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jeudi 12 mai 2016

DEMOCRATIE

DEMOCRATIE

Je voudrai rassembler ce que j’ai déjà écrit de manière dispersée sur la démocratie et peut-être arriver à aller un peu plus loin sur la réflexion.

Commençons par préciser que la démocratie se situe dans le mouvement de la modernité, c'est-à-dire de la libération des individus des contraintes des sociétés fermées et particulièrement de la domination religieuse sur celles-ci. Les idéologies ont été, et sont encore ici et là, un prolongement laïque de cette domination religieuse. Pour qu’il y ait démocratie il faut que les hommes soient socialement libres et égaux. Mais ce n’est qu’une condition nécessaire et naturellement pas suffisante. Pourtant autant la démocratie est en crise, autant le mouvement de libération et d’égalité des individus se poursuit (non sans à coups) dans le monde. La libération des femmes et des mœurs, jamais terminés, en est l’indice marqueur.

Il convient probablement de chercher d’abord quelles sont les autres conditions nécessaires pour bâtir une démocratie. Si on en revient aux philosophes des lumières et aux révolutionnaires tant américains que français, qui y ont beaucoup réfléchi on peut poser différents bases. La première est la taille de la société démocratique. Rousseau pense qu’elle ne peut être que petite, pour que tous les individus puissent réellement y participer. Les sociétés plus importantes ne pouvant être que des fédérations de petites sociétés démocratiques. La deuxième est le problème de la représentation par des élus sous quelque forme qu’elle soit. Beaucoup pensaient que déléguer à des élus n’était pas démocratique et qu’il fallait diriger collectivement, on en revient indirectement à la taille de la société. La base d’une société démocratique pour Rousseau est le contrat social que doivent passer entre eux les individus d’une telle société. Autrement dit il doit y avoir consensus sur le fonctionnement de la démocratie. Force est de constater que nous en sommes loin. Les sociétés qui se disent démocratiques ont une taille ne permettant pas une participation directe des individus, sauf exceptions rarissimes. De plus leur taille ne cesse d’augmenter. Rien qu’en France les pouvoirs passent de la commune à la communauté de commune, du département aux Régions que de plus on agrandit, de l’Etat à l’Europe et à des instances internationales diverses. Dans l’esprit général la représentation par des élus est devenue la marque même de la démocratie, même si de plus en plus de questions se posent sur les élus. Il n’y a aucun consensus social sur le contenu, les valeurs dans nos démocraties. Il n’est même pas recherché. Il n’y a donc pas de contrat social. Cela signifie tout simplement que ce que nous appelons démocratie n’est qu’une forme très éloignée de la société démocratique idéale. Il semble même que nous nous en éloignons de plus en plus (agrandissement de la taille des sociétés, coupure des élus de leurs administrés, ségrégation de la société entre des conceptions différentes avec entre autre, mais pas seulement, la montée du communautarisme).

Autre problème. Depuis 1789, et même la création de la 3ème République nous avons beaucoup avancé dans la voie de la libération et de l’égalité des individus. Il était possible dans un stade quasi intermédiaire d’autonomie de l’individu de lui inculquer une morale sociale, républicaine, de demander une intégration des nouveaux arrivants dans le pays avec acceptation du consensus social. Cela a permis par exemple la mobilisation sans quasiment de refus des soldats en 14-18. Mais aujourd’hui la libération des individus est devenue telle que plus aucune morale, sauf individuelle, n’est possible, ni d’ailleurs justifiable. Au nom de quoi demander et sur quelles valeurs demander l’intégration des nouvelles populations ? En un certain sens le contrat social est devenu impossible.

Enfin il y a l’évolution récente du monde qui rend bien plus difficile le fonctionnement de la démocratie. Depuis le milieu des années 70 du siècle dernier à la fois les Etats ont peu à peu abandonné nombre de leurs prérogatives à des instances internationales (Union Européenne, FMI, Banque Mondiale…) et ont laissé le capitalisme financier créer une oligarchie bien plus puissante que les Etats qui a pris le pouvoir réel sur le monde. Dans ce cadre les Etats sont démunis de la plupart des anciens outils qui permettaient de gérer leur société. L’exemple criant étant la Grèce dont le gouvernement élu a été obligé de pratiquer une politique totalement opposée à celle qu’il souhaitait et pour laquelle il avait été élu. Où est alors la démocratie ?

Contrairement aux discours ambiants nous n’avons jamais eu vraiment de démocratie au sens plein du terme. Et les bases de son fonctionnement sont de plus en en train de s’éroder. Il est inutile de chercher ailleurs la crise politique multiforme qui parcourt le monde dit démocratique. Les peuples errent à la recherche d’une issue. Mais les intellectuels sont silencieux, n’ont pas encore pris la mesure du problème. En fait il y a une sorte de consensus des élites (au-delà des fausses divisions) entre le capitalisme financier mondialisé qui s’enrichit monstrueusement et des élites politiques, économiques, médiatiques, intellectuelles pour justifier la situation actuelle. Le discours peut changer, mais il revient toujours au même. Soit on nous dit on ne peut rien faire. Soit il faut encore aller plus loin sur la voie des abandons multinationaux. Soit il faut rogner les soit disant avantages acquis (c'est-à-dire mettre fin à l’Etat providence). Les financiers mondiaux déversent sur ces élites une manne financière qui n’est qu’une aumône pour eux, mais qui leur donne des salaires pharamineux par rapport au citoyen moyen. Ils achètent le consensus.

La crise de la démocratie se traduit de manière multiforme. Trois tendances principales se dégagent. La première que nos élites appellent dédaigneusement populisme regroupe des tentatives de diverses sortes soit à l’extrême droite soit à l’extrême gauche. Quand il s’agit de l’extrême droite les politiques prônées sont généralement la fermeture des frontières à la fois aux marchandises venues de l’étranger pour défendre la production nationale et aux étrangers, qui servent de repoussoir, un point particulièrement important avec la crise actuelle des migrants. Il s’agit aussi de couper le maximum de ponts avec les instances supranationales, en sortant de l’Euro, voire de l’Europe par exemple. On reconnait là à la fois le Front National français, Victor Orban, le FPO autrichien, la droite polonaise ou slovaque, mais aussi le Tea Party américain. Quand il s’agit de l’extrême gauche on a des tentatives économiques du même genre, mais sans le bouc émissaire des migrants. Nous avons ici autant Podemos que Syriza, Le Front de Gauche français, Jeremy Corbin ou Bernie Sanders. Ainsi que je l’ai dit plus haut Syriza a été empêché de mener sa politique par les instances européennes. L’extrême droite européenne elle a pu imposer quelques points, notamment sur la fermeture des frontières aux étrangers. Sur le plan économique les abandons politiques des années précédentes corsettent les possibilités. Nous verrons avec le référendum anglais ce qui va se passer le mois prochain chez nos voisins britanniques. La deuxième tentative est celle de revenir à des entités politiques plus petites. C’est le problème posé par les tentatives indépendantistes écossaise et catalane, c’est la volonté du Tea Party de diminuer le pouvoir de Washington en donnant plus de pouvoir aux Etats. Jusqu’ici rien n’a été acté en ce sens (à part une paralysie politique grandissante aux USA). Mais si ce n’est peut-être pas la solution à la crise démocratique, qui est bien plus profonde, c’est peut être tout au moins un moyen de l’atténuer quelque peu. Le principe de subsidiarité (ne pas prendre de décision à un niveau si elle peut être prise à un niveau inférieur) est un principe qui va dans le sens de la démocratie, même si la solidarité entre entités riches et pauvres est alors à développer. La troisième tentative est de faire appel à des régimes plus autoritaires, à des leaders charismatiques. Mais ceux-ci n’auront pas plus de pouvoir pour résoudre ces problèmes et d’autre part affaiblir encore plus la démocratie n’aidera en rien à l’améliorer ! Ce n’est qu’une tentative de plus pour faire taire des peuples en révolte. De toute manière on ne peut rien prédire. Ce qui est certain c’est que d’une part, contrairement aux discours majoritaires, la démocratie n’a jamais été que très partielle. Les élites qui prétendent le contraire sont celles qui l’ont en quelque sorte squatté. Et d’autre part toutes les conditions existent pour qu’elle se rabougrisse. Maintenant le pire n’est jamais sûr. La première chose serait de faire prendre conscience du problème et de le mettre au centre du débat public. Les élites, y compris médiatiques, qui ont intérêt à maintenir le consensus, sont un obstacle objectif. Il s’agit bel et bien d’une lutte politique essentielle. Ensuite la vie tranchera…

jeudi 21 avril 2016

CRISE DE LA DEMOCRATIE ET DEPOSSESSION DE SON DESTIN

CRISE DE LA DEMOCRATIE ET DEPOSSESSION DE SON DESTIN

Je commençais hier à lire la dernière parution de la revue « Herodote » et une phrase de Marc LAVERGNE m’a interpellé : « A mettre en miroir le monde arabe du milieu des années 1970 et celui d’aujourd’hui, il semble qu’il soit entré dès cette époque dans une phase de dépossession progressive de son destin, pour passer du statut d’acteur à celui d’objet de sa propre histoire ».

En fait en y réfléchissant je me demande si, au-delà du monde arabe, la plupart des pays dans le monde, depuis le milieu des années 1970, ne sont pas, à des titres et avec des intensités diverses, plus ou moins dans la même situation et si ce n’est pas cela qui entraîne une crise de la démocratie et au-delà impose un nouveau contenu à celle-ci. Le milieu des années 1970 marque l’entrée dans la mondialisation actuelle. Celle-ci se traduit par la prépondérance d’un capitalisme financier de plus en plus internationalisé sur le capitalisme productif. Cela se traduit aussi par l’ouverture de plus en plus grande des marchés de capitaux et de marchandises. Cela se traduit également par la dépossession du pouvoir politique national au profit à la fois du capitalisme financier et d’institutions supranationales (F.M.I., Banque Mondiale, Union Européenne…). Cela se traduit en même temps par un dumping tirant vers le bas les salaires, les conditions de travail, les avantages sociaux (l’Etat providence péniblement bâti pendant le milieu du 20ème Siècle), les impôts sur le capital et les entreprises. L’essentiel pour ce qui concerne cet article est la dépossession du politique de nombre de ses pouvoirs et capacités d’action. L’exemple criant en a été la crise grecque où le gouvernement élu a du, contraint et forcé, faire la politique contraire à celle qu’il souhaitait et pour laquelle il a été élu. Et cela sans solution d’avenir. Les discussions actuelles montrent que les mesures imposées n’ont rien résolu, au contraire, ce qui sautait aux yeux dès le premier jour. Mais cela va bien plus loin. Allons à l’extrême. Même au niveau militaire le monde a totalement changé. Regardons les U.S.A., première puissance militaire, et de loin. Depuis la même époque elle a accumulé défaite sur défaite : Vietnam, Irak, Afghanistan. Elle est loin l’époque où une canonnière étatsunienne suffisait à faire changer un pays de gouvernement.

En fait on s’aperçoit que les Etats ont perdu une bonne partie de leur capacité d’action dans de plus en plus de domaines. C'est-à-dire que la démocratie, tout au moins telle que nous la connaissions avant 1974, tourne de plus en plus à vide. Nous allons assister l’an prochain à des élections présidentielles dans laquelle les principaux candidats vont nous faire des promesses totalement irréalisables parce qu’ils n’auront jamais les moyens de les tenir. Et donc quelque soit l’élu il va donc décevoir en quelques mois. Pour ne pas décevoir il faudrait qu’il ait le courage de reconnaître, avant l’élection, les limites qui seront celles de son pouvoir et qu’il ne fasse donc que les quelques propositions qu’il peut espérer réaliser. Mais ce n’est pas ainsi qu’on est élu ! A moins que la crise du politique prenne une telle ampleur d’ici un an que quelqu’un qui proposerait de telles choses et ait suffisamment de charisme puisse être entendu. C’est plus qu’hautement improbable.

Nous devons donc réfléchir sur la démocratie. Si les Etats ont perdu du pouvoir la démocratie a changé de nature. Pour y réfléchir il faut revenir au fondamental, c'est-à-dire à la montée depuis plusieurs siècles de la modernité, c'est-à-dire à l’autonomie de l’individu. La démocratie, telle que nous l’entendons, n’étant qu’une des formes, certes essentielle, de cette modernité. L’essentiel est donc de maintenir, développer l’autonomie de l’individu et d’abord par la liberté de penser, de s’informer, de débattre. Mais aussi dans la liberté de vivre sa vie comme on l’entend (et particulièrement sexuellement, la sexualité et la place de la femme dans la société étant toujours le thermomètre de l’avancée de la modernité), ce qui jusqu’à présent n’est pas remis en cause, dans nos pays occidentaux tout au moins. De plus la démocratie en elle-même ne se limite pas aux traditionnels partis politiques et aux élections, forme essentielle qu’elle a prise dans notre Occident. L’importance de la société civile, du milieu associatif est par exemple tout aussi importante.

Alors évidemment, comme cette dépossession du pouvoir politique, au moins étatique, n’est pas pensée on assiste à la crise actuelle du politique. Pour tenter d’en sortir nous assistons à des tentatives dans tous les sens. La tendance première est d’essayer de revenir en arrière, dans une société ancienne, où l’Etat avait bien plus de pouvoir. C’est aussi bien le programme du Front National (on ferme les frontières, on sort de l’Euro…). Mais on trouve bien des aspects des mêmes propositions dans les extrêmes gauches (de Podemos à Syriza en passant par Mélenchon). Mais c’est aussi l’Etat Islamique qui veut revenir au passé fantasmé des premiers califes de l’Islam. On ne refait pas l’histoire. On ne reviendra pas en arrière, il faut inventer le futur. Toutes ces tentatives sont vouées à l’échec. L’autre tendance à l’opposée de la première est la fuite en avant, c'est-à-dire déléguer encore plus de pouvoir au supranational en espérant que celui-ci saura résoudre les problèmes, puisqu’il a plus de pouvoir que les Etats seuls. Outre que c’est un abandon démocratique, c’est une politique des plus risqués. C’est ce qui nous a amené aux difficultés actuelles. Il est plus que probable que chacun continuera à jouer pour soi, en se servant du niveau supranational pour cela. Il faut arrêter d’être bêtement idéalistes et raisonner géopolitiquement. Une autre tendance est de donner plus du pouvoir au plus près. Ce sont les tentatives sécessionnistes tant de Catalogne que d’Ecosse, mais aussi du Tea Party étatsunien qui veut donner le maximum de pouvoir aux Etats et le minimum à Washington. Redonner du pouvoir au local par le principe de subsidiarité n’est peut-être pas sur le fond une mauvaise chose. Certains autres pensent qu’il faut un gouvernement plus fort, avec une personnalité charismatique, un semi-dictateur en quelque sorte. Mais le problème n’est pas qui gouverne, mais que faire. Ce n’est pas pour l’essentiel la peur des élections prochaines qui paralyse le politique, même si cela peut jouer à la marge, mais c’est bien la dépossession des Etats de nombre de leurs pouvoirs. Alors que reste-t-il ? Je ne sais pas. Sauf que la première chose est de dire les choses, de les analyser, de les discuter. Car le pire aujourd’hui est le non dit, le refus de voir la réalité. Nommer, expliquer c’est déjà agir. Il faut reconnaître que la démocratie a changé pendant ces quarante dernières années, que l’Etat a perdu de ses pouvoirs, et qu’il semble bien qu’il y ait peu de chances, sauf crise qui ferait exploser le supranational, pour qu’il en retrouve beaucoup d’ici peu. Il faut faire avec. Nous allons assister à ces prochaines présidentielles au triste défilé de candidats qui nous proposeront des actions impossibles, une relance d’une croissance impossible, au lieu de se fixer des objectifs réalistes et limités. La crise du politique n’est pas finie ! Mais l’avenir n’est pas écrit. Qui aurait dit en 1974 que nous en serions là aujourd’hui ? Continuons à regarder, réfléchir, débattre. C’est l’essentiel. On verra au cas par cas.

lundi 28 mars 2016

GLOBALISATION ET DEMOCRATIE à partir du N° 189 du « Débat ».

