il n’aura pas forcément d’avenir. Quand à l’avenir d’En Marche et des centrismes divers, tout dépendra du succès ou non de la Présidence actuelle. Le mouvement peut se fixer dans le paysage politique, autant qu’il peut exploser en vol. Même si l’urgence ne semble pas être là il y a gros à gagner pour lui à l’avenir à ossifier, développer le mouvement, à la faire se déployer dans le pays, vers les couches populaires.

J’ai écrit assez souvent que je pensais que l’Italie était un pays depuis plus d’un siècle en avance sur les inventions politiques. Au début des années 1990 les deux grands partis qui structuraient le pays dans la majorité et l’opposition depuis 1944 : la Démocratie Chrétienne et le Parti Communiste disparaissaient brutalement. L’ère Berlusconi ensuite a vu se créer un système démocratique atténué par des tendances autoritaires, des pressions sur la Justice et sur l’indépendance médiatique. Aujourd’hui nous vivons une période qui semble être celle de la disparition des vieux partis, mais rien n’est jamais sûr. Aurons-nous un Berlusconi ?

Pour terminer je voudrai revenir sur un sentiment personnel d’admiration sur la manière dont Macron a su gérer cette année. On peut invoquer Machiavel ou les maîtres taoïstes. Il a gagné en détruisant les différents adversaires avant le combat final. Avec Fillion il a eu de la chance. Mais il avait su créer chez les Républicians, comme au Parti Socialiste, une fracture entre les macrono-compatibles et les opposants. Il a déstabilisé Le Pen magistralement lors du débat d’entre deux tours. Le Front National ne s’en est pas encore remis. Mélenchon rejeté dans son extrémisme colérique ne représente pas plus un danger que les Communistes sous les Troisième et Quatrième Républiques. Il fera du bruit. Il amusera comme Marchais ou Duclos avant lui amusaient. Après la Présidentielle je craignais que Macron ne s’enferme dans sa tour d’ivoire, mais avec la désignation de ministres de droite, à commencer par le Premier, et de gauche et d’Hulot il a encore pris tout le monde à revers. Il gagne les législatives avec 32 % des voix au 1er tour lui donnant une des meilleures majorités absolues. Rappelons que pour les autres législatives qui ont suivi des présidentielles, avec des majorités le plus souvent plus limitées elles avaient été acquises par des scores de premier tour de la majorité présidentielle de 54 % en 1981 (dont 36 % le PS seul), de 49 % en 1988 (dont 37 % le PS seul), de 43 % en 2002, 45 % en 2007 et 39 % en 2012. Autrement dit il obtient une des meilleurs majorités avec le plus faible score. Et cela parce qu’il a su diviser et affaiblir ses adversaires avant l’élection, se placer au centre. Belle réussite taoïste !

Maintenant attendons demain, et d’abord le nouveau gouvernement et les débuts de l’assemblée. On a quand même une année où on ne s’est pas ennuyé ! La suivante sera comment ?

jeudi 4 mai 2017

DEMOCRATIE ET MODE DE SCRUTIN

Ces élections présidentielles ont exacerbe les contradictions du système démocratique et je pense que le système électoral français est en partie la cause de cette exacerbation. L’élection présidentielle et le mode de scrutin législatif majoritaire correspondaient bien à une époque ou deux partis se partageaient l’électorat et représentaient une vraie majorité. Mais quand on a comme aujourd’hui 5 forces qui se partagent l’électorat cela pose un problème de démocratie. En 2007 Sarkozy réunissait 31 % au 1er tour et en 2012 Hollande 28 %. Avec cela ils ont été élus et ont obtenue une majorité à l’assemblée. Si Macron, qui a fait le plus de voix faisait de même il ne représenterait que ses 23 %. Inutile de chercher ailleurs le mécontentement des deux derniers quinquenats. D’autant que les propositions programmatiques annoncées n’ont pas été tenues. D’une part elles ne pouvaient pas l’être et d’autre part ils ont tous deux gouvernés bien plus au centre par rapport a leur programme, c’est-à-dire bien plus en direction de la moyenne des Français. Et étrangement c’est ce qu’on leur reproche. Le mode de scrutin actuel oblige à faire des propositions clivantes. On a bien vu que ce sont les plus clivants Fillion et Hamon qui sont sortis vainqueurs des primaires. Au 1er tour de la présidentielle les deux candidats les plus clivants Le Pen et Mélenchon ont représenté prés de 40 % des voix. Et il n’est pas interdit de caindre que Le Pen ne soit élue et ait une majorité parlementaire, auquel cas elle gouvernerait au nom de 21 % des Français. Comme un serpent qui se mord la queue le mode de scrutin pousse a élire des gens qui font des propositions qui représentent des minorites, qui ne sont pas applicables et heureusement, et à décevoir et donc aggraver la crise politique. Regardons ce qui se passe en Allemagne, où un seul vote existe : celui du Bundestag. Il est à la proportionnelle exacte de tous les partis ayant fait plus de 5 %. Les partis, qui là-bas non plus ne peuvent avoir 50 % seuls savent qu’ils devront gouverner en coalition. Ils évitent donc les propositions trop clivantes qu’ils devraient abandonner dans la négociation, qui une fois l’élection passée constituera le programme de gouvernement. Le système n’est pas parfait, mais grosso modo le gouvernement gouverne selon les vœux de la majorite. En France on a vu tous les candidats établir des programmes et faire des promesses, comme s’ils pouvaient gouverner seuls, alors au’ils savaient que démocratiquement ils représentaient tous moins d’un quart de l’electorat et donc que démocratiquement ils devraient négocier des compromis avec d’autres. On n’a jamais entendu ce mot de négociation. Seul Macron, et on le lui a assez reproché, a rechigné à faire un vrai programme, en disant bien que l’essentiel était l’orientation générale souhaitée et non les mesures elles-mêmes qui, d’une part dépendront de l’actualité et, d’autre part, devront être négociées. Cette campagne a poussé à la démagogie la plus grande. Le cas Mélenchon est emblématique, mais il n’est pas le seul. Il a fait entrer dans la tête de ses insoumis des propositions extrêmes, qui ne pourraient être appliquées que contre la majorite des gens. Il a exacerbé un mécontentement sans solutions réalistes. Il a grandement aidé à aggraver la crise démocratique. On le voit aujourd’hui avec le rejet injustifiable de nombre de ses partisans de barrer la route à l’extrême droite. C’est la meme chose qui se passe pour une partie de l’electorat de Fillion. Je ne sais ce que vont donner et le deuxieme tour des presidentielles et les legislatives. Tout est possible : une majorite à l’un des deux FN ou Macron, une élection de l’une ou l’autre sans majorité claire ? Si c’est une majorité claire ils gouverneront en ne représentant que moins d’un quart des gens, sinon il est à craindre que l’intransigeance que manifestent tous les partis politiques n’empêche de constituer un compromis majorotaire. Aucune de ces solutions n’est saine. La seule solution est de changer le mode de scrutin, la constitution est tres souple et cela a déjà été fait, plusieurs fois. Une dose importante de proportionnelle aux legislatives est un minimum. La suppression de l’élection présidentielle serait une bonne chose, mais elle ne serait pas, hélas une idée majoritaire. Allons plus loin, la démocratie, c’est aussi le respect des minorites. C’est-à-dire s’interdire de proposer ou faire des mesures trop choquantes pour des gens, même minoritaires, sans naturellement aller à l’excès qui interdirait toute action. Quand on a entendu les propositions de Le Pen, Fillion ou Mélenchon on en est loin !

vendredi 28 avril 2017

POURQUOI ET COMMENT L’EXTREME GAUCHE VOTE LE PEN

La situation actuelle est paroxystique. Je l’attendais un peu, mais pas avec une telle violence, une telle évidence.