GLOBALISATION ET DEMOCRATIE à partir du N° 189 du « Débat ».

Dans le dernier numéro du « DEBAT » beaucoup d’articles très intéressants tournent autour des problèmes de la globalisation (prise ici dans le sens de mondialisation financière) et de la démocratie. Je dirai que ces articles traitent surtout des causes des problèmes et très peu, à la marge, des solutions, et que pour la plupart celles-ci me paraissent difficilement réalisables. Mais ne savons nous pas que l’avenir est imprévisible et donc que notre optimisme ou pessimisme n’a aucune raison d’être ? Heureusement, car la gravité de la plupart des diagnostics, comme la faiblesse des solutions possibles n’inciterait guère à l’optimisme.

Je commencerai par un des articles qui me semble le plus important celui de François MORIN qui reprend l’analyse de son livre « L’Hydre mondiale : l’oligopole bancaire ». Je dirai d’abord que, comme le dit Marcel GAUCHET dans son analyse, étant non spécialiste ce sont les idées essentielles de l’analyse et ses conséquences dont je peux seulement parler. En gros François MORIN confirme par son étude financière détaillée le constat que nous sommes nombreux à faire. Depuis le milieu des années 70 du siècle dernier le capitalisme s’est transformé avec le phénomène de mondialisation (production mondiale des marchandises suite à l’ouverture des marchés) et surtout la globalisation (constitution d’une puissance financière mondiale qui domine l’économie et à qui le pouvoir politique a laissé les clés des principaux pouvoirs). François MORIN rappelle les éléments clés de cette transformation : séparation du lien entre dollar et or avec l’introduction de la flottabilité des monnaies ; libéralisation des taux d’intérêt ; indépendance des Banques centrales par rapport au pouvoir politique là où ce n’était pas le cas ; création de produits dérivés qui prennent le pas sur la production matérielle ; financiarisation des entreprises ; création d’un oligopole d’une petite vingtaine de grandes banques mondiales. Le pouvoir de cet oligopole est devenu sans aucune contre partie. On l’a vu avec la crise des subprimes de 2007, comme avec la crise grecque. Comme on ne peut pas laisser les banques couler les Etats leur ont racheté les produits toxiques qu’ils leur avaient laissé créer et la dette bancaire est devenue la dette des Etats (une grande partie de la dette qu’ils reprochent aujourd’hui aux Etats). Et cela sans qu’aucune mesure sérieuse ne soit prise pour éviter que l’oligopole bancaire continue sa politique de développement anarchique et énorme de produits dérivés. L’ouverture imposée des marchés de marchandises, comme financiers, sans qu’un contre pouvoir ne puisse s’y opposer, ni même la limiter, entraîne naturellement le dumping, dans tous les secteurs. Dans celui des marchandises : on produit dans les Etats qui ont les plus basses conditions salariales et sociales. On tire vers le bas les salaires et les conditions de travail, en augmentant notamment la précarité. Dans le domaine fiscal on diminue les impositions du capital pour attirer les centres financiers qui produisent les bénéfices imposables (en truquant le plus possible les bilans pour défiscaliser au maximum). Les Etats se voient contraints de baisser leur imposition, tant des entreprises que des très hauts revenus, qui d’autre part explosent, pour tenter de retenir ou d’attirer les entreprises. En même temps, comme ils doivent absorber les dettes bancaires les Etats se voient sommés, pour tenter d’équilibrer leurs budgets, de faire des économies. Ils ne peuvent donc les faire qu’en pressurant fiscalement les classes moyennes et en diminuant les prestations sociales. C’est tout l’équilibre de l’Etat providence, mis en place dans les décennies précédentes (retraites, sécurité sociale, assurances chômage, mais aussi l’école, la santé, la police, la justice, la Défense Nationale), qui est systématiquement remis en cause. Le cas de la Grèce illustre le plus caricaturalement cette politique. On prête à l’Etat grec, uniquement pour qu’il rembourse les banques, en lui demandant de réduire les salaires et toutes les prestations sociales, et donc en le mettant dans l’impossibilité de rembourser demain ces dettes, qui gonflent monstrueusement sans cesse, l’obligeant à continuer à s’endetter sans cesse et à approfondir l’austérité. La volonté politique du peuple et du gouvernement grec s’est trouvé dans l’impossibilité de trouver ne serait ce que le début d’une solution. Jusqu’où cela ira-t-il ? En parallèle, avec l’autonomie des Banques centrales les Etats ont perdu la souveraineté monétaire. Certes ils ont pu en abuser dans le passé, mais aujourd’hui c’est dans l’intérêt seul de l’oligopole financier qu’agissent les Banques centrales, l’abus en sens inverse est au moins aussi flagrant.

François MORIN n’esquisse en solution pour éviter le cataclysme financier que la mobilisation citoyenne. Michel ROCARD et Marcel GAUCHET tous deux soulignent la grande importance de l’étude de François MORIN. Par contre sur les solutions Michel ROCARD ne parle que d’une mutation rendue possible par une élévation du niveau intellectuel et Marcel GAUCHET de l’organisation et de la coopération des démocraties. Il insiste d’ailleurs sur la nécessité de changer totalement le fonctionnement de l’union européenne, qui plus que tout autre, a laissé libre cours à l’ouverture et à la concurrence, et donc aux dumpings salariaux, sociaux et fiscaux.

Wolfgang STREECK va au-delà de l’analyse scientifique de l’évolution et l’état actuel de la globalisation fait par François MORIN. Il se pose la question de la fin du capitalisme. Fin non pas par révolution, mais probablement, pour lui, par une sorte d’épuisement et forcément le remplacement par quelque chose qui n’est pas encore compris ou qui s’il est en route est encore impensé. Il commence par noter trois symptômes sur le long terme: déclin du taux de croissance économique, hausse de l’endettement général et montée des inégalités. Et tout cela alors que l’argent coule à flot au niveau financier. Il s’inquiète aussi du futur de la démocratie. En effet la situation engendre forcément des oppositions, sous des formes les plus diverses, à l’utopie libérale, sur laquelle repose l’économie capitaliste actuelle (la libéralisation la plus grande possible des marchés de marchandises et financiers). Dans un premier temps la démocratie a été d’une certaine manière désarmée en enlevant au politique les pouvoirs réels de décision économique et financière (c’est d’ailleurs le politique lui-même qui s’est désisté de ses droits). On l’a vu avec la crise grecque. Le gouvernement grec n’a eu aucune marge de manœuvre. Mais cela risque de ne pas suffire avec la montée des populismes de droite et la remise en cause par une gauche radicale du système lui-même. Les pressions s’accumulent donc pour dessaisir encore plus les Etats de leurs dernières prérogatives et/ou pour s’accorder sur la prétendue supériorité économique de régimes autoritaires (voyez la Chine qui aurait pu progresser car elle n’aurait pas eu à se soucier de ses électeurs ! ). Pour Wolfgang STREECK le capitalisme a évolué en grande partie grâce à ses oppositions. On est parti du capitalisme du début du 19ème siècle avec la situation misérable des ouvriers (horaires d’au moins 12 H, enfants au travail, aucune sécurité, salaires de misère, conditions de vie inhumaines) à un capitalisme fordien, à une acceptation de l’Etat providence grâce à la lutte des classes, à la création et l’action des syndicats, aux luttes ouvrières, aux partis de gauche, à l’action des Etats (pensons au New Deal) qui ont amené peu à peu le capitalisme à évoluer, vers ce qu’il était au moins dans nos pays occidentaux vers 1975. Or depuis le milieu des années 70 du siècle dernier le capitalisme n’a plus d’ennemis en face de lui. Le capitalisme financier qui dirige le monde est international. De plus il gagne de l’argent quasiment hors sol, totalement déconnecté de la production réelle. Les partis révolutionnaires se sont effondrés, les syndicats sont bien faibles et là où ils subsistent leur action reste nationale et donc ne peut s’opposer à l’oligopole financier. Les Etats ont abandonné leurs capacités d’action. Quand ils se sont groupés, comme dans l’Union Européenne, c’est pour se fixer des règles de fonctionnement les plus conformes à l’orthodoxie néolibérale. C'est-à-dire que le capitalisme financier qui dirige effectivement notre monde n’a plus personne pour s’opposer à lui, même pas pour le limiter. C’est une sorte de machine folle qui s’autoalimente et dont on supprimé les freins. Wolfgang STREECK analyse cinq désordres systémiques du capitalisme actuel devant lesquels il est impuissant. La stagnation qui gagne peu à peu le monde entier ; la redistribution oligarchique avec des élites ultra-minoritaires qui s’enrichissent au delà du raisonnable (les 1 %) alors que le chômage et les conditions de vie et de travail dégradées commencent à gagner jusqu’aux couches moyennes ; le pillage du domaine public avec les privatisations, le dumping fiscal, les atteintes à l’Etat providence, l’endettement croissant de l’Etat pour sauver les banques ; la corruption organisée par les Banques (agences de notation payées par les émetteurs de titres toxiques, banques qui démarchent des clients pour tromper le fisc, paradis off-shore) et l’anarchie mondiale car il n’y a plus aucun pilote dans l’avion, d’où la multiplication des crises qui se résolvent par l’endettement croissant des Etats pour sauver ce qui est trop gros pour couler. Je l’ai dit Wolfgang STREECK pense que la fin du capitalisme va arriver, arrive peut être déjà et donnera un nouveau monde aujourd’hui inimaginable. Je pense à la série télévisée « TREPALIUM » qui décrivait une société de 20 % d’actifs protégée par un mur des 80 % de chômeurs, dont la fin était très décevante, mais nul ne sait prédire l’avenir. La science fiction a la capacité de mettre en garde sur l’avenir déjà à l’œuvre en sourdine dans nos sociétés.

Dans le même numéro du « DEBAT » deux autres articles sont pour moi des contre feux à la critique de la globalisation financière. Annick STETA défend l’autonomie des Banques centrales au motif que quand le politique les dirigeait il faisait fonctionner la planche à billet inconsidérément. Il me semble que les inconvénients de la fausse autonomie de ces Banques est au moins aussi grave. Sans compter que c’est une fausse autonomie, car elles sont en fait au service quasi exclusif des grandes banques mondiales. Charles Goodhart, Manoj Pradhan et Pratyancha Pradeshi pensent qu’un retournement démographique en cours, avec le vieillissement de la population résoudra les problèmes. C’est totalement oublier la puissance jusqu’ici sans opposition de l’oligopole financier, qui est une réalité nouvelle et inédite et a les moyens de fixer ses règles, quelle que soit la situation démographique De toute façon la finance s’est déconnectée de l’économie réelle. C’est oublier aussi la crise écologique liée à la démographie qui va continuer à progresser pendant au moins plusieurs décennies. De plus ce retournement démographique moyen cache bien des biais qui peuvent le faire se retourner rapidement, ce que j’ai déjà écrit.

Alors, bien sûr, tout cela pose le problème de la démocratie, comme je l’ai déjà évoqué. Une démocratie dont on a rogné les ailes en enlevant au politique une grande partie de ses capacités d’action. Mais les élections, les Etats et les partis politiques ce n’est pas toute la démocratie, surtout à l’heure d’Internet. A l’heure de la montée irrésistible de l’individualisme les opinions publiques ont, que ce soit dans le bon au mauvais sens, de plus en plus de pouvoir. François CORNUT-GENTILLE pose de manière intéressante certains aspects du problème de la démocratie, en ne le liant certes pas directement aux problèmes de la finance mondiale, mais d’une manière intelligente, courageuse, non dogmatique, ouverte, qu’il faut souligner chez un homme politique de droite. Le premier point du diagnostic qu’il porte sur la situation actuelle est lié à l’impuissance publique dont il situe la cause dans une absence de diagnostic ou des diagnostics erronés. Les mesures proposées et prises par les gouvernements ne solutionnent alors en rien les difficultés. On attend par exemple la croissance qui ne peut pas venir. Deuxième point nous utilisons pour la situation actuelle des outils du passé et donc dépassés. Troisième point avec la médiatisation et l’instantanéité de la communication se sont développés ce qu’il appelle des marques (lobbies, nombreux individus) qui défendent bruyamment leur intérêt propre et imposent par sondages et médias des mesures ne correspondant pas à l’intérêt général. Cela a tué le débat, la recherche de l’intérêt général. Il n’y a plus que la réponse à la dernière manifestation bruyante d’une marque (les bonnets rouges, la manif pour tous, les pigeons, BHL…). Pour réveiller le débat il propose que ce soit le parlement qui, au-delà de sa fonction parlementaire, ait ce rôle, en prenant le temps. Si le diagnostic est intéressant et courageux je ne suis pas bien sûr, ni que ce soit ce qui satisferait la population, ni que les parlementaires, tels qu’ils sont, soient capables de le mener sans sectarisme politicien.

Ce numéro du « DEBAT » apporte donc essentiellement par les articles de François MORIN et Wolfgang STREECK à la fois une confirmation sérieuse du pouvoir néfaste de l’oligopole financier et de la complexité de le contrer. Tout cela influe, crée en grande partie, la crise démocratique. Le débat continue ! Car une des principales armes du combat est une arme intellectuelle. C’est l’idéologie dominante qui fait croire qu’il n’y a pas d’échappatoire à la libéralisation totale de la circulation des marchandises et des capitaux, qui fait croire que la puissance financière de l’oligopole mondial est telle qu’il est impossible de s’y opposer, qui fait croire que ce n’est qu’un mauvais moment à passer, que nous allons tous avec certes des soubresauts, vers un monde de couches moyennes, qui fait tout pour tenter de faire croire que nous sommes tous unis sur le même bateau et que la lutte des classes n’existe plus, qui fait croire qu’en nous ouvrant ainsi économiquement nous aidons le développement des pays du sud, que nous serions coupables d’avoir étouffé pendant des siècles. Cette idéologie envahit tout. Elle est presque totalitaire, elle discrédite et étouffe toute pensée qui s’oppose à elle. Le combat contre elle est indispensable. Il ne faut jamais la laisser sans réponse. Des réponses multiples, y compris des réalisations concrètes, sont en œuvre partout dans le monde. Il faut les rendre publique, les unifier. Ce combat intellectuel est le plus important. Tous les changements qui sont intervenus dans le monde l’ont toujours été, non pas mécaniquement parce que les conditions matérielles le permettaient, ce qui est une condition certes nécessaire mais insuffisante, mais quand la pensée a permis de les concevoir, pour enfin les réaliser.

Un dernier mot pour dire qu’il faut se méfier plus que tout de tous les pièges qui nos sont tendus. Un des plus grossier, mais il marche si bien, est de nous faire croire que puisque les solutions viendront d’actions unies, même divergentes en apparence, au niveau global il faut abandonner encore un peu plus de souveraineté à des organismes supra nationaux. C’est ainsi qu’on nous a vendu le sauvetage de l’Euro. Il fallait abandonner de la souveraineté nationale à la Banque Européenne. C’est toujours un piège grossier. Tous les regroupements d’action ne doivent se faire que sur un ou quelques objectifs précis, sans jamais déléguer à un organisme supra national.

dimanche 13 mars 2016

LES FEMMES DU KURDISTAN

Mardi Arte diffusait un très intéressant reportage de Mylène SAULOY « Kurdistan, la guerre des filles » qui ouvre beaucoup de questions. Nous voyons ces camp du P.K.K., totalement féminins, qui se sont crées dans le refuge du Kandil, au Nord de l’Irak après les arrestations qui se sont multipliées en Turquie. Elles revendiquent et pratiquent une totale émancipation des femmes. Depuis le début du conflit avec l’Etat Islamique elles sont à la tête de la lutte contre lui, et les plus efficaces, pour défendre les Yézidis, les chrétiens du nord de la Syrie notamment et créer des groupes de combattantes femmes de ces communautés. Tout cela pose nombre de questions. Il est évident que le P.K.K. est un parti sectaire à tendance totalitaire. Il prône la lutte armée pour créer un Etat Kurde et alimente la terrible répression turque contre lui. La violence et l’intolérance des deux côtés s’auto engendrent. En même temps le fait que, contrairement à partout ailleurs au Proche Orient, ce soient les femmes qui soient à la pointe du combat, et surtout par la manière dont elles le font : s’autonomisant, prônant et pratiquant la totale émancipation des femmes, leur éducation, mais aussi la rééducation des hommes ; cela ne peut que changer la nature des choses. Rappelons que le problème de l’égalité et de la liberté des femmes est toujours le problème central de la modernité. C’est autour de lui qu’elle se construit, c’est contre lui qu’elle se combat (L’Etat Islamique en étant la pointe extrême). Que des groupes de femmes, utilisant tant la tradition relativement féministe de leur communauté que la laïcité introduite par Atatürk, soient en train de s’autonomiser, de lutter pour l’autonomie des femmes de la région, est forcément un nœud important de cette avancée lente, séculaire et tortueuse de la modernité. Il ne peut qu’interpeller fortement, surtout à l’endroit où il se produit. De la même manière il ne peut que moduler le caractère sectaire et totalitaire des mouvements auxquels il appartient. Il y a plus de questions que d’affirmations à avoir en ce domaine, mais le sujet doit être suivi et la lutte de ces femmes doit être soutenue. Le soutien étant d’ailleurs le meilleur moyen d’ouvrir la possibilité de les intégrer non pas à notre démocratie occidentale (vision néo colonialiste), mais à une ouverture dans le débat des idées.

13 mars 2016

lundi 29 février 2016

LIBERTE DE CIRCULATION

LIBERTE DE CIRCULATION

Nos ultra libéraux tentent (et hélas souvent y arrivent) à nous imposer la libre circulation des marchandises et des capitaux. Pire ils cherchent à nous faire admettre que c’est le nec le plus ultra de la liberté et la dernière des évidences de la modernité. Tous ceux qui s’y opposent, ou tentent de s’opposer, ne serait ce qu’à certains aspects, sont traités de réactionnaires et de ringards. Par contre les frontières se ferment aux hommes et la liberté de circuler et de s’installer où on se souhaite est refusé, tout au moins aux hommes originaires des pays pauvres. Car s’il est évident qu’un occidental qui en a les moyens peut voyager partout dans le monde, s’y installer (parfois à ses risques et périls, mais c’est un autre problème), on essaye par tous les moyens d’entraver les migrations (c’est ainsi qu’on les appelle) des plus pauvres. Conclusion dans le monde capitaliste l’homme vaut moins que la marchandise et les capitaux… Nos ultralibéraux modernes finiraient par nous faire devenir plus radicaux que Marx !

lundi 25 janvier 2016

MISERE SEXUELLE ET RAPPORT MALADE AU CORPS ET AU DESIR

MISERE SEXUELLE ET RAPPORT MALADE AU CORPS ET AU DESIR

Michel Guerin dans « Le Monde » rapporte l’écrit de l’écrivain algérien Kamel Daoud : « En Occident, le réfugié ou l’immigré sauvera son corps mais ne va pas négocier sa culture avec autant de facilité. Sa culture est ce qui lui reste face au déracinement et au choc des nouvelles terres… Il faut offrir l’asile au corps mais aussi convaincre l’âme de changer. L’Autre vient de ce vaste univers douloureux et affreux que sont la misère sexuelle dans le monde arabo-musulman, le rapport malade à la femme, au corps et au désir. L’accueillir n’est pas le guérir. » Je suis partiellement d’accord avec cet écrit. Je pense effectivement que le problème qui est posé par l’intégration des immigrés et réfugiés est l’intégration culturelle. Cette différence culturelle qui, poussée à bout, amène aux crimes de Cologne la nuit du 31 décembre dernier. Je suis d’accord aussi sur le fait que pour intégrer il faut demander à l’autre de changer, au moins dans les comportements, sinon dans l’âme elle-même. Je suis moins d’accord sur cet univers douloureux qui serait une misère sexuelle et un rapport malade à la sexualité. Les sociétés arabo-musulmanes se sont construites comme toutes les sociétés sur des inconscients sexuels, avec comme partout une place secondaire réservée à la femme. La crise de ces sociétés pousse beaucoup d’individus et de courants dans ces pays à chercher à retrouver une identité ancienne mythifiée dans laquelle cet inconscient sexuel est exacerbé. Ceux qui arrivent ou sont déjà chez nous, parfois depuis plusieurs générations, en sont marqués, d’autant plus qu’ils se sentent souvent, à tort ou à raison, discriminés chez nous et que la situation explosive de leur région d’origine les interpelle. Plus que de parler de misère sexuelle et d’un rapport malade à la sexualité je préfèrerais parler de cet inconscient sexuel qui les imprègne et qui est en crise devant la monté de la modernité, c'est-à-dire l’autonomie, la liberté et l’égalité des individus, et donc des femmes. Montée de la modernité directement chez nous, pays d’accueil, mais aussi indirectement chez eux, car avec la mondialisation elle devient, même de manière contradictoire et contrastée, un chemin déjà en partie emprunté, autant désiré que craint.

Et c’est là qu’est le véritable problème de l’intégration à notre société. Si nous voulons rester une société de liberté et d’égalité des individus, nous devons refuser tout ghetto. C’est pourquoi le communautarisme est un très grave danger. Si on laisse se former des communautés relativement fermées qui s’émancipent des fondements des Droits de l’Homme que nous avons mis plus de 200 ans à conquérir nous abdiquons, nous revenons en arrière dans l’Histoire. C’est pourquoi il faudrait une véritable politique d’intégration avec une grande mixité des populations. Ce qui est déjà en partie le cas, ne voyons pas tout en noir. Plus nous nous refermons devant ce qui semble étranger (et certains je le disais depuis plusieurs générations), plus nous laissons se constituer des communautés qui maintiennent un mode de pensée et de fonctionnement contraire à nos principes de Droits de l’Homme et de laïcité, plus le communautarisme prospèrera. Il est donc nécessaire d’accueillir, mais pas n’importe comment. Nous ne pouvons accueillir, et il faut le dire quitte à en être critiqué, trop de monde à la fois, sans risquer de rater cette intégration indispensable. Nous ne pouvons non plus accueillir sans exiger des nouveaux arrivants (mais aussi des anciens toutes origines confondues) le respect des Droits et des Devoirs dans notre pays, et notamment le respect des règles de liberté et d’égalité de tous, et en particulier les femmes, le point crucial partout et toujours. On ne peut demander aux gens de changer leur mode de pensée, mais on doit leur demander un comportement qui respecte nos principes républicains. A la limite, c’est du Droit, c’est le respect de la loi.

Le débat actuel sur la laïcité est important, même s’il véhicule souvent tout et n’importe quoi. D’une part la laïcité doit être ouverte, absolument pas antireligieuse, mais au contraire la possibilité pour chacun de vivre sa religion ou son athéisme, sans inférer sur la sphère de la politique et du social. Car il existe un certain intégrisme de la laïcité qui a toujours voulu la transformer en arme antireligieuse. Par contre la laïcité c’est aussi demander à chacun de respecter la liberté et l’égalité de chacun, et des femmes en particulier. C’est toujours là le nœud du problème. Car il n’est pas question non plus d’une laïcité bisounours, comme disent certain, qui laisserait prospérer sur notre sol des communautés, des discours, y compris dans des lieux religieux, qui appelleraient à s’opposer aux règles des Droits de l’Homme que nous avons eu tant de mal à conquérir. La laïcité est ouverte à tous, car elle permet la liberté, l’égalité et l’épanouissement de chacun, en le libérant des contraintes, mais elle est aussi un combat contre les ennemis de cette liberté/égalité. Un combat qui demande que face à chaque problème qui se pose (le voile oui ou non, et si oui où, etc.) on débatte, on réfléchisse, on décide ce qui semble le plus opportun, et toujours dans le sens de respecter et de développer la liberté et l’égalité de tous, sans intégrisme, ni angélisme.

Il ne faut être ni exagérément optimiste, ni pessimiste. D’une part le désir d’autonomie des individus, de liberté et d’égalité est profond, même s’il est parfois profondément caché. D’autre part le changement demandé qui porte sur l’inconscient des individus, leur vision et conception du monde est tellement fondamental qu’il faut être bien conscient qu’il ne peut se faire facilement ni rapidement. D’autant que nous vivons une crise écologique et démographique. Et d’autant que nous sommes à un moment où la mondialisation financière capitaliste bouleverse tout le politique, l’économique et le social.

vendredi 8 janvier 2016

FRANCE : QUESTIONS SUR LE FAIRE SOCIETE ET LE COMMUNAUTARISME.

FRANCE : QUESTIONS SUR LE FAIRE SOCIETE ET LE COMMUNAUTARISME.

Maintenant que je pense avoir un peu compris la situation générale de la nature, de l’évolution des sociétés et les caractéristiques de la situation actuelle je veux en revenir à la France d’aujourd’hui en route vers demain. Je reprends l’interrogation que j’ai formulée dans l’article précédent : un problème nouveau qui nous est posé est comment faire société dans la libération la plus grande des individus, quand valeurs et morale ne sont plus que des données personnelles. Nous allons devoir l’inventer. Pour l’instant je pense que je n’en suis qu’au niveau de poser des questions, de chercher les questions qui se posent.

J’ai beaucoup erré dans les réflexions sur les différentes crises qui secouent la France. Je pense que la principale est la crise politique, crise de la démocratie peut-on dire. J’aimerai que Marcel Gauchet publie le 4ème tome de son étude de la démocratie qui doit justement en parler, allant de 1974 à nos jours. Je ne m’étonne guère qu’il tarde, je pense qu’il doit être, lui aussi plein d’interrogations. Son récent débat sur ce sujet avec Alain Badiou il y a un peu plus d’un an m’avait déçu. J’ai cru comprendre qu’il attendait d’un mouvement populaire le renouveau de la Démocratie. Je ne vois pas bien une telle issue. La crise de la démocratie est double. Il y a la crise conjoncturelle due au désamour populaire des partis de gouvernement qui semblent impuissants à résoudre les problèmes, qui semblent même nous dire : sur l’essentiel on ne peut pas grand-chose. Elle conforte pour l’instant un mouvement populiste, l’abstention et le Front National, mais si grave soit-elle, elle est pour moi seulement conjoncturelle. La crise de la démocratie, la plus fondamentale, est pour moi liée à l’advenue quasiment totale de la modernité. Je le sentais depuis longtemps, mais j’ai bien compris maintenant que la libération sexuelle terminée avec le mariage pour tous est la preuve de sa totale advenue, puisque la sexualité est ce qui marque au plus profond le subconscient des hommes pour faire société. Tant que la libération des individus était suffisante, mais pas totale on pouvait leur imposer des valeurs générales (défense de la Patrie par exemple en 1914), on pouvait construire quelque chose qui pouvait ressembler à un contrat social à la Rousseau. Mais maintenant que les individus sont totalement libres, et donc sans valeurs et morale autre que personnelles, la question est toute autre. Et c’est la première question, l’essentielle. Peut-on faire société dans ces conditions ? S’il est possible de faire société ce sera de toutes façons une société totalement différente du passé puisqu’elle ne se basera plus sur le politico-religieux (le religieux avait été hier remplacé par l’idéologique, mais c’était équivalent) ni sur ce que j’appellerai dans ce texte l’inconscient sexuel au sens large, c'est-à-dire le rôle des deux sexes dans le travail, la famille, la vie sociale et politique, les pratiques sexuelles, interdits, obligations et tabous qui est enraciné dans l’inconscient des individus et auquel il se soumet sans le discuter, parce qu’il lui parait évident. Pourra-t-on encore parler de société ou le concept sera tellement différent qu’on lui donnera un autre nom ? Qu’est ce qui fera le ciment interne à la société ? Sera-t-il encore possible de savoir qu’on appartient à telle société et qu’ailleurs et autour il y en a d’autres, qu’est ce qui les distinguera ? Mais y arrivera-t-on ou alors y aura-t-il désagrégation et vers quoi ?

Un deuxième type de question se pose lié au danger du communautarisme. La France s’est toujours enrichie de flux migratoires. Pour ne revenir qu’aux deux derniers siècles qui ont vu la construction de la démocratie, il y a eu en désordre : des Juifs d’Europe de l’Est ou d’Allemagne, des Polonais, des Italiens, des Portugais et plus récemment les pieds noirs européens ou juifs maghrébins. Et maintenant nous avons des communautés importantes issues d’Asie (l’ex Indochine française ou la Chine), du Maghreb ou d’Afrique subsaharienne. Précisons tout de suite que quoi qu’on fasse on ne limitera pas, ou seulement à la marge, l’immigration demain, quand bien même le Front National aurait le pouvoir. La crise des migrants nous montre que le problème est bien d’actualité. Chacun est venu avec sa personnalité marquée par sa société, sa culture, son inconscient sexuel au sens large. Il n’était pas synchrone avec la réalité du peuple français. Précisons que cette réalité était et est toujours très diverse. Nous avons toujours des intégristes religieux et des opposants à l’avortement, au divorce, à la contraception et au mariage pour tous parmi les bons français de souche. Mais il y avait, et a, un état d’avancement moyen de la société autour duquel, de manière souvent conflictuelle, on finit par se retrouver. Je pense que nous n’avons pas vraiment saisi ce fossé déboussolant que nous avons demandé de franchir aux migrants. Ils ont pour la plus grande part fait des efforts hautement méritoires d’intégration. Eux aussi venaient de sociétés où le niveau de libération de l’individu était très variable. Ils voulaient réussir et ont adopté, plus que bien des Français de souche le catéchisme républicain jusque dans les années 60, 70 du siècle dernier. Ensuite il y a eu plusieurs phénomènes concomitants : la crise de la démocratie qui s’est ouverte dont j’ai parlé en premier ; une immigration de pays aux cultures bien plus éloignées ; une communautarisation liée en partie à la montée du chômage.