Il y a une première raison à l’abstention « révolutionnaire » au 2ème tour des Présidentielles, c’est le mépris depuis près de 230 ans pour une fraction importante de la gauche française pour la liberté, valeur seconde pour elle devant l’égalité, et ne parlons même pas de la fraternité. C’est l’exaltation de Robespierre et de la terreur, c’est le stalinisme contre la social-démocratie. Quand on parle de libéralisme aux U.S.A. on en voit les deux aspects essentiels, le premier, le libéralisme social dont les dernières victoires sont les droits des minorités sexuelles, l’égalité homme-femme, bref la libération de l’individu. Et le deuxième le libéralisme politique, la liberté d’opinion, etc., bref la démocratie et tout ce qui va avec. C’est pour cela qu’être libéral aux U.0S.A., c’est être de gauche. En France on ne parle que du libéralisme économique qui est la liberté de créer des entreprises, de commercer, etc. et on le confond en plus avec l’ultralibéralisme qui est le libéralisme sans aucun contrepoids.

Alors on pense que Le Pen élue on fera plus facilement la révolution. C’est pourquoi un modéré est toujours un pire ennemi qu’un adversaire de droite. C’est pourquoi appeler à voter Chirac et descendre dans la rue pour cela était facile, comme il aurait probablement été plus facile à l’extrême gauche de voter Fillon. Il y a derrière cela un refus de l’autre, de l’opinion qui dérange, une volonté d’avoir seul raison, c'est-à-dire toutes les bases du totalitarisme.

Mais allons plus loin, et sans faire du complotisme. Il est certain que les réseaux russes importants qui ont été identifiés récemment sur le net sont aujourd’hui en plein travail. Ils sont là pour tout tenter pour faire élire Le Pen, relayant tous les appels à l’abstention ou à des manifestations en ce sens.

Les manifestations, souvent relativement violentes, depuis hier appelant à l’abstention m’inquiètent profondément. J’avais rappelé l’incendie du Reichstag qui a permis à Hitler de s’arroger les pleins pouvoirs et je pensais qu’une insurrection populaire savamment orchestrée dans les banlieues par exemple pourrait faire l’affaire. Mais il me semble que cette manipulation de complicité objective entre l’extrême droite et l’extrême gauche pour servir objectivement cette première est déjà en route pour tenter de gagner une élection autrement ingagnable pour l’extrême droite, comme elle peut l’être avant les législatives pour les gagner en effrayant les gens et après les élections pour justifier des mesures liberticides. Vous avez vu comme Erdogan a su surfer sur le coup d’Etat pour en arriver où il est aujourd’hui. Ce n’est nullement du complotisme. Relisez l’histoire des Brigades Rouges, de l’attentat de Bologne et comment objectivement K.G.B. et C.I.A. s’y sont pris pour empêcher une alliance Démocratie Chrétienne – Parti Communiste qui les dérangeait pour des raisons différentes.

Voilà le fond de l’affaire pour moi et je crois que défendre les idées démocratiques et en l’occurrence soutenir Macron et dénoncer les idées, les méthodes de l’extrême gauche est une urgence. Encore 9 jours !

mercredi 26 avril 2017

APRES LE 1er TOUR DES PRESIDENTIELLES La situation est plus sérieuse que jamais.

Sérieuse ne veut pas dire désespérée.

Le 1er tour des présidentielles a vu se conforter les prévisions des derniers jours. Quatre candidats presque dans un mouchoir de poche. Mais ce qui se voit moins est la progression quantitative et qualitative, pourrait-on dire, des deux extrêmes. Si le F.N. n’a que peu progressé, l’extrême gauche frôle pour la première fois depuis 1978 la barre des 20 %. Mais ce qui me semble plus grave est le qualitatif. Dans un article précédent j’ai dit combien pour moi le F.N. n’avait pas changé et me semblait un danger grave pour la démocratie. La dédiabolisation du F.N. n’étant qu’un leurre. La pratique municipale, anti musulman (interdiction de construire des mosquées, etc.) le montre bien. Et dans le cadre de circonstances difficiles (attentats ou autres) tout est possible. Rappelons-nous de l’incendie du Reichstag. De plus on a vu que, déstabilisée par la crainte devant les derniers sondages, Le Pen a retrouvé les accents nauséabonds qu’elle avait fait semblant d’abandonner. Mais plus étonnant, et je ne l’ai pas vu arriver, est la radicalisation de l’extrême-gauche. Jusqu’à dimanche j’ai souri à ceux qui critiquaient Mélenchon en ce sens. J’avais tort. On a vu non seulement Mélenchon himself, mais aussi ses principaux acolytes, tenir depuis dimanche des propos inimaginables. Que Mélenchon déçu d’être éliminé boude et fasse son Jospin on peut le comprendre, même si c’est une grave faute politique. Mais ses principaux lieutenants vont dans le même sens. Ils se considèrent comme les seuls détenteurs de la vérité, de la lutte anti-F.N. (au moment où ils la désertent). Ils appellent maintenant à l’abstention. Mélenchon, le si cultivé, devrait voir comment il fait revivre en farce la position du Parti Communiste Allemand de 1933, refusant l’union avec les socialistes (socio-traitres ou socio-fascistes c’est selon). Quand on s’estime seul détenteur de la vérité c’est qu’on est très avancé dans la voie totalitaire. C’est ici je crois qu’il est nécessaire de rappeler toute l’actualité de Camus contre Sartre et ses compromis. Relisez Camus, le grand philosophe démocratique, ou à la rigueur Aron ! Aujourd’hui les positions d’opposition au libéralisme, comme ils disent, ce qui est une hérésie car il ne s’agit que de l’ultra libéralisme économique, sont majoritaires. Pour au minimum détricoter l’Europe, voire en sortir, sortir de l’Euro, fermer les frontières aux produits et surtout aux hommes. Si on ajoute Le Pen à Mélenchon, Dupont Aignan et au tiers de Fillon qui dit préférer Le Pen à Macron on dépasse les 50 %.

La bataille du deuxième tour va être rude entre deux conceptions totalement antagonistes. Sur le plan des idées c’est Le Pen qui est hélas majoritaire. Ce qui peut lui barrer la route n’est que la peur qu’elle inspire encore. Rien n’est gagné et tout faux pas de Macron peut lui être fatal. Je ne sais comment aujourd’hui par exemple il va se sortir du pétrin d’Amiens. Ensuite s’il gagne il y a les législatives. On va avoir cinq blocs qui vont là encore s’affronter : F.N., L.R., En Marche, P.S. et extrême gauche peut-être divisée entre Mélenchonistes et communistes. Le mode de scrutin et l’abstention relativement importante pour ce 3ème tour électoral fait que dans beaucoup de cas resteront en lice les deux premiers candidats, éventuellement un troisième. Là tout est possible, mais le plus probable, si Macron est élu et ne déçoit pas d’ici là, est un partage des sièges entre L.R., En Marche et P.S. avec deux minorités F.N. et extrême gauche. Une majorité claire sera très difficile. Macron ne pourra gouverner qu’au cas par cas avec les uns et/ou les autres. Il est le plus capable de le faire, mais il faut que L.R et P.S., ou au moins suffisamment de leurs députés jouent le jeu, ce qui est loin d’être gagné.

Mais allons plus loin. Macron que l’on ne peut que soutenir dans les circonstances actuelles et probablement demain au pouvoir, risque de ne pas pouvoir changer grand-chose. On risque avec lui d’être dans la situation dont parle Tancredi dans le Guépard de Guiseppe Tomasi de Lampedusa « pour que tout reste comme avant, il faut que tout change ». Et alors on se prépare des lendemains difficiles car on aura renforcé l’insurrection populaire que représentent les deux extrêmes.

Je pense que pour l’avenir il faut deux directions d’action. D’abord la lutte idéologique. C’est toujours l’idéologie et non pas l’économie, comme le croyait Marx, qui décide. Lutte en gros entre les deux idéologies que représentent Macron et Le Pen. Mais les discussions de réseaux sociaux n’atteignent pas ceux qui sont concernés (un peu à l’extrême gauche tout de même). C’est par l’action que les choses changent, pas par des discours. Il me semble, et c’est ce que j’écrivais il y a peu, que nous sommes arrivés à un moment de la modernité (qui peut se définir comme l’avancée de la libération des individus) très importante, mais insuffisante. Les avancées précédentes avaient permis la création des sociétés démocratiques, mais la montée supplémentaire de l’individualisme crée la crise actuelle car l’individualisme n’est encore que de l’égoïsme. Il faudra aller plus loin si on veut espérer sauver la démocratie en dépassant l’égoïsme par la responsabilité, la fraternité. C’est je crois l’enjeu du combat actuel. Ou les égoïsmes triomphent et on tombe dans de nouvelles barbaries ou la responsabilité/fraternité se développe suffisamment pour aller vers de nouvelles possibilités démocratiques. En ce sens il faut je crois que Rousseau et son contrat social redevienne d’actualité. Il faut retisser des contrats sociaux multiformes entre les hommes. Mais, prévient Rousseau, cela ne peut se faire qu’en bas, à petite échelle. Contrairement à tout ce qui se dit, l’intérêt inégalé pour cette élection hors-norme, montre bien que la politique reste un intérêt premier pour les Français. La manière dont Macron a bâtit sa campagne par la base avec des comités autogérés est un pas encourageant. Après l’élection il faut espérer que la pâte ne retombera pas. Mais il faudra changer radicalement d’objectif. Au lieu de construire pour le haut (la présidentielle) il faudra s’occuper du bas. Aller au plus près des préoccupations de tous ceux qui en ont besoin, et qui sont les insurrectionnels d’aujourd’hui. Aller vers les plus pauvres, les chômeurs, les ruraux délaissés, mais aussi les réfugiés, etc. Tisser des liens avec tout un réseau associatif qui existe déjà et qui ne nous ont pas attendu. Développer un réseau multiforme, comme hier le P.C.F. l’avait fait, comme le font les Islamistes algériens ou égyptiens, mais de manière totalement différente. En effet deux principes doivent guider. Premièrement agir pour être efficace et non pas pour développer sa propagande propre. Il s’agit de construire l’avenir, de gagner la bataille idéologique, pas la bataille politique. Deuxièmement agir toujours dans le sens de l’intérêt général et refuser toute action d’intérêt particulier et égoïste qui prétendrait défendre les uns contre les autres. C’est ainsi je crois et ainsi seulement qu’on pourra espérer avancer. Cela se fera-t-il ? L’avenir est imprévisible.

Pour terminer je rappellerai seulement la situation au moment de la précédente crise de la démocratie dans les années 30. Nous avions un communisme installé dans la nouvelle U.R.S.S., un nazisme, un fascisme et un ultra-nationalisme japonais installés eux-aussi et dans tous les pays démocratiques, bien peu nombreux alors, il y avait une part importante de population qui lorgnait vers un de ces deux extrémismes. Qui aurait parié pour la constitution d’états providences démocratiques dans nombre de pays 20 ans après ? Il a fallu certes des millions de morts, pactiser avec le diable (Staline) quitte à lui abandonner l’est de l’Europe, puis la guerre froide et bien des manquements à la démocratie à l’ouest (Iran 1953, Guatemala 1954, Franco, les colonels grecs, les colonels argentins, Pinochet….) pour finalement arriver à une avancée démocratique avant la crise actuelle. On peut espérer avoir retenu quelques leçons de l’histoire. Ce qui est certain, c’est que, y compris dans la tête de ces imbéciles de djihadistes, la demande d’autonomie de l’individu est de plus en plus grande. Elle devrait primer en dernier ressort.

mercredi 5 avril 2017

LE FRONT NATIONAL N’A PAS CHANGE

La fameuse « dédiabolisation » du Front National est un leurre dangereux. Elle tend à faire croire que cette organisation, et naturellement sa candidate autoproclamée, a changé et que les dangers qu’elles représentent sur la démocratie, mais aussi l’avenir sous toutes ses formes (économie, social, cohésion nationale, etc.) se seraient amoindris. En somme que ce Parti serait en passe de devenir un parti comme les autres, en voie d’intégration à la vie démocratique nationale et locale. Je crois que j’ai parfois moi-même été tenté d’y croire et de m’auto rassurer. En fait plus j’y pense et plus je crois qu’il n’en est rien.