Bon nombre d’étrangers adoptent rapidement le mode de vie autonome des Français, mais beaucoup ne l’avaient-ils pas déjà chez eux, et ne sont-ils pas venus ici en partie pour cela. Cette intégration, y compris avec de nombreux mariages mixtes saute aux yeux dans les rues de nos villes. Mais pour un certain nombre d’autres, nous nous trouvons face à des communautés en constitution, voyons les choses en face. Des jeunes français de deuxième, voire troisième génération pensent reprendre la culture que la première génération a cherché à abandonner. Ce retour au passé, à un inconscient sexuel au sens large (notamment la place des femmes rabaissées par rapport aux hommes, avec le voile comme emblème) est facile à interpréter. Il y a tentative de faire communauté en tentant de revenir à un passé mythifié, à une société fermée par un inconscient sexuel au sens large. L’importance de l’économie est réelle. S’il n’y avait pas eu de chômage les choses auraient peut être pu être différentes. Mais l’économie est toujours secondaire face à la culture et c’est elle qui refait surface une ou deux générations après. Sachons le comprendre et agir en conséquence. D’une façon certaine il faut tout faire pour briser le piège du communautarisme qui amènerait à créer en France des sous-sociétés fonctionnant avec des principes que nous avons rejeté, et j’espère bien définitivement. Il y a donc une fermeté à avoir sur certains principes à fixer. La liberté des femmes, l’égalité homme/femme ne se discute pas partout sur le territoire français. Mais il faut aussi comprendre que l’avenir d’une France qui peut continuer ou non demain à faire société se joue en grande partie ici. D’où l’importance qu’il y aurait d’abord à accorder les plus grands soins à l’éducation et à l’emploi dans ces milieux. D’où la délicatesse qu’il faut employer pour dénouer les problèmes. C’est par l’éducation, la mixité des populations qu’il faudrait imposer le plus possible partout, que l’on pourrait tenter d’avancer, par l’exemple, par le débat, par la culture et non pas par le dictat. Fermeté sur les principes et délicatesse nécessaire ce n’est pas facile. Surtout dans la France d’aujourd’hui, mais c’est le prix à payer si on veut espérer continuer à faire société. Sans cela nous allons, au moins partiellement, nous communautariser, nous diviser, ce qui serait la victoire tant des communautaristes que du Front National. Sans cela nous ne ferons pas société, sans cela la démocratie est en grand danger. Mais n’oublions pas que nous pouvons nous servir du puissant levier qui est fait de ces millions d’étrangers de toutes origines parfaitement intégrés et à l’aise dans notre pays, critiques aussi, mais c’est bien justement parce qu’ils sont bien intégrés.

mardi 15 décembre 2015

RETOUR SUR L’EUROPE

RETOUR SUR L’EUROPE

Le dernier numéro de la revue le « Debat » porte en grande partie sur l’Europe. Trois articles m’ont particulièrement interpellé. Un article de Coralie Delaume sur la Banque Centrale Européenne, un article de Dieter Grimm sur la Cour de Justice Européenne et un de Sophia Mappa sur la crise grecque. Ils apportent en particulier pas mal de précisions sur les mécanismes qui ont permis le corsetage des politiques nationales.

Tant la B.C.E. que la C.J.E., qui sont totalement indépendantes par rapport aux pouvoirs politiques, tant nationaux qu’européens, ont pris des modes de fonctionnement, des décisions qui vont bien au-delà de leur rôle. Elles ont profité de la faiblesse politique et du consentement sourd et mou des politiques, tant nationaux qu’Européens, pour imposer leurs exigences, bien au-delà de ce que les politiques avaient acté. Ainsi par exemple la C.J.E. s’est auto considérée comme une cour constitutionnelle alors que ce n’était pas son rôle. Elle a pris la liberté d’interpréter très largement les décisions prises par les instances européennes pour imposer des obligations que nul n’avait actées. Ainsi par exemple, de sa propre initiative, elle exige une ouverture au marché du secteur social ou nationalisé alors que les seules décisions qui avaient été prises concernaient le secteur privé. De la même manière la B.C.E., en grande partie sous l’impulsion de Mario Draghi, a profité du désordre de la crise monétaire de ces dernières années pour prendre des pouvoirs et des décisions qui ne lui ont jamais été confiés ni conférées. Elle prête de l’argent aux Etats, alors qu’elle n’en a pas le droit. Elle participe aux négociations exigeant des plans d’austérité, en Grèce notamment, alors qu’elle n’a pas le droit d’exiger quoi que ce soit à un état membre. Cette auto proclamation de ces deux entités a très largement participé au corsetage non seulement des Etats Européens qui se voient imposer de plus en plus d’exigences et perdent une grande partie de leur autonomie politique ; mais elle corseté également jusqu’au pouvoir politique européen.

Avec la gestion de la crise grecque l’imposition aux Etats membres de l’Euro groupe d’une politique économique, sociale, fiscale s’est approfondie. Pour éviter toute nouvelle crise, les Etats de peuvent maintenant par exemple se voir imposer une grande partie de leur budget et des coupures drastiques dans les dépenses sociales. La gestion de la crise grecque et ses conséquences achemine ce pays vers une régression économique et sociale sans précédent. Les plans d’austérité imposé ont largement appauvri le pays, ont réduit à peau de chagrin ses dépenses sociales, ont massivement augmenté le chômage le portant à 25 % (50 % chez les jeunes) et en même temps ils ont fortement augmenté la dette qu’ils étaient sensés solutionner, puisqu’ils n’avaient d’autre but officiel. Tous les économistes sérieux l’avaient prédit. On peut quasiment considérer qu’il s’agit d’un plan punitif, ne laissant aucune perspective d’avenir, sans autre utilité. On s’aperçoit en fait que contrairement aux espérances lors de sa création l’Euro n’est pas un moyen d’uniformiser les économies, mais qu’il tend à les diversifier, surtout dès qu’il y a crise. L’Allemagne et d’autres pays nordiques en tirent profit pour se développer, mais les pays du sud notamment voient leur économie, leur protection sociale sombrer avec une massification de la pauvreté et du chômage, des jeunes, y compris diplômés en particulier. L’Europe ne joue en rien son rôle de protection des plus faibles, de répartition de la richesse. Dès qu’il y a crise elle impose des plans d’austérité qui ne font qu’aggraver le différentiel entre pays riches et pauvres.

Le constat est désolant, surtout quand on considère que l’Europe est une nécessité, mais qu’elle a été mise sur de biens mauvais rails. Certes tout ce qui a été fait peut se défaire, mais il faut trouver quels nouveaux rails et comment sans trop de douleur passer de l’état actuel à un nouveau fonctionnement.

Il y a plusieurs réflexions à avoir pour essayer d’imaginer une autre politique. Il y a d’abord la pensée à long terme, qui peut sembler utopique, mais qui est indispensable. Il s’agit de définir un avenir, certes lointain vers lequel on veut se diriger. Ce lointain doit pour moi avoir au moins plusieurs aspects. En premier lieu défaire le maximum des liens inutiles et contraignants qui nous ont été imposés, souvent sans que nous les ayons acceptés. Cela passe par un détricotage de biens des directives européennes, mais aussi par le retour de la C.J.E. et de la B.C.E. à leur pouvoir initial et rien qu’à cela. Il faut libérer du champ aux politiques nationales. Car ne nous faisons pas d’illusion et c’est ce que nous constatons actuellement. Les peuples restent d’autant plus attachés à la nation qu’ils craignent les crises. Si nous ne réformons pas l’Europe elle se défera, et la situation sera pire. Car il ne s’agit pas de détricoter seulement. Il s’agit de reconstruire autrement. En respectant d’abord le principe de subsidiarité qui dit que tout ce qui peut se décider à un certain niveau ne doit pas être décidé à un niveau supérieur. L’Europe doit revenir au fondamental. Or tout Etat a pour fonction première la sécurité et la protection. Protection militaire en premier lieu. Il y aurait lieu, probablement dans le cadre de l’O.T.A.N., d’envisager d’élargir au maximum la coopération militaire au niveau européen ou au moins de manière interétatique, avec des contributions financières de ceux qui ne souhaitent pas participer aux forces militaires. Précisons tout d’abord que les forces militaires doivent être pensées comme de défense et non d’intervention extérieure, sauf exception rarissime. Les désastres militaires d’Irak, d’Afghanistan, de Lybie, et de Syrie demain très probablement, devraient nous ouvrir les yeux. Deuxième protection la protection policière. Il s’agit de créer une véritable coopération européenne pour lutter non seulement contre le terrorisme, mais contre les mafias, pour réguler l’immigration. Schengen s’est révélé une passoire. Troisième protection la protection économique. Les accords internationaux doivent être revus dans le sens de la protection des intérêts européens et non comme une ouverture illimitée, sensée être un bien en soi qui a ruiné une grande partie de l’économie européenne. Quand à la protection sociale les Etats la conçoivent différemment il faut leur en laisser le pouvoir de décision. Par contre, pour éviter le dumping social, la circulation des marchandises tant réelles que virtuelles, y compris dans l’Europe, devrait s’accompagner d’un réajustement des prix en fonction des conditions salariales et sociales différentes d’un Etat à l’autre. Enfin dernier point on pourrait envisager une solidarité interétatique pour aider les pays européens les plus pauvres, mieux répartir la richesse entre Etats. Quand à l’Euro il faut réfléchir s’il est utile ou s’il est un facteur de déstabilisation et donc en fonction de cette décision s’orienter vers le long terme pour son renforcement ou sa disparition, en prévoyant les choses suffisamment longtemps d’avance pour permettre un passage en douceur si on décide de l’abandonner.

Une fois qu’on a pensé le long terme il faut s’appliquer à trouver tranquillement les moyens d’aller vers eux. Quand on a corseté encore plus les économies européennes pour sauver l’Euro on n’a agit que dans l’urgence, sans avoir un horizon lointain et on n’a fait qu’aggraver la situation. C’est exactement cela qu’il faut éviter.

Si on n’agit pas ainsi on a l’impression de sauver les meubles, mais en fait on ne fait que préparer des lendemains qui déchantent. Si on continue ainsi tôt ou tard des pays européens vont prendre de plus en plus de distance, vont refuser d’obéir aux injonctions de Bruxelles, de la C.J.E. et de la B.C.E. La Grande Bretagne menace, mais d’autres comme la Hongrie n’en sont pas loin. Si on laisse l’austérité se répandre dans les Etats du sud ils risquent de claquer la porte plus tôt que prévu. De telles crises ouvertes seraient bien plus douloureuses pour tous que des décisions pensées en amont. Quand à l’arrivée du Front National au pouvoir en France, cela signifierait la désagrégation rapide de l’Europe.

Il ne reste qu’une question, la question essentielle : sur quelles forces s’appuyer pour réussir un tel changement ? L’intelligence saura-t-elle triompher des égoïsmes ? Comme ces égoïsmes sont porteurs de plus de difficultés que l’intelligence on a quand même des raisons d’espérer.

LE FRONT NATIONAL

LE FRONT NATIONAL

La nouvelle poussée du Front National au premier tour des Elections Régionales pose toujours les mêmes questions. Pourquoi ? Et que faire ? On entend tout et son contraire à ce sujet. Je ne suis pas sûr que je serai plus clair que les autres. Ecrire est un moyen de penser, mais pas toujours.

En fait je pense que cette montée n’est pas à voir en soi, mais qu’elle est une conséquence, un aspect, le plus grave probablement, d’une crise générale qui frappe notre pays, mais aussi nombre d’autres démocraties pourtant réputées moins sensibles à la déprime. De Donald Trump à Viktor Orban les exemples abondent en passant par les dernières législatives en Pologne. C’est pourquoi je pense qu’il faut chercher plus en amont les causes de cette crise de la démocratie.

Une des causes fondamentale est la montée de la modernité et de l’individualisme qui en premier lieu a permis l’émergence de la démocratie, mais qui poussé jusqu’à sa réalisation ultime en sape les bases. L’homme avait besoin d’être libre et égal aux autres pour devenir citoyen. Mais totalement libre il n’a plus d’obligation à accepter de participer à la démocratie et l’égoïsme naturel de l’être humain sape la fraternité et la volonté de s’engager dans un contrat social à la Rousseau. Mais c’est un peu trop théorique. Cela n’est que le fond général sur le long terme. Des circonstances plus contingentes sont à la base de l’aggravation de la crise. Il me semble impossible de les ordonner et donc je les donne dans le désordre. Une cause contingente est le l’ultralibéralisme économique. Il a d’une part mis à bas le consensus social-démocrate partagé par tous, même de manière informelle et inconsciente, pendant les trente glorieuses. Le capitalisme de production et d’échange a été mis au pas par un capitalisme financier aux intérêts totalement différents et antagonistes avec le consensus social-démocrate. Ce capitalisme a aussi réussi à saper les pouvoirs politiques tant nationaux qu’internationaux en imposant des règles et des juridictions internationales qui brident ces pouvoirs politiques. On l’a vu de manière paroxystique pendant la crise grecque où le gouvernement a du céder sur tout et accepter des mesures d’austérité qui sont de plus non pas inefficaces, mais ne peuvent qu’aggraver la situation du pays et notamment l’endettement. Une particularité de ce libéralisme économique est la manière dont s’est constituée et fonctionne la Communauté Européenne. Faisant officiellement fi de la politique elle est, y compris pour la gestion de l’Euro, une entité d’ultra libéralisme. Elle a ouvert ses frontières aux capitaux, dérégulé les économies, les mettant à mal dans bien des pays du continent, sauf dans sa fraction la plus forte (Allemande essentiellement). Elle a aussi cassé les frontières pour les hommes, même si Schengen pouvait faire croire à un contrôle des migrants. La crise actuelle montre qu’en fait il se révèle une vraie passoire. Les crises tant économiques, que des migrants, pour ne pas parler du terrorisme atteignent matériellement et psychologiquement les plus fragiles. Le chômage, en particulier des jeunes est devenu massif dans l’Europe du sud. La France s’y enfonce lentement. La crainte de perdre son emploi se généralise, y compris maintenant chez les diplômés, avec la crainte de ne pas en retrouver, ou alors sous qualifié, sous rémunéré et avec des conditions de travail dégradées. Les migrants sont naturellement vus par tous ceux qui ne s’en sortent pas comme des concurrents à écarter. Le terrorisme avive le rejet de l’autre, surtout en France où la communauté musulmane est particulièrement importante et en grande difficulté d’insertion. La manière politicienne dont le gouvernement mais aussi Sarkozy et Le Pen s’en sont servis en dramatisant au maximum l’évènement aggrave la crise morale du pays. Une grave divergence s’est faite sur le plan culturel entre plusieurs France (on dit souvent deux mais c’est plus complexe). Il y a ceux qui jusque là s’en sortent, qui se sentent (ou se croient) assez forts pour continuer à s’en sortir, qui justifient globalement le système. Même si ici et là ils critiquent tel ou tel point, l’ultralibéralisme économique notamment. Cette classe dominante économiquement, politiquement et culturellement tente d’imposer ses vues d’ouverture à la fois économique et humaine en culpabilisant ceux qui pensent différemment, en les méprisant. Les plus faibles eux remettent en cause ce système et se sentent à la fois victimes et méprisés. D’où leur sourde et de plus en plus grande colère. Sourde car on ne leur donne un micro que pour mieux ensuite les dénigrer. Inutile de chercher ailleurs la montée récente de l’abstentionnisme et du Front National, c’est la première cause. Il y a d’autres France, en particulier celle des immigrés plus ou moins récents, musulmans notamment qui sont dans des positions encore plus inconfortables. En fait nous vivons une dépression sociale collective. Il faudrait développer les sciences humaines au niveau social pour mieux comprendre ces phénomènes collectifs.

Mais pour contrer la montée du Front National il faut aussi comprendre ce qu’il est, quels dangers réels il représente sans angélisme, mais aussi sans exagérations contre productives. Crier sans cesse au loup est souvent le meilleur moyen de le faire venir. S’attaquer aux causes de son ascension est insuffisant. Au point où il est arrivé il a une autonomie propre à contrecarrer. D’abord le Front National est bien un parti d’extrême droite dont la base idéologique est xénophobe, antimusulmane (mais pas seulement). Mais ce n’est pas un parti fasciste. L’hyper diabolisation, notamment de Manuel Valls est totalement politicienne et dangereuse. S’il vient au pouvoir dans une ville, un département, une région le danger principal est le rejet des communautés étrangères (l’interdiction d’ouverture de mosquées par exemple, comme on l’a déjà vu), une politique culturelle de ségrégation et de suppression des subventions à tout ce qui ne leur plait pas, tout ce qui est considéré comme un peu à gauche ou d’ouverture. On a vu que jusqu’au Planning Familial, au Secours Populaire étaient dans le collimateur du F.N. C’est un étouffoir culturel qui menace. Le faible pouvoir local ferait que le risque serait limité, par contre le fonctionnement des collectivités pourrait être « normal » et entraîner une bien plus grande dédiabolisation. C’est ce qu’on vient de voir lors de ces dernières élections. Le Front National augmentant fortement son score dans quasiment toutes les villes qu’il a conquis aux municipales. Au niveau national la victoire du Front National serait un danger naturellement bien plus grand. Il démultiplierait la ségrégation (avec les risques de conflits sociaux), l’asphyxie de la culture. Il représenterait un danger économique, encore que là le risque est moins évident. Par contre il ne pourrait que signifier sinon la fin, du moins la forte régression de l’Europe. Il faut bien voir que l’Europe n’a toujours fonctionné qu’entraînée par le couple franco-allemand (à sa création, pour faire l’Euro, dans la crise grecque, etc.). Pour l’Europe, c’est comme en vélo, le surplace est impossible et signifie la catastrophe. Dans l’état actuel de tendances centrifuges un peu partout sur notre continent la fin de la locomotive franco-allemande signifierait plus que jamais auparavant une sorte d’arrêt de mort lente. En ce sens le Front National a raison de dire qu’au pouvoir il mettrait à mal l’Europe.

Question plus complexe : alors on fait quoi ? Les deux tentatives politiques actuelles les plus fortes pour dire non, pour tenter autre chose viennent de l’extrême droite et de l’extrême gauche. Les partis de gouvernement de droite, comme de gauche sont dans l’acceptation, même forcée du système, dans sa gestion contrainte, dans le « on ne peut pas faire autrement » si destructeur pour la démocratie. L’extrême droite, c’est en France le Front National qui mêle habilement les questions socio économiques prises à l’extrême gauche au rejet xénophobe, appuyant un jour sur l’un, l’autre jour sur l’autre, au gré de l’actualité. L’extrême gauche en France reste bien plus faible, même avec les écologistes elle ne tourne guère au-delà des 10 % des votants. Elle a pris un peu plus de poids ces dernières années en Europe avec Syriza en Grèce, Podemos en Espagne (attendons les prochaines élections législatives pour voir), le nouveau gouvernement portugais et Jeremy Corbyn en Grande Bretagne. Mais le problème reste l’impuissance à agir. En effet, comme on l’a vu avec la crise grecque, les règles de fonctionnement corsètent l’indépendance nationale et tout pouvoir politique. Certes tout ce qui a été fait peut toujours se défaire, mais ce sera un chemin long, difficile et qui risque de plus d’être douloureux. Il demandera des alliances fortes.

Actuellement nous sommes partis pour les présidentielles, tant Hollande que Sarkozy ou Le Pen n’ont en vu que cette élection. Mais pour la population les choses sont différentes ! Le résultat du deuxième tour dimanche des régionales ne pouvait être que mauvais. Si des régions étaient passées au Front National, elles auraient été globalement bien gérées sans grande opposition, avec les atteintes aux associations, à la culture, au développement dans les lycées, à la montée des ségrégations dont j’ai parlé plus avant. Il y aurait eu des protestations, mais elles n’auront ni la possibilité d’infléchir les décisions, ni même d’obtenir la sympathie de suffisamment de gens, comme dans les villes qu’il gère depuis les municipales. Comme aucune région n’a basculée à l’extrême droite, l’exaspération de ce peuple n’en sera que plus exacerbée. Il faudrait une grande intelligence et une grande puissance de conviction pour sortir du trou dans lequel on semble s’enfoncer. Rien de tel ne paraît à l’horizon. Mais le pire n’est jamais sûr. En six mois avec la crise des migrants et les attentats la situation a totalement changé, l’actualité peut nous réserver d’ici un an et demi bien des surprises, et pas forcément négatives. En tout cas l’argument rassurant du plafond de verre ne tient pas. Certes, comme on l’a vu au deuxième tour un nombre important de citoyens retrouve le chemin des urnes pour s’opposer au Front National. Ils seraient probablement plus nombreux lors d’une présidentielle où le risque est bien plus grand. Mais cela n’empêche nullement sa montée et il n’y a pas de plafond à cette montée.

dimanche 29 novembre 2015

REFLEXIONS DECOUSUES APRES LES MASSACRES

REFLEXIONS DECOUSUES APRES LES MASSACRES

Depuis les massacres de Paris il y a près de 15 jours on a tout entendu et son contraire. Des analyses, des réflexions allant dans tous les sens. Et on a entendu et vu nos dirigeants ou hommes politiques à l’action. Il y a eu le temps de la sidération, même si comme pour beaucoup ce qui s’est passé était hélas pour moi du domaine du prévisible. Et il l’est toujours. Je crains bien que mes propos soient aussi décousus et aillent eux aussi un peu dans tous les sens car les problèmes sont plus que complexes.

Les causes de cet islamisme radical et terroriste sont multiples. D’abord il ne faut pas tout confondre il y a un islamisme radical salafiste totalement apolitique et donc pacifique. Le terrorisme n’est que minoritaire parmi les radicaux, comme les radicaux sont minoritaires parmi les musulmans. Il y a les causes au Proche-Orient et ailleurs, puisque des métastases existent dans le Sinaï et ailleurs en Afrique. Elles sont multiples. Les erreurs occidentales sont lourdes. Les interventions irréfléchies en Irak et en Libye notamment, pèsent lourd dans la balance, mais les causes de déstabilisation de ces Etats sont autant endogènes. Le religieux est une cause, comme l’économique, le social, mais aussi l’idéologique. Il y a dans ce mouvement à la fois une tentative de revenir à un passé imaginaire sublimé des premiers temps victorieux de l’Islam quand en quelques décennies ce qui était une secte du côté de La Mecque est devenu un Epire allant de l’Iran au Sud de l’Espagne. Il y a une tentative de revenir à une pureté religieuse primitive fantasmée, qui n’a jamais existé. Il y a la situation économique de pays si riches en réserves naturelles et qui voient leur jeunesse de plus en plus éduquée massivement au chômage. Il y a la jalousie, et donc la haine d’un Occident que l’on voit comme bien plus riche qu’il ne l’est. Il y a la crainte de voir les musulmans si nombreux en Occident devenir comme les Occidentaux de plus en plus laïques et même athées, etc. Les causes chez nous de ceux qui se radicalisent sont différentes. La cause principale n’est pas sociale. Elle n’est pas à chercher dans ce que l’on nomme habituellement les problèmes de banlieues, même si résoudre ces problèmes est plus qu’urgent, mais depuis si longtemps. Elle est dans la radicalisation d’une poignée d’individus en mal de vivre pour des raisons les plus diverses. Quand il n’y avait pas Daech il y a quelques décennies ils partaient dans les Brigades Rouges ou autres choses du genre, le fait religieux n’est que la forme que prend ici et maintenant la radicalisation, mais n’a rien à voir avec elle. Je pense à mon copain Francis, décédé il y a peu, qui a bien failli partir dans sa jeunesse dans les Brigades Rouges avant d’être attiré par les Maoïstes (une autre secte) et de finir par comprendre ensuite ses erreurs. Demain si Daech disparaît d’autres radicalisations les attireront religieuses, politiques ou autres. C’est le jeune qu’il faut traiter, cela relève du psychiatrique et non du religieux. On est dans la dérive sectaire et les spécialistes savent bien de quoi il s’agit. Prévenir et traiter est certes difficile. Il ne faut ni sous-estimer ni surestimer cette poignée de radicaux dangereux. Il y a très peu de volontaires prêts à se faire exploser. Ils se comptent sur les doigts d’une ou deux mains. Ils sont une microminorité. La plupart des fiches S et des retours de Syrie sont loin d’avoir ce danger. Il doit y avoir bien des retours de Syrie dégoutés de ce qu’ils ont vécu. Il y a une véritable propagande sécuritaire tant du gouvernement que de l’opposition pour exacerber le danger. Ensuite on peut traiter les problèmes des banlieues, on peut se débarrasser des islamistes radicaux en les assimilant à des sectes, on peut construire un dialogue avec la communauté musulmane pour développer un Islam français à l’image de la laïcité française, mais tout cela ne règlera en rien le problème des jeunes qui se radicalisent.

Quand aux solutions politiques elles sont complexes et difficiles. Il y a naturellement le besoin de sécurité des citoyens. La fonction première de l’Etat est de fournir cette sécurité. Disons d’emblée pour ne pas y revenir que l’attitude de nos hommes politiques n’est pas sans poser question. On a d’un côté un gouvernement qui cherche à retrouver une virginité perdue depuis longtemps en apparaissant comme ferme sur les plans policiers et militaire. De l’autre on a une opposition qui entre Sarkozy et Le Pen cherche à qui sera le plus sécuritaire. Alors certes il faut des mesures. L’Etat d’urgence pourquoi pas, mais pas trop longtemps quand même. Et surtout pas pour faire autre chose que traquer la dizaine de terroristes potentiels qui restent sur le sol français. Aujourd’hui le pouvoir se sert de l’Etat d’urgence pour tenter de nettoyer les banlieues des armes des trafiquants ou pour tenter de neutraliser des écologistes radicaux (parce qu’il y a comme ailleurs des radicaux parmi les écologistes). C’est inadmissible et la campagne pour le dénoncer est bien trop timorée. C’est dans le cadre de l’Etat de droit que ces deux problèmes devraient être pris et le premier aurait du l’être depuis longtemps. Nombre de mesures sont ridicules. La multiplication des vigiles est en grande partie inefficace. Il y en avait devant le Bataclan et ils ont été les premières victimes. Le risque de psychose est réel. Juste deux exemples le nombre de morts sur la route dépasse les 3000 par ans, le risque routier est donc bien pire que le risque terroriste. Il est plus dangereux de rouler en voiture que d’aller à Paris risquer un attentat ! Le tabac lui tuerait 73 000 personnes par an en France ! Dans les mesures nécessaires il y en a beaucoup d’Européennes par exemple sur la surveillance des frontières extérieures, sur la surveillance de la circulation intérieure des personnes jugées dangereuses dans un Etat européen et jusqu’à présent ignoré des autres et sur le croisement des fichiers Interpol et de ces personnes jugées dangereuses. Cela aiderait si cela ne résoudrait pas tout.

Maintenant venons en aux mesures extérieures et au langage choisi et notamment le mot guerre. Il est à expliquer par les coups de menton tant du gouvernement que de l’opposition. Sommes-nous en guerre ? Il y a chez nous des actes terroristes, mais cela n’est pas plus une guerre que toutes les vagues terroristes du passé. Quand au territoire actuellement occupé par Daech c’est autre chose. Une nouvelle fois les Occidentaux, la France cette fois-ci en tête, prend en charge un problème, qui n’est pas le sien. Nous n’avons toujours pas abandonné notre désir occidental de gouverner le monde qui nous a amené des Croisades aux Colonisations. Certes Daech est un régime exécrable. Mais il est loin d’être le seul. Devons nous par exemple bombarder la Corée du Nord qui n’est pas loin d’avoir l’arme atomique ? Et que penser des dictatures qui parsèment le monde rien qu’au Proche Orient de nos amis de l’Arabie Saoudite à bien des Emirats ? A tout prendre le régime musulman le plus dangereux pour l’avenir est très probablement le Pakistan, ses 188 millions d’habitants et sa force nucléaire. C’est dans le cadre de l’ONU que ces problèmes doivent se régler. Et les Etats voisins auraient largement les moyens de le faire s’ils en avaient la volonté, de la Turquie à l’Iran en passant par l’Arabie Saoudite et l’Egypte. S’ils ne le font pas ce n’est pas notre rôle d’agir pour eux. Nous donnons tous les prétextes à Daech pour pouvoir justifier sa « guerre » à l’Occident. En fait pour la Turquie l’adversaire premier ce sont les Kurdes qui sont pourtant les meilleurs combattants contre Daech. Pour l’Iran, comme pour la Russie il faut renforcer le régime de Bachar El Assad, et pour cela s’attaquer prioritairement aux alliés de l’Occident. Quand à l’Arabie Saoudite, au régime salafiste, elle est très proche des idées de Daech. Dans ce cadre on ne voit pas du tout quelle pourrait-être la marge de manœuvre pour une intervention terrestre occidentale. Car sans intervention terrestre on n’obtiendra rien. De plus on n’a toujours pas compris que les interventions militaires sont, sauf cas rarissimes, des échecs évidents. Pourtant de l’Afghanistan (les Russes, puis les Occidentaux), à l’Irak en passant par la Lybie on devrait bien le voir, et sans revenir au Vietnam. Seuls le Mali et le Centre Afrique sont des demi succès et seulement provisoires, car rien n’y est réglé définitivement.