La nature d’un parti est difficile à définir, comme celle de ses dirigeants. Surtout quand il a toujours été dans l’opposition (sauf rares mandats locaux). S’il accède au pouvoir son action dépend en grande partie des circonstances, du climat général, climat qu’il peut contribuer à changer. Définir le Front National comme un parti fasciste est de toute façon un contre sens historique. Le fascisme correspond à une époque révolue. Le danger n’en est pas forcément moindre, mais différent. Le Front National n’est pas un parti démocratique. Mais quel grand parti l’est ? D’abord tous les partis perdent une grande partie de leurs adhérents et ne deviennent plus que des écuries de course pour des candidatures locales ou nationales. Sans compter les trucages des élections internes (on l’a vu tant au PS que chez l’ex-UMP). Le FN est dirigé d’en haut par Le Pen et éventuellement quelques proches qu’elle désigne. Il semble avoir abandonné sa rhétorique anti-immigrés, mais je crois que c’est un faux semblant. L’indice qu’il n’a pas changé est son obsession à empêcher la création de lieux de cultes pour la communauté musulmane dès qu’il prend le pouvoir dans une municipalité. En fait il ne parle plus que de préférence nationale, mais ses électeurs potentiels comprennent bien ce qu’il sous-entend par là. Il laisse les autres, et surtout Les Républicains, faire la propagande antimusulmans, anti-arabes pour lui. Ceux-ci dans une course hyper dangereuse font de la surenchère de plus en plus limite, pour tenter de lui prendre des voix, mais comme le dit hélas le slogan, les électeurs préfèrent l’original, qui n’a même plus besoin de surfer, sauf de manière subliminale, sur tout ce qui touche au racisme, laissant les autres le faire pour lui. Le danger vient aussi de l’accoutumance, qui malgré nous, vient de l’approfondissement au fil du temps des surenchères vers les idéologies d’extrême-droite. On dit et fait aujourd’hui, y compris dans une certaine gauche, ce qui aurait été impensable il y a quelques années. C’est aussi cette accoutumance qui nous rend le FN moins dangereux, dans la vision que nous avons de lui, mais pas dans la réalité. Je ne crois pas plus aux déclarations de conversion du FN au fonctionnement démocratique de notre société. Il l’est officiellement, parce que les circonstances sont là, et pour tenter de prendre le pouvoir. Mais une fois installé et selon les circonstances, y compris celles qu’il peut provoquer, je crois que tout est possible. C’est la même chose avec Trump aux USA, mais là-bas peut-être, mais es-ce bien sûr, avec plus de contre-pouvoirs.

En fait si le FN prenait le pouvoir on ne sait pas du tout ce qui pourrait se passer. Il y a en France des barrières légales qui peuvent empêcher des glissements vers l’amenuisement démocratique et les dangers multiformes pour l’avenir : la pouvoir judiciaire, le Conseil Constitutionnel notamment. Mais en cas de crise grave, réelle ou provoquée et devant une éventuelle mobilisation populaire pour aller vers des lendemains qui déchantent ces barrières tiendraient-elles ? Certes l’histoire ne repasse jamais les mêmes plats, sauf en farce disait Marx, mais rappelons-nous quand même de 1933. Hitler chancelier minoritaire et l’incendie du Reichstag qui permet de lancer un référendum lui donnant les pleins pouvoirs et d’interdire peu à peu tous les autres partis politiques. En cas de victoire électorale du FN il est certain que des mouvements de protestations importants auraient lieu, comme les manifs anti Trump. Elles peuvent avoir un caractère plus ou moins violent. Une insurrection des banlieues n’est pas impossible, et bien entretenue elle peut permettre de justifier des mesures liberticides.

On dit que le FN ne peut pas prendre le pouvoir, à cette présidentielle au moins. Mais vu les surprises de cette élection depuis un an, et la rapidité avec lesquelles les situations se sont modifiées (pensons aux ascensions ultra-rapide de Fillon et Hamon par exemple), on n’est cette fois-ci sûr de rien. Et d’autre part d’élection en élection le FN monte et donc le danger est de toute façon devant nous.

Seul le débat d’idée ouvert et intelligent est une solution pour contrer le FN. Naturellement la situation économique et sociale pèse, mais en second j’en suis du moins persuadé.

lundi 19 décembre 2016

POUTINE

Poutine est de plus en plus omniprésent dans l’actualité, et la plupart des commentaires médiatiques sont totalement ignorants de la réalité russe, mis à part quelques uns, dont un reportage la semaine dernière en toute fin de soirée, caché par un portrait longuet et beaucoup moins intéressant de Laurent Delahousse. Hubert Védrine est probablement un des meilleurs analystes de la situation géopolitique actuelle.

Il faut prendre conscience d’abord que la politique actuelle de Poutine est le fruit de nos fautes. Nous (l’Occident) avons poussé Gorbatchev, puis Eltsine à démanteler l’URSS, son système d’Etats satellites et son économie. La doctrine reaganienne ultralibérale a totalement ruiné le pays, a mis à bas son système boiteux de protection sociale (santé, école, retraites). Les revenus ont chuté, les avoirs en banque ne valaient plus rien. Et pire de tout il y a eu l’humiliation politique. Reagan a proclamé la victoire de la guerre froide et la victoire du capitalisme. Les Etats satellites sont devenus indépendants, ainsi que bien des républiques de l’URSS (Pays Baltes, Biélorussie, Ukraine, Géorgie, Arménie, les pays en stan autour de l’Ouzbékistan). Beaucoup sont rentrés dans l’Union européenne et l’OTAN. La main tendue par Poutine vers l’Occident et l’Europe dans les premières années de son règne ont été ignorées. Il a été méprisé, traité comme un inférieur vaincu. Sans concertation onusienne les USA et des Etats européens ont bombardé la Serbie pour « libérer » le Kososvo, Serbie qui était le dernier allié européen de la Russie. La Russie a laissé s’accomplir l’action humanitaire prévue en Lybie et en violation du mandat les Occidentaux ont fait chuter Kadhafi, allié lointain de la Russie pour le remplacer par l’anarchie qui a déstabilisé ce pays, mais aussi une grande partie du Sahel. Les Occidentaux ont au minimum soutenu, voire largement encouragé, ce qu’on a appelé les révolutions de couleur en particulier en Géorgie et en Ukraine, c'est-à-dire à la frontière, voire dans des territoires à minorités russophones importantes. Les Occidentaux veulent faire chuter Bachar el Assad, allié russe qui lui concède la seule base navale russe en Méditerrannée. Qu’auraient fait les USA pendant la guerre froide si le Mexique avait voulu devenir membre du Pacte de Varsovie ? Qu’ont fait les USA contre Cuba devenu communiste ? (Baie des Cochons, crise des missiles, 55 ans de blocus économique). Il faut en premier lieu prendre conscience de la faiblesse de la Russie. Pour le PIB (en 2015) elle était le 12ème pays mondial, c'est-à-dire 13 fois moins que les USA, 8 fois moins que la Chine, trois fois moins que le Japon, 2.5 fois moins que l’Allemagne, derrière le Royaume Uni, la France, L’Inde, l’Italie, le Brésil, le Canada, la Corée du Sud, juste devant l’Australie, l’Espagne, le Mexique. Donc matériellement la Russie n’a pas les moyens de nous intimider si nous le voulons. Elle tire sa force de sa cohésion actuelle derrière Poutine, de son investissement dans l’armement, sans que sa force en soit exagérée. C’est un des derniers grands pays dont on peut penser qu’en cas de conflit les soldats seraient prêts à mourir pour la Patrie. Mais Poutine tire surtout sa force des divisions du monde qu’il a face à lui. La plupart de ses actions sont des actions indirectes. Il aide les russophones ukrainiens à maintenir une guerre latente dans l’Ouest du pays, pour maintenir une situation de pourrissement. Il a récupéré la Crimée, dont la population souhaitait massivement le rattachement à la Russie. Il a récupéré deux morceaux de mini-républiques en Géorgie qui étaient opposées au gouvernement central. Il multiplie les cyber-attaques pour déstabiliser ses adversaires (pays baltes, Démocrates aux USA…). Il serait dans l’incapacité de gérer un pays dont la population serait hostile. Il se souvient de la guerre d’Afghanistan. Même les USA du Vietnam à l’Afghanistan (encore une fois) en passant par l’Irak et la Lybie en ont fait la douloureuse expérience. En Syrie ses forces sont très limitées et il ne pourrait rien sans l’aide iranienne, sans la division internationale. Les pays du Golfe et l’Arabie saoudite n’ont pas envie d’y mettre les pieds, n’arrivant pas à se sortir du bourbier du Yémen. Pour les Turcs les ennemis sont les Kurdes. Les Occidentaux, n’ont plus vraiment d’alliés sur qui compter. Les opposants à Bachar el Assad sont soit les Kurdes autonomistes, soit des islamistes radicaux, les démocrates n’ayant jamais été bien nombreux.