On ne résoudra pas ainsi cette vague terroriste dont on oublie de dire qu’elle est loin d’être la première depuis les anarchistes des années 1900 (et il y en avait bien avant) en passant par les Arméniens, les Palestiniens, les Iraniens et j’en oublie beaucoup. Elle n’est pas terminée et n’est pas la dernière. Le radicalisme de quelques uns chez nous est une réalité psychiatrique et non politique. Il est alimenté par Daech et on fait tout pour jeter de l’huile sur le feu. On a abattu Al Qaïda, Daech est né. Si on arrive à éradiquer Daech d’autres foyers naîtront ailleurs, religieux ou non. Quand au sort du Proche Orient que nous avons largement contribué à déstabiliser il faut mettre les Etats musulmans voisins devant leurs responsabilités et les aider, si et seulement si, les circonstances en sont réunies, ce qui n’est pas actuellement le cas. Nous n’avons aucunement le Droit de décider seuls du sort du monde. Il va mal, mais il a rarement été mieux… Je me sens très mal à l’aise dans la situation actuelle et je ne ressens pas cette guerre comme mienne. Vu le très faible succès de l’appel de Hollande à mettre des drapeaux tricolores aux fenêtres je crains bien de ne pas être le seul à ressentir au moins ce mal être. Je crains bien que son succès médiatique relatif soit plus que passager. Car les ennuis ne font que commencer. Une guerre n’est jamais ce que l’on veut et finit toujours très différemment de la manière dont on la commence. Le pire n’est pas sûr, mais en l’occurrence toutes les conditions sont réunies pour que cela soit au mieux difficile, au pire tourne bien mal. On verra dans quelques mois.

mardi 29 septembre 2015

POURQUOI JE RESTE A EELV

POURQUOI JE RESTE A EELV

Un certain nombre d’amis sont en train de quitter E.E.L.V. (et probablement les meilleurs amis que j’ai à E.E.L.V.). Moi je reste et je pense qu’ils ont tort pour deux raisons, une stratégique et une tactique.

Stratégiquement cela se discute, puisqu’on a totalement le droit d’avoir des opinions différentes. Pour moi les objectifs d’aujourd’hui sont les moyens de faire face à la crise politico-sociale et la crise environnementale. Politiquement je pense que nous sommes, depuis le milieu des années 70 et la fin des « trente glorieuses », entré dans une époque où le capitalisme est entré dans une nouvelle phase, une ère financière qui a pris le pas sur les politiques (qui ont pour la plupart accepté de démissionner devant la finance). Cette ère financière se caractérise pour faire court par deux aspects essentiels. Le premier est la prise de pouvoir de la finance à la fois sur la politique et sur le capitalisme traditionnel (industriel, commercial…). Cela se traduit notamment par un capitalisme financier hors sol. Aujourd’hui on peut gagner de l’argent en fermant les usines et en licenciant, alors que du temps du fordisme il fallait payer les salariés suffisamment parce qu’ils étaient aussi les consommateurs, ce qui a permis la victoire des acquis socio-démocrates dans nos grands pays occidentaux. Deuxièmement des institutions internationales diverses ont pris le pas sur les institutions nationales et elles sont toutes au service de la finance internationale (F.M.I., Banque Mondiale, Communauté Européenne etc.). Ecologiquement nous sommes entrés dans une multitude de crises : épuisement des ressources naturelles (pétrolières, minières, mais aussi la terre, l’eau) ; réchauffement climatique et ses conséquences multiples ; extinction massive des espèces et notamment épuisement des ressources marines ; surpopulation.

Face à cela les réponses des divers partis et courants politiques en France et ailleurs sont loin d’être à la hauteur de l’enjeu. Les partis de gouvernement, le P.S. pour ce qui nous concerne à gauche, sont soit dans l’acceptation de la financiarisation, soit dans le « on ne peut rien faire ». Le P.S. est arrivé à un point d’épuisement politique complet. Il n’est plus qu’un conglomérat d’élus locaux ou nationaux cherchant à assurer leur survie. Heureusement ils ont perdu les cantonales, ils vont très certainement perdre les régionales et les prochaines législatives, donc aussi les sénatoriales et cela fera une possibilité d’air frais. Espérons que les élections qui pourraient ensuite être gagnées (rien n’est jamais sûr) quand ils seront dans l’opposition amène chez eux un renouvellement réel ! Au niveau européen pour s’opposer à ces visions financières (en particulier de la Communauté Européenne) c’est souvent l’extrême droite et les populistes qui font la course en tête. Mais depuis peu il semble que de la Grèce à l’Espagne, en passant par la Grande Bretagne un espoir naisse à gauche. Il existe en France aussi bien des courants hélas très divisés. Qu’il y ait des divergences, des couleuvres à avaler pour trouver des dénominateurs communs, c’est évident. C’est cela la politique. A moins qu’on veuille rester groupusculaire il faut chercher à rassembler une majorité. C’est dans cette ligne que je me situe et je souhaite que se constitue ce front divers opposé tant à la financiarisation du monde qu’aux crises écologiques.

C’est pourquoi je crois qu’il y a deux écueils à éviter. Le premier : chercher être la roue de secours du P.S. (ce que je pense que mes amis risquent hélas d’être, mais à un moment où une roue de secours, surtout aussi faible, ne suffit pas et de loin). Deuxième écueil chercher un rassemblement de tous les écologistes divers et variés, ce qui occulte les problèmes politiques et sociaux. Et c’est pourquoi je crois, et c’est la ligne que je défends, E.E.L.V. doit aujourd’hui rechercher à ce que se crée un Front sur ces bases politiques, sociales et environnementales, en sachant bien qu’il sera diversifié. C’est cette position que je défends vis-à-vis des prochaines élections, les présidentielles notamment. D’autres opinions coexistent au sein d’EELV et parmi ceux qui nous quittent. Il y a ceux qui pensent qu’il faut rester plus proche du P.S. et il y a ceux qui veulent rassembler avant tout les Ecologistes. Ces divers courants qui cohabitaient jusqu’ici au sein de notre mouvement ont du mal à continuer à le faire. Pour certains le grand écart est trop grand et des méthodes de fonctionnement trop brutales ont aggravé les choses. Je comprends parfaitement ceux qui partent, nous les retrouverons, car ce sont pour quasi tous (au moins à Reims) des écologistes convaincus, dans nos actions au jour le jour. Si les choses politiques évoluent favorablement nous les retrouverons peut-être avec nous dans quelques temps. Mais il est inutile de chercher qui a raison, chacun en est persuadé naturellement. Bonne chance à eux.

Tactiquement le fait de quitter E.E.L.V. est une erreur, et ce sera plus court à expliquer. Sauf exception rarissime toute scission finit dans l’épuisement, après parfois un bref éclair. C'est-à-dire que le groupe écologique dissident en voie de constitution finira soit dans la dispersion un peu partout tout autour, mais surtout au plus proche c’est à dire au P.S. De la même manière E.E.L.V. ne sera pratiquement en rien gêné par cette scission pas plus que Jean-Marie ne gênera Marine, c’est toujours ainsi en politique. De la même manière le repli sur l’associatif est insuffisant. L’associatif a de grands rôles à jouer, mais c’est le politique qui en dernier lieu a le dernier mot, même si l’associatif lui pave souvent le chemin.

Alors je reste à E.E.L.V. Je ne suis pas d’accord sur bien des choses, mais c’est toujours ainsi en politique. Il faut choisir le plus proche, le moins mauvais et ne jamais croire à la perfection. Demain les choses seront je l’espère différentes. Soit un Front vraiment de gauche et écologique peut se constituer et parfois vaincre en France et dans une bonne partie de l’Europe, soit ce Front ramènera à gauche la social-démocratie (de gré ou de force), soit nous perdrons, mais être homme c’est être debout, c'est-à-dire tenter tout ce qui est possible.

jeudi 17 septembre 2015

LA TRANSITION DEMOCRATIQUE EN SYRIE

LA TRANSITION DEMOCRATIQUE EN SYRIE

Titre du Monde aujourd’hui : « POUTINE APPELLE A UNE ALLIANCE AVEC ASSAD CONTRE L’ETAT ISLAMIQUE » ; quatre sous titres dont : « Les Occidentaux eux, lient la résolution du conflit au départ du dirigeant syrien et à la mise en place d’une transition démocratique à Damas ».

Ah que voilà un beau vœu pieu, qui me met en colère parce qu’il est tout ce qu’il faut ne pas faire pour tenter, sinon de solutionner, au moins de tenter d’avancer vers la solution du problème.

Poutine va pouvoir se permettre, devant le refus des Occidentaux, de jouer au principal adversaire de l’Etat Islamique. Ce qui n’est encore qu’un épiphénomène. Car l’essentiel est ce but occidental de vouloir « une transition démocratique ». Comme si la démocratie pouvait s’importer comme des pommes de terre. Comme si les élections, la création de partis politiques libres était la première priorité dans un pays tellement dévasté. Certes la démocratie est l’avancée de la modernité. Mais outre qu’il y a bien des manières de la concevoir, elle ne se décrète pas comme cela. Il faut des préalables et en Syrie, tout est fait pour qu’il n’y en ait pas. On nous a fait le coup de la transition démocratique en Afghanistan ou finalement on se retrouve entre le choix entre des seigneurs de guerre et les Talibans : quel choix démocratique ! On nous a fait le coup en Irak, où les bévues de Bush, dignes d’un illettré, ont totalement déstructuré le pays, facilité la montée de l’islamisme et exacerbé les querelles entre chiites et sunnites. On nous a fait le coup en Lybie où on ne s’était pas aperçu, qu’ici, aussi la société encore tribale ne pouvait pas inventer du jour au lendemain une démocratie, surtout sur le modèle occidental. On nous a fait le coup en Egypte, où pourtant des possibilités existaient pour avancer vers un processus démocratique, mais zut le peuple a voté islamiste. Comme disait Bertold Brecht avec humour : « quand le peuple vote mal il faut le dissoudre ». Et d’ailleurs tout le monde a regardé ailleurs quand un coup d’Etat militaire a chassé le pouvoir islamiste démocratiquement élu. Il n’y a qu’en Tunisie qu’une transition démocratique difficile était possible et est actuellement tentée avec bien des difficultés.

Il faut savoir ce que l’on veut. Quelle est la priorité ? Si c’est de combattre l’Etat Islamique il faut le faire avec tous ceux qui y sont prêts. D’autant que les Occidentaux devraient s’apercevoir que ce sera un combat très long et difficile. Et s’il faut le faire avec Poutine et Assad et bien tant pis. On n’aura pas le beurre et l’argent du beurre. Il faut dire ce qu’on pense de ces deux dirigeants, les combattre idéologiquement, tout faire pour exiger le plus possible d’eux. Mais il faut surtout être efficace. En fait comme en Afghanistan, en Irak, en Lybie, en Egypte les Occidentaux ont voté à la place du peuple. Ils ont choisi pour eux les démocrates respectables. Malheureusement pour les Occidentaux et cela était prévisible dès le premier jour, cela ne marche pas. Quand aurons-nous enfin des dirigeants qui comprennent quelque chose à la géopolitique ! Bush n’était pas un aigle d’intelligence, mais il est malheureusement loin d’être le seul d’Obama à Fabius en passant par Bernard Henri Levy.

lundi 7 septembre 2015

POLITIQUE ET DROITS HUMAINS

POLITIQUE ET DROITS HUMAINS

Il y a une fausse évidence à ce que la politique idéale, c’est ce que notamment nous serinent quotidiennement les médias, soit basée sur l’exigence exclusive des Droits Humains. C’est confondre différents domaines, oublier le principe de réalité et croire au meilleur des mondes possibles que moquait déjà Voltaire.

Les Droits Humains (l’appellation que le politiquement correct exige que nous employons pour l’ancien terme des droits de l’Homme) est quelque chose d’important que nous devons défendre et chercher à développer. A condition de s’entendre sur le terme. Car il faut se méfier d’orientations qui cherchent à les déformer pour promouvoir les valeurs occidentales, contre les autres. Ainsi la Démocratie qui n’est pas forcément la forme qu’elle a prise chez nous, mais peut en avoir bien d’autres. Il faut se battre pour l’égalité homme-femme, pour le droit de vivre librement sa sexualité quelle quelle soit, pour interdire la torture, l’esclavage, le travail des enfants, pour donner à chacun le droit de s’instruire, s’informer, s’exprimer, voyager. Et j’en oublie beaucoup ! Ce travail doit être mené par chacun, par des associations les plus diverses.

Mais et c’est là où il y a problème c’est que s’il doit être défendu par nos régimes démocratiques et par les institutions internationales (Communauté Européenne, O.N.U., etc.) il ne peut pas être la base exclusive de la politique et cela je vais tenter de le montrer, parce que le monde est ce qu’il est : tout sauf un monde de bisounours.

Par exemple on entend souvent dire qu’on ne peut pas s’allier à l’Iran théocratique ou au dictatorial et sanguinaire Bachar el Assad. Rappel historique. Pendant la seconde guerre mondiale les démocraties occidentales et notamment les U.S.A. et la Grande Bretagne se sont alliées à Staline pour battre Hitler et le Japon. Staline a eu beaucoup plus de sang sur les mains qu’Hitler, et Churchill et De Gaulle au moins, le savaient parfaitement. Si on ne s’alliait pas à lui l’Europe occidentale n’était pas prête d’être libérée. On a bien vu comment le débarquement de Normandie a eu du mal à s’implanter. Il fallait aider Staline à battre Hitler. Il fallait compter sur son mépris de la vie humaine, sur le fait qu’il allait délibérément sacrifier des millions de soviétiques (un rouleau compresseur humain) sans lequel le nazisme n’aurait pas été vaincu de sitôt. Par contre après la guerre Churchill le premier s’est engagé pour lutter contre le totalitarisme stalinien et défendre le camp démocratique.

Au nom des Droits Humains on a déstabilisé la Lybie, on s’est refusé à attaquer l’Armée Islamique en Syrie (pour ne pas aider Bachar el Assad), et je ne parle même pas de l’Irak où la politique suivie a encore été plus idiote. Conclusion des milliers de morts supplémentaires, des pays déstructurés, des millions de réfugiés. La politique est hélas un domaine particulier dans lequel on a à faire à des gens qui ont les mains souvent très sales. Et la naïveté, la générosité sont souvent causes de biens des misères, voire de sang. S’il ne faut jamais oublier de rappeler que l’objectif final est le respect des Droits Humains, il faut aussi savoir faire les compromis, hélas nécessaires, dans l’intérêt même des populations. Face à Bachar El Assad, à Poutine, à Xi Jinping on peut parler des Droits Humains, on n’est pas prêt ni de les convaincre, ni de les impressionner. Par exemple combattre l’Etat Islamique peut certes aider Bacher El Assad, mais il faut choisir son ennemi le plus dangereux. Si on éradique l’Etat Islamique on verra bien ensuite, ou au long du processus, qui sera de toute façon long, quoi faire de Bachar. De même que l’Iran, tout théocratique qu’il soit peut être un allié circonstanciel important dans la région. On se sert bien de l’Arabie Saoudite qui n’a rien à lui envier.

samedi 5 septembre 2015

LE PROBLEME DES REFUFIES, UN PROBLEME INSOLUBLE.