Maintenant que nous avons poussé Poutine à devenir ce qu’il est internationalement il faudra reconstruire autrement avec lui. Il nous fera probablement payer ses humiliations passées (politiques, mais aussi sûrement personnelles, mais c’est juste une hypothèse personnelle). Les populistes de droite, comme de gauche, qui souhaitent renouer le dialogue avec lui, pour des raisons diverses y arriveront-ils s’ils sont de plus en plus nombreux à prendre le pouvoir. Une alliance avec Erdogan est possible, à moins que les deux égos se choquent trop. Que fera Trump l’imprévisible ? L’alliance avec la Chine est pleine de contradictions. Xi Jinping, qui lui aussi manifeste une tendance dictatoriale inquiétante, joue le jeu ambigüe traditionnel chinois. Il est certain qu’un jour pas si lointain la vaste Sibérie et ses richesses naturelles, ses vastes espaces qui peuvent devenir cultivables avec le réchauffement climatique, pourraient être convoitées par le grand frère chinois, surtout avec le déclin démographique russe.

Ce qui est le plus inquiétant c’est l’évolution de l’état d’esprit de la population russe derrière Poutine. Nous avons un retour en arrière. Nous ne sommes plus dans une démocratie. Les élections ne suffisent pas à définir un régime démocratique. La liberté du débat d’opinion est bien plus importante. Et là Poutine montre son caractère en pourchassant toute opinion différente (jusqu’aux assassinats de journalistes). N’oublions pas non plus les attentats, quelques mois après sa prise de pouvoir en 2000, plus que probablement organisés par le FSB, pour consolider son assise. Nous sommes dans une violence d’Etat bien plus grande que celle qui sévissait dans l’URSS pourrissante à partir de la fin de Brejnev où les opposants étaient envoyés derrière l’Oural, ou dans des asiles psychiatriques, ou dans des prisons pourries, mais n’étaient plus directement assassinés. L’approbation de la population à son asservissement, à sa désinformation, est un recul qui doit être mesuré à l’aune de la modernité. On revient en Russie sur l’autonomie de l’individu. Même si c’est heureusement contradictoire avec d’autres aspects de cette modernité.

En tout cas l’Occident en l’occurrence tire les fruits amers de ses fautes, de ses arrogances. Il faudra en payer là encore le prix. D’autant que nos interlocuteurs ne sont pas meilleurs que nous et n’auront aucune commisération.

jeudi 8 décembre 2016

CHOC MIGRATOIRE, CRISE DE LA DEMOCRATIE, Angela MERKEL, LE CAPITALISME D’AUJOURD’HUI, CRISE DE L’ECOLE. Un numéro du Débat qui est un vrai débat.

Le numéro du « Débat » qui vient de paraître mérite bien son nom. Une suite d’articles passionnants qui souvent s’entrechoquent.

Tout d’abord trois articles sur le choc migratoire avec chacun leurs vérités. Didier Leschi qui campe sur des positions proches de Chevènement, si je ne m’abuse. Raffaele Simone toujours aussi peu soucieux du politiquement correct qui met les pieds dans la soupière. Ivan Krastev plus proche de l’idéologie dominante dans la gauche bien pensante. Didier Leschi nous parle de la Seine Saint Denis et de l’échec de toutes les politiques d’intégration s’adressant aux nombreux immigrés. Communautarisme, drogue, chômage, crise laïque. Rappelons que la Seine Saint Denis est le premier département d’accueil des étrangers en France. A mettre en relation avec l’excellent numéro d’ « Herodote » sur le 89-3 justement, plus complet, plus équilibré. Mais c’est une face bien réelle du problème que montre Didier Leschi. Raffaele Simone analyse les problèmes migratoires et le saut quantitatif énorme que représente la vague actuelle. Il y voit une conséquence de la douceur de l’Europe et de sa totale impréparation. La douceur qui fait que les migrants savent bien « qu’aucun (autre) pays n’a la tradition de douceur de l’Union Européenne, son Etat-providence universel et gratuit, ses lois généreuses… (et) son sentiment de culpabilité historique ». Il montre l’échec sur tous les plans. Politique : la coupure de l’Europe en deux et la montée des mouvements xénophobes. Economique : des sommes énormes sont (et continueront d’être affectées pendant des années) pour des populations qui risquent d’être au mieux des travailleurs tout en bas de l’échelle concurrençant la main d’œuvre autochtone non qualifiée, au pire (et cela semble bien plus le cas) des populations très difficilement employables, à la seule recherche d’une aide publique. Gestion : aucune préparation. Dans un premier temps on cherche, sans succès, à limiter l’afflux, puis sans aucune concertation ni nationale, ni européenne, Angela Merkel ouvre les portes et crée un appel d’air, et puis devant la réalité ingérable on referme comme on peut les digues. Social : les très nombreux arrivants risquent de déstabiliser un peu plus la crise sociale européenne, impliquant des aides financières très importantes, alors qu’on prône l’austérité pour les nationaux, risquant d’augmenter le communautarisme, avec des conséquences y compris démographiques (les Nigériens de plus en plus nombreux à arriver ont un indice de fécondité record mondial de 7.6 enfants par femme, ce qui correspond à une population multipliée par 5 en un siècle). Géopolitique : on contient un peu actuellement la vague grâce à un accord avec Erdogan, et donc on ferme les yeux sur la dictature qu’il met en place en Turquie, sur sa politique anti-kurde en Turquie, mais aussi en Syrie où il préfère Daesh aux Kurdes, on accepte toutes les facilités qu’il demande (augmentations du nombre de visas, reprise des négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne, etc.).

Wolgang Streeck analyse la politique allemande. Le début de son article m’a particulièrement intéressé par son analyse de la politique d’Angela Merkel. Il montre qu’elle est très habituée aux virages à 180° sous l’effet de l’actualité, sans aucune concertation, en mettant son parti, son pays et souvent l’Europe devant le fait accompli, vu son poids économico-politique. Elle fait adopter un programme néo-libéral en 2003, élue en 2005 elle gouverne avec les sociaux-démocrates et souvent leur vole leurs propositions (salaire minimum ; etc.). Elle fait voter la prolongation des centrales nucléaires et quelques mois plus tard devant Fukushima elle décide de la sortie du nucléaire. Elle cherche à freiner l’afflux de réfugiés en 2015, puis ouvre grand les portes, avant de se raviser et de chercher à limiter une nouvelle fois la vague.

Deux autres débats intéressants dans ce numéro du « Débat » sur la crise de la démocratie et celle de l’école, avec encore là des visions différentes qui se confrontent.

vendredi 2 décembre 2016

HOLLANDE ET LA FONCTION DE PRESIDENT

François Hollande vient d’annoncer qu’il renonçait à se représenter pour la Présidentielle 2017. C’est l’aboutissement d’une longue histoire. Je l’écoutais hier et je partageais son émotion et je pestais intérieurement contre les loups qui allaient à la curée, justifiant cette décision par l’échec supposé de sa présidence.

Personnellement, s’il m’a parfois exaspéré, je l’ai écrit, trop souvent peut être, je pense que c’est le seul des derniers présidents depuis 1981 que je regretterai. Il s’est fracassé sur le Hollande bashing des médias et des réseaux sociaux. Pourtant son action est loin d’avoir mérité ce mépris. Pour l’essentiel il a cherché à être un président, un homme normal qui a le droit d’aller en solex avec un casque voir sa copine, qui aurait aimé bien plus prendre le train que l’avion. Il a gouverné en prenant son temps, en réfléchissant au lieu d’agir à la vitesse de la frénésie médiatique, en consultant, en s’entourant de conseil, en déléguant, en n’ayant pas peur de reconnaître avec un humour plein d’autodérision ses erreurs. Tout cela en France c’est maintenu harâm comme diraient les musulmans par les réseaux sociaux et les médias. Et pourtant il incarne en mon sens la modernité démocratique. Quand on regarde « Les hommes de l’ombre » et qu’on compare à « Borgen » on mesure le déficit démocratique de notre pays, la coupure entre le peuple et les élites politiques. Eh oui Angela Merkel quand elle rentre chez elle dans l’ex RDA aime faire les courses au supermarché ! Et ce sont les mêmes schizophrènes qui reprochent ensuite aux « élites », d’être coupé du peuple, de ne pas connaître le prix du croissant ou du ticket de métro. La France est restée dans l’attente de l’homme providentiel, du roi absolu. Elle a toujours la démocratie honteuse. Il faut quand même rappeler comment dans ce quinquennat il y a eu le mariage pour tous, il y a eu la lutte contre le terrorisme, toujours critiquable, mais sans aucune hystérie, ni atteintes aux libertés. Il y a eu des ministres, de grandes personnalités, que l’on laissait libre d’agir : Montebourg, Filippetti, Taubira, Caseneuve, Valls, Ayrault, Fabius, Macron, etc… Libres d’agir malgré leurs divergences et en les assumant, car c’est cela la vie. Rappelons aussi qu’en 2006 le couple Hollande-Royal a décidé que c’était elle qui allait se présenter aux Présidentielles, ce qui dans le milieu politique hyper macho n’est pas sans signification.

Les trois précédents Présidents de la République ont cherché à incarner la vision Présidentielle dans toute sa hauteur. Mitterrand, qui n’a jamais été un homme de gauche, n’a toute sa vie recherché qu’une chose, arriver au pouvoir et laisser sa trace dans l’histoire. Il a pour cela suivi les chemins les plus divers. Ministre de l’Intérieur pendant la guerre d’Algérie, opposant virulent à De Gaulle qui ne voulait pas de lui, c’est le dirigeant communiste Waldeck Rochet qui l’a imposé comme chef de la gauche en 1962, parce qu’il ne lui semblait pas dangereux pour les communistes. Il a ensuite fait la carrière que l’on sait, élu sur un Programme très première gauche de nationalisations, car il pensait être le premier leader mondial à parvenir à un socialisme démocratique. Devant l’échec, et la maladie il s’est reconverti devenant le partisan de l’Europe, et sombrant dans les noirceurs de la mélancolie. Chirac, qui n’a jamais été vraiment de droite, a choisi ce camp par opportunisme et lui aussi ne cherchait qu’une chose arriver au pouvoir, mais sans jamais savoir pour quoi y faire. Après avoir empêché Chaban Delmas et Giscard d’appliquer leur programme de modernisation du pays, il a repris les idées dans l’air pour être élu, et a ensuite gouverné sans but bien déterminé. Quand à Sarkozy sa politique n’a jamais été que celle du jour au jour médiatique, agitée et brouillonne comme le personnage.

Nous aurons peut-être Fillion en 2017 si la baudruche ne se dégonfle pas aussi vite que la pâte a levée. Et là je m’inquiète bien plus de l’homme que de son programme. Je me méfie de ces gens sérieux qui ne rient que quand ils se coincent les doigts dans une porte. Rigide et dogmatique il risque de gouverner sans regarder ailleurs, sans consulter, ni partager les décisions. Cela ça devrait être un président halâl pour les médias ! Revanchard des 5 ans de couleuvres avalées comme premier ministre de Sarkozy, je crains chez lui les tendances sado-maso des intégristes religieux.

Ceci pour dire que je pense que l’histoire réécrira à la hausse l’actuel quinquennat. Et pour ma part je garderai de lui le meilleur souvenir. Peu d’hommes ont eu pour moi cette capacité : Rocard, que Mitterrand a empêché de gouverner, Jospin partiellement, qui a su réussir sa politique gouvernementale mais a mal fini en 2002.

lundi 21 novembre 2016

INSURRECTION ET EBULLITION DE L’ELECTORAT ET DEMOCRATIE

L’étonnante remontée de Fillon dans les sondages, puis son résultat me pose question. Je crois y voir ce que j’appellerai une ébullition de l’électorat. Une instabilité de plus en plus grande. L’électorat déboussolé, en rupture, évolue de manière de plus incontrôlable et sans repères. Pour un physicien cela ressemble aux systèmes en régimes instables, dont on ne peut pas prévoir le futur, comme la météo.