LE PROBLEME DES REFUFIES, UN PROBLEME INSOLUBLE.

Nous sommes en train de vivre une vague de migration importante venue de nombreux pays dévastés par la guerre, la dictature ou la misère. Nous sommes aussi en train de la vivre sur le pire des modes : la fausse compassion médiatique. On ne règle aucun problème politique par les sentiments. Comme au théâtre avec Brecht, il faut dire qu’en politique la distanciation est la seule manière de penser et de régler les problèmes. On peut émouvoir autant sur les crimes qu’ont subi les Allemands en 1945 que sur ceux qu’ils ont fait subir (la Shoah notamment). Mais politiquement si on doit les dénoncer tous il y a une différence de nature entre les victimes absolues et les bourreaux devenus victimes à leur tour. Le malheureux enfant arrivé noyé sur les côtes grecques est, mille fois hélas, le suivant de dizaines d’autres enfants noyés depuis des mois dans les mêmes circonstances. L’affichage médiatique de cette photo est écœurante car elle cache la profondeur des problèmes.

Le problème des réfugiés est un problème pour moi insoluble. Alors on peut dire quand on n’a rien à dire on se tait. Camus s’est tu face à la guerre d’Algérie quand il a vu qu’il n’y avait plus d’issue médiane possible entre le F.L.N. avec ses attentats meurtriers et son totalitarisme et les colons qui ne voulaient en aucun cas l’égalité entre eux et les autochtones, totalement dépassés par l’O.A.S. fascisante. Pourtant on peut toujours dire pourquoi on pense le problème insoluble.

Le vivier de réfugiés potentiel de toute nature est immense. Il y a des millions de réfugiés syriens notamment dans les pays limitrophes (Turquie et Liban notamment) dont beaucoup seraient prêts à partir s’ils avaient les moyens et ne craignaient pas les dangers du voyage. La situation de l’Irak, de la Syrie, de la Lybie, de l’Afghanistan, de l’Erythrée ne promet pas de solution à court terme pour ne parler que d’eux. De plus des millions d’Africains (tant Afrique sub-saharienne que Maghreb et Egypte) n’attendent que la possibilité de venir en Europe. Chez eux, y compris quand on est diplômé, c’est la plupart du temps le chômage. Les jeunes algériens ne rêvent que de la France. Seul le régime militaire de leur pays les empêche de partir. S’il venait à faiblir, on aurait des millions de boat people. On attend le doublement de population de l’Afrique pendant ce siècle, avec bien peu de possibilité de développer l’agriculture et l’emploi. Ces dizaines de millions de nouveaux africains seront des candidats potentiels à l’exil, vers où : Europe, Chine, U.S.A. ? C’est cela qu’il faut voir, à cela qu’il faut réfléchir. On fait quoi et comment ? Qu’est ce qui est possible ? Et y réfléchir en oubliant le sentimentalisme médiatique autant porteur de mauvais conseil, qu’oublieux huit jours après, alors qu’aucun problème n’est réglé. Mais on passe à une autre actualité !

L’autre aspect du problème est le faux unanimisme auquel veut nous faire croire cet engouement médiatique autant soudain que tardif. On est dans la même situation qu’avec les attentats de janvier. Il semblerait que tout un chacun compatit, est d’accord. Pourtant tout a montré que les grandes manifestations de janvier étaient loin de recueillir un assentiment unanime, et qu’elles se sont dégonflées à la vitesse médiatique. Bien sûr il fallait y être, et j’y étais, mais avec recul, en réfléchissant, pas sentimentalement. Le pire dans ce faux unanimisme des médias c’est qu’il conforte ceux qui pensent autrement dans l’idée qu’ils sont les éternels oubliés. Et effectivement on ne leur donne pas la parole. Mais ils la prennent de plus en plus dans les urnes. Ce bel unanimisme autour de l’accueil nécessaire de tous les réfugiés, comme autour des victimes des attentats de janvier, est notamment un excellent carburant pour le développement du Front National et de l’abstentionnisme. Il y a différents peuples français et les bobos, dont je dois être, ne sont pas majoritaires, comme il y a au moins deux Europe. Si le problème continue à s’aggraver avec des arrivées plus massives, l’Union Européenne y résistera-telle ? La question peut être posée. Quand à la solution des quotas elle est ridicule. Les migrants ne veulent pas de toute façon aller ailleurs que dans quelques pays qui les accueillent : Allemagne, Suède, France, Angleterre… Ils ne sont pas candidats pour la Roumanie ou la Lituanie qui ne veulent pas d’eux.

Alors voilà pourquoi je dis que le problème est insoluble. Il semble difficile d’empêcher l’afflux de réfugiés dans les circonstances actuelles. Les passeurs et les pays de départ, ou totalement déstructurés comme la Lybie, ou complices comme la Turquie, permettent tous les trafics et départs. Le mur érigé par les U.S.A. à sa frontière mexicaine n’empêche pas l’arrivée sur son sol d’un afflux de population d’Amérique Latine, il le ralentit un peu tout au plus. Seules des mesures coercitives, contraires aux Droits de l’Homme, pourraient peut être fortement limiter cette immigration. Les Australiens déportent les arrivants (mais ils sont une île) dans des camps à l’extérieur du pays, avant de les envoyer dans des pays asiatiques. L’Arabie Saoudite et les Etats du Golfe, protégés par un désert difficilement franchissable, refusent tout visa.

C’est à tout cela qu’il faut penser. Alors actuellement, naturellement, il faut prendre en charge le plus humainement possible ceux qui sont arrivés, et qui ne sont pas encore bien nombreux. Que des chaînes humanitaires se développent en France est une bonne nouvelle, autant sur l’état de la conscience populaire nationale, que sur son efficacité. Il était temps, car nous avons laissé pendant des années fonctionner, avec bien peu d’état d’âme, tous ces bidonvilles de Calais à certains quartiers parisiens. Il faut éviter les drames humanitaires en Méditerranée et s’attaquer aux passeurs. Il faut aussi tenter de résoudre les problèmes à l’origine : en Syrie, Erythrée, Lybie…, sans tomber dans l’ingérence qui a crée les problèmes comme en Lybie ou en Irak. Mais ce n’est pas simple !

mercredi 19 août 2015

ASSOCIATIF NECESSITES ET PIEGE

ASSOCIATIF NECESSITES ET PIEGE

Autant le politique est décrié et déserté, autant les mouvements associatifs au sens large sont investis et valorisés. Cela correspond à bien des nécessités. Dans un monde où les inégalités et la misère tant intérieures qu’extérieures sont criantes, au moment où de plus les pouvoirs publics voient leurs moyens diminuer il est nécessaire que les individus s’investissent pour tenter de mille et une façons de colmater comme ils le peuvent, les brèches ouvertes. Des multiples aides aux sans ressources (Emmaüs, Restaus du Cœur, Secours Catholique, Populaire, Aide Contre la Faim, ATD Quart Monde…) aux aides médicales (Médecins du Monde… ). L’associatif c’est aussi une école, une formation à la citoyenneté, à l’autre. L’associatif c’est aussi la prise en charge de problèmes spécifiques sans passer par les structures officielles. C’est ainsi que c’est formé le mouvement sportif, les mouvements associatifs, que sont gérés des structures de tous types y compris les mutuelles, les banques coopératives, les associations d’aide à l’insertion… Dans ce mouvement il y a tout une gamme qui va de l’associatif pur au fortement encadré et financé publiquement. Il y la gamme de la petite structure locale gérée légèrement aux lourdes associations aux nombreux salariés que l’on distingue mal des structures capitalistes concurrentes. Il y a toute une idéologie bâtie sur l’associatif. On entend par exemple dire que le politique a échoué et que c’est par en bas, par l’associatif, par les collectifs de toutes sortes, les réseaux sociaux que l’on avancera maintenant. Et là il y a le piège. Certes l’associatif au sens large a les nécessités que j’ai citées et bien d’autres. Autant il est bien de développer le principe de subsidiarité là encore au sens large : c’est-à-dire de faire prendre en charge tous les problèmes qui peuvent l’être au niveau le plus bas et par les individus eux-mêmes. Autant il y a des limites qui ne pourront pas être réglées par l’associatif et qui demandent l’intervention du politique. Aujourd’hui le problème central est de reprendre le pouvoir des puissances financières pour le redonner au politique (et national en premier cas) et cela ne pourra pas se faire sans le niveau politique. Certes le mouvement associatif est à la fois une école de citoyenneté et peut être un moyen de pression important dans ce sens, mais c’est en dernier ressort le politique qui devra agir. L’idéologie qui fait tout reposer sur l’associatif, qui déshabille le politique de son futur, sert en réalité les intérêts des puissances financières qui ont tout intérêt à bloquer toute possibilité de changement, y compris dans les têtes toute idée que le changement est possible. Et c’est là qu’est le piège dans lequel est tombé par générosité et par naïveté tout un mouvement post-soixante-huitard, très bobo. Faire la clarté est un acte politique. Nous devons investir en tant que citoyens le mouvement associatif, mais tout en connaissant ses limites. Nous ne pouvons nous contenter de lui.

mardi 18 août 2015

LA CHINE

LA CHINE

L’évolution récente de la situation chinoise pose des questions nouvelles.

Il y a plusieurs changements notables qui font se poser des questions sur son avenir.

La première est le retour à un autoritarisme plus grand. Certes la Chine n’a jamais été une démocratie, loin de là, et de Tienanmen en 1989 à toutes les arrestations de journalistes, blogueurs et artistes indépendants on s’en est bien aperçu depuis longtemps. Mais dans la période récente, depuis un peu avant la prise de pouvoir de Xi Jinping, pour être un peu plus précis il y a un changement qualitatif. Depuis la mort de Mao et la prise de pouvoir de Deng le bureau politique réglait les problèmes de manière collective, même si un dirigeant incarnait plus le pouvoir que les autres. Une règle non écrite voulait que l’on ne s’attaque pas à un membre de ce cercle restreint. Aujourd’hui il semble bien que Xi a pris le pouvoir de manière individuelle. L’arrestation de l'ex-ministre de la Sécurité publique, Zhou Yongkang ancien numéro deux du régime est une première. En parallèle la répression semble se faire beaucoup plus sévère et systématique sur tout ce qui semble faire figure d’opposant. De même que les vieux concepts de lutte des classes semblent réactualisés, alors que se poursuit pourtant la course capitaliste effrénée réelle du pays. Vers quoi s’oriente-t-on ?

Deuxième point la situation économique semble se faire plus délicate. On a vu le système bancaire et boursier en grande difficulté ces derniers mois. Les chiffres de la croissance diminuent, même s’ils restent élevés par rapport aux nôtres. De plus on se demande de plus en plus s’ils ne sont pas exagérés par le pouvoir.

La corruption gangrène tout le pays. Elle sert de prétexte aux destitutions des dirigeants gênants, mais on sait bien que Xi et sa famille ont accumulé eux aussi des fortunes colossales, tout autant que ceux qu’il a fait arrêter. Cela a deux conséquences fortement négatives. D’une part cela empêche l’établissement d’un véritable Etat de Droit, sans lequel le développement économique ne peut pas se faire pleinement. Les investisseurs étrangers, mais nationaux eux aussi, risquent de se lasser de ne pouvoir investir sans risques. C’est bien parce que le marché a jusqu’ici été tellement porteur et promis à un avenir apparemment radieux que nombre y sont allés et sont restés, mais en cas de retournement de conjoncture on pourrait voir un rapide changement de cap. D’autre part cela crée aussi des ressentiments dans la population.

Ces trois points risquent de mettre en cause le compromis tacite entre la population et le pouvoir : pas de démocratie, mais un développement économique et social. En fait il s’agit bien plus de la vieille conception chinoise du gouvernement juste qui risque de boiter. Car la démocratie n’a jamais encore fait partie de la culture chinoise. Par contre la tradition a toujours considéré qu’il fallait laisser le pouvoir à un dirigeant s’il gouvernait bien. En cas contraire il n’est plus considéré comme légitime. Certes la répression et la peur d’un chaos qui serait pire que la situation actuelle peuvent permettre le maintien d’un pouvoir, mais l’expérience historique a toujours montré que sans l’assise d’un soutien populaire tout pouvoir finit toujours par s’effondrer plus ou moins rapidement.

Les événements tragiques de Tianjin pourraient bien être un accélérateur de la situation. Ils ont montré que d’une part, même au cœur de zones les mieux développées la sécurité des citoyens (habitants, travailleurs, pompiers notamment) n’est pas prise en compte. Ils ont montré aussi le manque total de préparation des pompiers qui semble-t-il ont arrosé à l’eau du carbure de calcium explosif à celle-ci, parce qu’ils en ignoraient la présence. Ils ont montré aussi les autorités mentir les premiers jours en affirmant qu’il n’y avait pas de pollution dangereuse. On peut se demander si Tianjin ne pourrait pas devenir le Tchernobyl chinois qui avait tant fait pour accélérer la déstabilisation de l’U.R.S.S. Certes, comme le disait Karl Marx : « l'histoire se répète toujours deux fois : la première comme une tragédie et la seconde comme une comédie », autrement dit elle ne se répète jamais de la même manière.

C’est aussi pourquoi on n’aura jamais un Gorbatchev chinois. Il a montré les erreurs à le pas faire, qu’en ont justement tiré les chinois en refusant toute démocratisation du régime. Mais entre les vœux des dirigeants et la réalité il y a parfois bien de la marge, surtout quand le peuple est mécontent. De toutes façons la Chine semble entrer ces derniers mois dans une nouvelle ère bien plus mouvementée, et comme nous en sommes bien plus interdépendants que jadis cela nous concerne aussi. Si la Chine tousse on n’est pas immunisé d’attraper la grippe.

jeudi 13 août 2015

UNE EUROPE, OUI, MAIS PAS N’IMPORTE LAQUELLE

UNE EUROPE, OUI, MAIS PAS N’IMPORTE LAQUELLE

Deux évènements récents montrent à quel point l’Europe telle qu’elle fonctionne aujourd’hui ne correspond en rien à ce qu’attendent les populations.

Oui nous avons besoin d’une Europe. Nous avons besoin d’une voix forte politique dans le monde d’aujourd’hui pour faire face au danger de grignotage de Poutine, pour faire face aux menaces des fondamentalistes religieux, pour organiser l’accueil des réfugiés du sud chassés de chez eux par la misère, le chômage et l’insécurité. Malheureusement cette Europe politique, celle dont nous avons besoin, n’existe pas ou bien de manière si titubante.