J’ai déjà plusieurs fois évoqué la recherche d’un homme providentiel, ce qui est particulièrement vrai en France, jamais guérie de la perte de sa royauté absolue, sauf que des hommes vraiment providentiels on n’en a plus depuis De Gaulle. Dans certains pays ils semblent avoir trouvé ce qui y ressemble. Je pense notamment à Poutine et Erdogan, non sans les critiques que l’on peut porter à ses autocrates, mais ils semblent jouir du soutien d’une majorité importante, et ce sur un temps long.

D’autres pays ont tenté de les trouver, mais sans que cela ne se manifeste par un soutien massif de la population, ni sur un temps long. Je pense à Chavez, Moralès, Berlusconi notamment. Donc il règne toujours dans ces pays une instabilité et des luttes politiques fortes.

Ce qui me semble important c’est la vitesse avec laquelle peuvent naître ces illusions d’hommes providentiels. Naître et souvent se dégonfler aussi vite, mais entre temps certains ont le temps de prendre le pouvoir, d’être élus. Je pense à Jimmy Moralès au Guatemala, acteur comique qui a réussi ce que tente jusqu’ici sans succès Grillo en Italie.

La candidature Macron, la montée de Fillon de plus de 30 % en deux semaines sont pour moi du même acabit, cela n’enlève rien au sérieux qu’elles peuvent représenter par ailleurs. Leur succès témoigne pour moi de la recherche désespérée par une partie de plus en plus large de l’électorat d’un homme providentiel qui casserait la chape de plomb qu’ils ont l’impression de ressentir sur la situation politique de notre pays.

J’avais écrit que cette campagne électorale risquait de nous réserver bien des surprises, je ne suis pas déçu. Et ce n’est pas fini. Nul ne sait si la candidature Fillon tiendra la route jusqu’à dimanche prochain, jusqu’en avril 2017 (1er tour), puis mai (2ème tour), voire avoir une majorité en juin (législatives). On peut voir venir, et retomber aussi vite ou se maintenir, voire devenir hégémoniques, des candidats à la primaire socialiste ou des outsiders (comme Macron). Tout est possible en régime instable, y compris Marine Le Pen.

Mais cette insurrection, cette ébullition de l’électorat pose le problème des limites de notre démocratie qui repose bien trop sur le système électoral représentatif. Car hormis certains hommes providentiels qui tiennent sur la durée (et je n’ai vu à citer que Poutine et Erdogan, Merkel c’est un autre fonctionnement) la déception suit de près l’élection et le mandat se passe, comme celui d’Hollande, comme en un peu moins marqué celui de Sarkozy auparavant, avec un désaveu (justifié ou non c’est un autre problème) de l’opinion publique, surtout avec la manipulation médiatique qui est pour beaucoup dans le lancement et la bashing des personnalités. Car ce fonctionnement qui met en place des hommes qui ont la capacité de convaincre, d’illusionner, juste au moment de l’élection et de décevoir le lendemain, ne permet plus un fonctionnement correct, voire même plus un fonctionnement du tout, de notre système électoral sur lequel repose notre démocratie.

jeudi 10 novembre 2016

MAL A L’AMERIQUE

Juste quelques notes en désordre…

On a mal à l’Amérique après l’élection d’hier. Je repense beaucoup à Brecht, d’abord à sa plaisanterie « quand le peuple vote contre le gouvernement il faut dissoudre le peuple ».

Peu à peu on semble en arriver de plus en plus à ce que je ressentais et redoutais dans cette crise (évolution) de la démocratie, la lente évolution vers des régimes autoritaires. Je pensais à l’évolution de la République romaine vers l’Empire. Aujourd’hui ces régimes semi-démocratiques (car le plus souvent il y a des élections à peu près ou totalement normales) qui amènent au pouvoir ou consolident Poutine, Erdogan, Orban, Duterte, et aujourd’hui Trump. La situation est différente, et on peut repenser à Karl Marx : « tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce ». Et évidemment Trump est un Auguste de cirque à la place de l’Empereur du même nom.

Mais la démocratie ce ne sont pas que des élections. Dans « Télérama » de cette semaine le philosophe Florent Guénard dit que c’est « davantage une manière de vivre qu’une affaire d’institution ». En cela, s’il y a une lassitude, pour ne pas dire plus, du modèle politique traditionnel, il y a au contraire une demande croissante de la manière de vivre démocratique, et donc la crise de la démocratie n’est pas ce que l’on croit le plus souvent.

Après tous ces autocrates démocratiquement élus ou réélus, après le Brexit, tout est possible, y compris pour nous en France l’an prochain aux présidentielles. Il ne faut pas se tromper d’époque : Marine Le Pen n’a rien à voir avec les fascismes des années 20 et 30 et le seriner c’est se battre contre des moulins à vent, pire, lancer le combat dans la mauvaise direction. C’est tout autre chose, et il faut l’analyser sérieusement, cela n’a que de très loin à voir avec « le ventre est encore fécond, d'où a surgi la bête immonde » de Brecht. Et justement, même si c’en est très loin, il est peut être urgent de relire et surtout discuter en fonction de la situation actuelle « La résistible ascension d’Arturo Ui ». Car l’art, et le théâtre particulièrement, est probablement le meilleur moyen de réflexion politique au sens large. Car l’ascension de Trump a bien été ainsi irrésistible, comme celle des politiciens que je citais plus haut, et la montée du Front National s’y apparente elle aussi très bien…

10 novembre 2016

jeudi 1 septembre 2016

MACRON Une nouvelle marque de dentifrice ou une charge susceptible de dynamiter le système politique

Macron qui occupe présentement le monde médiatique a les plus grandes probabilités de finir, comme beaucoup d’autres avant lui au cimetière des illusions perdues. Avec son air de premier de la classe d’un collège huppé qui ne doit pas plus connaître le prix d’un ticket de métro que d’une baguette de pain il n’a rien de plus (et plutôt beaucoup moins) que Juppé ou Bayrou, deux qui sont sur le même créneau que lui. En temps normal l’agitation médiatique devrait retomber aussi vite que le soufflé. Sauf que nous ne sommes pas en temps normal !

Si Macron a une toute petite chance d’avoir un avenir, mais probablement pas du tout celui dont il rêve, c’est que nous sommes en temps de crise profonde, je n’y reviendrai pas.

Je commencerai à rappeler le précédent italien, dont j’ai déjà dit que, pour moi, il était un pays toujours précurseur sur le plan politique. Je rappelle qu’il a inventé le pacifisme dès 1914 (mis à part le Japon, cas particulier et lointain), qu’il a été le premier pays totalitaire, qu’il a été le premier à faire exploser les partis traditionnels, qu’il a été le premier où l’extrême droite fascisante s’est reconvertie au système, jusqu’à participer à des gouvernements. Actuellement le système politique italien a à voir avec l’Empire Romain, après la République. Il y a eu Berlusconi, aujourd’hui Renzi, en embuscade Grillo. Comme dans l’Empire Romain il y a de la place pour les grands (César, Auguste, Justinien…) et pour les autres (Néron, Caracalla, Olybrius…).

Cela pour dire que le système politique français (et en particulier la représentation par deux grands partis le PS et Les Républicains) est près d’exploser et que par hasard Macron pourrait être celui qui allume la mèche. Si le système explose il se reconstituera à l’italienne de manière chaotique, sans la stabilité qui était donné par les grands partis d’hier (en Italie la Démocratie Chrétienne surtout, mais aussi le Parti Communiste). Et nous verrons, plus que probablement, le système médiatique, avec sa vitesse de renouvellement effrayante, faire monter des « Imperators », pour les rejeter aussi vite aux oubliettes. Macron pourrait être le premier.

Quand à gouverner, c’est autre chose. Je rappelai dans un précédent article les trois priorités (pour moi au moins) : une urgence environnementale ; une crise de gouvernance économique et une crise démocratique. Sur ces trois domaines Macron n’a pas plus d’idées, ni de chance de réussir que n’importe quel autre.

Une fois qu’il aurait fait exploser le système l’avenir serait encore plus incertain. Mais on ne sait jamais… L’avenir est toujours imprévisible (dans tous les sens positifs, comme négatifs).

En tout cas on ne s’ennuie pas. On peut sortir du trio Sarkozy – Le Pen – Hollande. Il y a au moins un minimum d’imprévu.

mercredi 24 août 2016

PRESIDENTIELLE

L’élection présidentielle est largement en vue ( de toutes façons étant donné le système actuel quinquennal elle est en vue dès l’élection précédente acquise).

Pour y réfléchir, même si je dois changer d’avis, essayons d’être logique. D’abord quelles seraient les grandes lignes politiques qui me semblent essentielles à faire avancer. Pour moi j’en vois trois que je donne dans le désordre, sans détailler ici. Premièrement une urgence environnementale. L’aveuglement face à la crise est toujours aussi grand et ce ne sont pas les sommets internationaux actuels qui actuellement y changent grand-chose. Deuxièmement une crise de gouvernance économique, les politiques ayant laissé la main des décisions essentielles aux multinationales financières ou à des organismes internationaux, comme l’union européenne, qui pratiquent globalement une politique dans l’intérêt de ce capitalisme financier. Le problème étant comment reprendre la main. Troisièmement une crise démocratique complexe liée autant à la situation actuelle qu’à une évolution générale d’une forme de la modernité vers plus d’autonomie des individus (le mauvais côté d’une bonne chose). Les propositions sont loin d’être évidentes.

Le problème ensuite est celui du résultat prévisible de l’élection. S’il est évident que chaque élection réserve toujours une large part d’inconnu, qui met du sel dans ce monde trop tristounet, il y a quand même des évidences. Les trois, quatre, voire cinq qualifiables sont dans le désordre Le Pen, un Républicain (et pour moi ce sera Sarkozy, que je vois d’ailleurs élu), un Socialiste (certainement Hollande) et pourquoi pas un plus à gauche type Mélanchon, à la rigueur un centriste type Bayrou si Sarkozy est candidat. Les deux derniers, s’ils peuvent éventuellement devancer le socialiste ou le Républicain n’ont quasiment aucune chance d’aller au second tour, encore que le centriste c’est moins sûr, cela serait l’inconnu de ce scrutin. Et le duel prévisible est Républicain - Le Pen avec la victoire du premier (Sarkozy je parie depuis longtemps). Sur ces cinq candidats on ne peut pas dire qu’ils feront avancer grand-chose sur les trois domaines dont je parlais plus haut, sauf si l’urgence de l’actualité avec une pression médiatique les y contraint, et alors peu importe qui sera aux manettes. Pourtant on ne peut quand même pas dire qu’il n’y a pas de différences entre les cinq solutions. Il est évident qu’une élection (et même un grand score, pourtant prévisible) de Le Pen serait catastrophique à bien des égards, sans sombrer dans la paranoïa gauchiste (elle n’est pas nazie, ni même fasciste). L’élection de Sarkozy serait elle aussi, même différemment, préjudiciable. Il suffit de voir son programme, même s’il est fait pour ne pas être appliqué. La division des Français, le retour réactionnaire, au moins au niveau des idées est très profond. Pour les autres si c’est un Républicain type Juppé (mais il va très probablement se faire bouffer par les dents longues et politiciennes de Sarkozy), un socialiste ou un centriste la différence est plus que mince. Un candidat plus à gauche n’aurait aucune chance au second tour, sauf imprévus d’actualité gravissime.

Dans ces conditions le vote est par élimination. Si les trois possibles étaient un Républicain type Juppé, un socialiste ou un centriste l’élection n’aurait pas d’importance et on pourrait voter au premier tour pour un candidat plus marginal (je n’en vois pas pour l’instant, le seul qui me paraissait convenable Hulot s’est désisté, et je le comprends bien). Donc dans le contexte actuel il faudra dès le premier tour voter utile, c'est-à-dire parmi ceux qui vont émerger des primaires ou un centriste qui tenterait de faire tomber Sarkozy.

On va voir ce qu’il en sera alors. Attendons les primaires et leurs conséquences.

mardi 23 août 2016

BURKINI ET LIBERTE

Le débat actuel sur le burkini exacerbe les contradictions de notre époque, d’une certaine manière il pourrit le débat.

D’un côté il y a la ligne de conduite, qui me semble essentielle, de maintenir les libertés, de refuser de les restreindre au nom de la sécurité. En cela l’interdiction du burkini est une régression.

D’un autre côté il y a la lutte pour l’émancipation des femmes, qui est le problème essentiel de la libération et de l’autonomisation des individus. C’est toujours la situation des femmes qui est le critère principal montrant le degré de liberté d’une société. Et là il est certain qu’il faut aider les femmes musulmanes à sortir du lourd assujettissement de leurs traditions (souvent réinventées). Mais cela ne se fait pas par décret, mais par la lutte des idées. Quand on prend un décret, c’est qu’on a perdu la lutte des idées, ou qu’on se sent incapable de la gagner, voire la mener. C’est comme la violence qui est l’arme ultime de ceux qui ne sont pas capables d’avoir raison.

Mais il y a encore un troisième côté qui est l’injonction faite de suivre des normes occidentales, l’exhibitionnisme féminin en l’occurrence, certes nous sommes en Occident.

Mais quatrième face du problème au nom de quoi imposer des normes dans une société qui se veut (et c’est le sens de ce côté de la modernité) celle de l’émancipation de tous.

Et quatrième face (il y en a peut-être encore d’autres) : le problème du communautarisme. Il me semble qu’on ne peut l’éviter qu’essentiellement par des mesures positives et non par des interdictions. Il faut ouvrir l’urbanisme, éviter les ghettos, développer l’éducation des plus défavorisés, insérer par le travail les moins qualifiés. Reste le problème d’une éventuelle immigration beaucoup plus massive prête à venir (et encore plus demain qu’aujourd’hui) du Moyen Orient et d’Afrique devant laquelle il ne faut pas se voiler la face qui peut déstabiliser nos sociétés.

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