Par contre il existe une Europe, celle que nous ne souhaiterions pas avoir. L’accord sur la Grèce représente tout ce qui ne devrait pas exister. Il a d’abord été marqué par des discussions de marchand de tapis d’égoïsme national. Mais surtout son contenu ne peut qu’être contre productif. Il aggrave l’austérité et donc ne permettra en rien de résoudre le déficit financier. Au contraire il ne peut, comme les plans précédents l’ont démontré, que l’aggraver. Il augmente les impôts (T.V.A. notamment) au lieu d’insister sur la lutte contre la fraude fiscale. Pourtant on sait bien que trop d’impôt tue l’impôt. On ne peut par de telles décisions qu’aggraver la fraude fiscale. On prête de l’argent à la Grèce, mais on s’aperçoit qu’il sert essentiellement à rembourser des emprunts précédents. La solution, et nombre d’économistes le disent, c’est de supprimer la dette ou au moins d’en suspendre les remboursements pour un bon moment. La position psychorigide allemande est totalement inadmissible. L’accord n’aurait pas du être accepté par le gouvernement grec, il n’aggravera que la situation. Il y a des moments où il faut aller au bout des crises, et le référendum et son issue négative était un bon début. Il y avait un deal possible à trouver : annulation ou suspension de la dette contre des réformes structurelles (mais pas d’austérité). Mais personne ne l’a même cherché. Malheureusement, l’Euro montre sa malfaisance (parce qu’il n’y a pas de politique économique commune, parce qu’il n’y a pas redistribution financière entre pays riches et pauvres). Malheureusement encore, maintenant qu’il existe, et qu’il est inévitable qu’il amène de crises en crises, on ne peut s’en sortir que par d’autres graves crises. On est dans le trou ! Deuxième problème la crise des éleveurs. Le problème est le faible prix d’achat des produits agricoles par les grossistes (lait, viande, etc.). La solution n’est pas de donner des subventions aux agriculteurs, mais de fixer des prix minima suffisamment rémunérateurs. A la rigueur permettre des moratoires sur les remboursements de dette, Mais c’est impossible, les accords européens l’interdisent. On marche sur la tête. Au nom de la liberté du commerce il est interdit de fixer des prix minima, comme si la négociation entre agriculteurs et grossistes était équitable. Si le S.M.I.C. n’avait pas existé avant la création de l’Europe il est fort probable que le même argument interdirait un salaire minimum au motif de la liberté de négociation entre patrons et salariés. On l’a échappé belle ! Mais une directive peut être annulée par une nouvelle, ce n’est pas une sourate du Coran !

Quand un gouvernement osera-t-il ouvertement refuser d’obéir à des directives ineptes ? Il y a un grand pourcentage de directives européennes qui devraient être mises à la poubelle. C’est un problème politique. Toutes les constitutions reconnaissent le droit des individus, et donc encore plus des nations, de refuser d’obéir à des ordres iniques. C’est une lutte politique à mener. Syrisa, Podemos, il y a aujourd’hui des possibilités d’avancer en ce sens. La lutte politique n’est pas impossible.

On a construit l’Europe à l’envers. Mais on peut toujours retricoter à l’endroit ce qui l’a été à l’envers. Qui aux présidentielles proposera de manière réaliste et efficace de mener ce combat ? Ne me dites pas seul le Front National ! Il y a de la marge ailleurs, c’est probablement cela la gauche d’aujourd’hui.

UNE RADICALITE NON REVOLUTIONNAIRE

UNE RADICALITE NON REVOLUTIONNAIRE

L’adjectif révolutionnaire que j’emploie renvoie au sens politique de la révolution qui implique la destruction d’un ordre politique ancien, le remplacement par un nouveau, la violence, le désordre économique et social, la croyance en une utopie qui justifie toutes les entorses à la démocratie, à la liberté et aux Droits Humains. Il ne s’agit en aucune façon de révolution au sens économique, comme la révolution industrielle ou au sens sociétal, comme la révolution de la libération des mœurs.

Je suis persuadé, partisan, d’une nécessité de radicalité dans au moins deux domaines, l’économie et l’écologie. Le capitalisme financier qui a pris le pouvoir peu à peu depuis une quarantaine d’années est un ennemi à circonscrire, à transformer en redonnant notamment du pouvoir décisionnel au politique, et au politique national en premier lieu. Le crédo de la liberté absolue des échanges est à combattre radicalement. La terre est de plus en plus agressée par l’homme. Les ressources naturelles sont en voie d’épuisement rapide, y compris l’eau et les terres arables. Le réchauffement climatique modifie tous les équilibres terrestres. La surpopulation est un facteur d’épuisement des ressources, mais aussi de tous les déséquilibres et dangers politiques, migratoires et militaires.

Il n’est pas question de transiger sur ces objectifs. Mais l’on sait en même temps que leur réalité se modifie sans cesse, que notre compréhension évolue elle aussi, que nous ne devons pas idéologiser la réalité, ni dans son analyse, ni dans la manière dont nous voulons solutionner les problèmes. Car alors, ainsi que je le rappelai au départ, on obéit au principe si dangereux de « la fin justifie les moyens » qui est à la base de tous les totalitarismes si meurtriers du siècle précédent. En même temps au nom d’un principe de précaution il ne doit pas être question d’édulcorer, de tergiverser, de faire semblant de maintenir des principes et objectifs tout en refusant d’avancer. Je pars toujours du principe du tao en ce qui concerne les actions. Il est inutile d’entreprendre tout ce qui est irréalisable. Il faut préparer les changements, et les entreprendre quand ils sont mûrs, pas avant. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas les réclamer, en faire la propagande dès le départ. Car la parole est aussi action qui prépare les changements. Mais elle aussi doit être dite de manière à être comprise, sinon elle est aussi contre productive. Nous savons aussi que la manière dont les changements auront lieu, l’issue qu’ils apporteront est imprévisible, contrairement justement à ce que prétendaient les idéologies. Simplement il faut aller vers la voie de ce qui semble juste et sans cesse modifier le cours des actions en fonction de la modification de la réalité et donc de la perception que l’on en a.

Ces deux objectifs et ces trois principes étant rappelés, comment tenter d’agir aujourd’hui. L’objectif principal est politique, redonner poids au politique national notamment. C’est sur ce terrain qu’il faut donc agir prioritairement, ce que ne veux pas dire que la sphère sociale, associative soit à négliger, mais il faut comprendre que si son action peut amener des changements, peut soulager les misères d’aujourd’hui, peut faire prendre conscience, peut pousser le monde politique à agir ; c’est le politique qui sera en dernier lieu décisif. Les deux principales forces politiques d’aujourd’hui P.S. et Les Républicains, alliées au monde médiatique et culturel dominant sont les soutiens de cette pensée unique qui, actuellement, est, quoiqu’ils disent, l’alliée objectif du capitalisme financier en justifiant notamment l’impossibilité d’agir contre lui et en soutenant toutes les idées qu’il véhicule. La montée du Front National est la conséquence de cet abandon par ces deux forces de la défense des intérêts nationaux et du peuple. Dans d’autres pays, comme la Grèce et l’Espagne, c’est l’extrême gauche qui a pris ce rôle, hélas pas en France. Nous ne savons pas d’où viendra la possibilité de changement. Je voudrai rappeler un précédent historique. Quand est né et s’est développé le capitalisme industriel au 19ème siècle il y avait deux courants de gauche qui ont tenté de l’analyser et d’en tirer des conséquences pour l’action, ces deux courants deviendront la social-démocratie et le communisme (Marx notamment). Il semblait évident que l’avenir était à ceux qui prônaient la révolution et qu’un patronat qui organisait la profonde misère ouvrière de l’époque (« les enfants de 5 ans travaillant dans les mines » que chantait Ferrat) ne se laisserait vaincre que par la Révolution. Pourtant au final on est arrivé dans les années 60-70 du siècle dernier à une unanimité social-démocrate de la droite et de la gauche pour défendre, soutenir et promouvoir l’état providence, tout au moins dans les pays occidentaux développés. L’utopie communiste, si généreuse sur le papier s’est révélée irréaliste et meurtrière en substance même. Il a fallu notamment en passer par des décennies d’errance idéologique communiste, avec ses tombereaux de morts pour en arriver là. Mais la social-démocratie avait triomphé. Nous ne savons pas comment avec le temps et les évènements historiques de demain et après demain évolueront les mentalités. Pour l’instant nos deux grands partis de gouvernement sont des thuriféraires de la pensée unique et des soutiens efficaces du capitalisme financier. Seuls les extrêmes luttent vraiment contre. Il peut donc sembler efficace d’espérer faire l’union de la gauche résolument opposée au capital financier et de la renforcer. Cela semble un préalable. Mais demain qu’en sera-t-il ? Nul ne le sait. De toute façon il faut aussi agir de manière réaliste et responsable et en ce sens s’opposer au deuxième tour au Front National est une nécessité, même si on est bien conscient que la force de ce Front vient justement de l’attitude des deux grands partis qui ont abandonné l’intérêt national et populaire. Il faut donc le faire, mais sans illusions.

Bien des choses évoluent, en France, en Europe et ailleurs. L’ultra libéralisme bruxellois n’est pas forcément éternel. Même si on est convaincu que la création de l’Euro était une erreur, parce qu’elle n’aurait pas du se faire sans une union politique forte préalable des signataires, sa sortie aujourd’hui serait probablement bien pire que son maintien. Le réalisme s’impose. Il faut tout faire pour éviter des actes préjudiciables à la population. Mais encore une fois cela ne doit pas faire taire, ni oublier le radicalisme des objectifs nécessaires à long terme, pas forcément si long espérons le.

mardi 7 juillet 2015

GRECE

Les Grecs ont donc voté non au plan d’austérité européen. On n’a pas de conseil à leur donner, car c’est eux qui d’une manière ou d’une autre subiront les conséquences de leur vote. On n’a pas le droit d’avoir l’attitude irresponsable de B.H.L. qui appelait les Ukrainiens place Maïdan à rejoindre l’Europe, alors que les conséquences pouvaient et ont été très graves (y compris en vies humaines) et que lui a repris l’avion le soir. Simplement, après vote, je dirai que si j’avais été grec j’aurai voté non dimanche dernier. Tout est comme d’habitude montré en noir ou blanc. Pourtant rien n’est simple. D’un côté il est évident que la potion amère qui a été imposée à la Grèce depuis 2007 n’a fait qu’aggraver les choses et qu’elle a été totalement contre productive. L’austérité pour tous, qui frappe donc les plus faibles en priorité (et souvent eux seuls) n’a fait que diminuer la production, les rentrées fiscales et donc augmenter la dette et le chômage des jeunes en particulier. Les Grecs ont donc eu raison de refuser une politique qui va dans le même sens. D’ailleurs les économistes un peu ouverts que ce soit Stiglitz ou Piketty et même Strauss Kahn le disent tout haut. D’un autre côté des réformes devraient être faites. La lutte contre la corruption, contre le travail non déclaré qui grève les impôts, la réduction des exonérations fiscales de la richissime église grecque, des grandes dépenses militaires pour ne prendre que ces points symptomatiques sont des réformes ajournées ou insuffisamment menées. Il y a largement la possibilité d’un compromis d’autant que l’économie grecque représente très peu en Europe. Tous les pays européens ont fait au moins une fois défaut sur tout on partie de leur dette (y compris l’Allemagne dans les années 1950). Par contre l’importance de la Grèce est grande. Importance symbolique d’abord et ce n’est pas négligeable. Mais aussi importance géopolitique : limitrophe de la Turquie, proche du Moyen Orient en feu, porte d’entrée très importante de l’immigration clandestine en Europe. Mais aussi un pays tenté par l’alliance avec la Russie poutinienne. Veut-on envoyer la Grèce dans les bras de Poutine ? Malheureusement ce qui manque à l’Europe, comme toujours, c’est à la fois des structures politiques et une intelligence. Des structures politiques car tout devra être décidé à l’unanimité et ce sera impossible ou au moins très difficile. D’intelligence car les préjugés étroits risquent inévitablement de l’emporter dans nombre d’Etats. Souhaitons que j’aie tort pour le bien de ce pays que j’aime tant et où j’ai toujours envie de revenir.

mardi 21 avril 2015

L’AUTRUCHE

L’AUTRUCHE

Les horribles drames qui se multiplient en Méditerranée ces derniers jours portent à l’actualité le caractère insoluble des problèmes migratoires. Il y a un manque criant d’analyse de la situation due en grande partie à un refus de voir la réalité qui confine à la politique de l’autruche.

Les drames humanitaires qui ont lieu tant en Orient, plus ou moins proche (Irak, Syrie, Afghanistan, Lybie…) qu’en Afrique subsaharienne alimentent une immigration sauvage. Chacun sait que la seule solution serait la stabilisation politique et économique de ces pays (et encore ce ne serait qu’une solution partielle). Or les interventions malheureuses tant en Irak, qu’en Afghanistan et qu’en Lybie ont montré l’impossibilité d’une telle solution.

De plus l’Afrique subsaharienne connaît une croissance démographique qui devrait faire doubler la population du continent (un peu plus d’un milliard actuellement) d’ici 2050 et quadrupler d’ici la fin du siècle. C’est le seul continent qui sera dans une telle situation démographique. Que deviendra le milliard d’individu supplémentaire d’ici 2050 et que deviendront les 3 milliards supplémentaires d’ici la fin du siècle ? Les possibilités de développement économique, en premier lieu l’agriculture, ne correspondent pas à une telle croissance. La croissance économique africaine est à la mode depuis quelques années dans certains milieux économiques, mais elle est ne permet pas une baisse réelle de la pauvreté des populations qui voient dans l’immigration leur seule voie d’avenir. Quand on demande aux jeunes algériens comment ils voient leur avenir, la réponse est très majoritairement « immigrer en France ». On cite par exemple souvent le Nigéria comme un pays en développement, en fait son P.I.B. est gonflé par les exportations de pétrole. Il n’est pas dans une véritable situation de développement économique, mais plutôt victime du syndrome hollandais (un faux développement qui repose sur le sable, car basé sur des exportations de matières premières). La population nigériane est loin de bénéficier de la manne pétrolière et tout le nord-est du pays est aux mains de Boko-haram !

On sait bien que l’immigration est quasiment impossible à endiguer, encore plus dans nos états démocratiques. L’immigration massive qui commence à arriver alimente les peurs xénophobes et les votes populistes. Mais ces partis, pas plus que d’autres, ne pourront freiner le phénomène. L’Europe est placée devant une impossibilité. Elle ne peut humainement fermer les yeux et elle n’a pas les moyens de freiner le mouvement. On peut essayer d’aider le développement économique dans les pays d’origine, mais c’est une solution de très longue haleine et quasiment impossible dans des pays en déliquescence ? On peut arrêter des passeurs, mais combien reprendront la chaîne dès le lendemain (quand il y a de l’argent en jeu on ne peut empêcher les mafias de proliférer) ?

Le problème est aussi de voir ce qui va advenir et comment gérer le problème ici et maintenant. D’ores et déjà la situation actuelle est très mal connue, en grande partie parce qu’on ne veut pas la regarder en face. Au nom d’une laïcité mal comprise on interdit en France toutes les statistiques qui pourraient mesurer la réalité. On ne sait pas par exemple combien il y a en France de naissances issues des différentes immigrations. De la même manière que jusqu’à très récemment on ne mesurait pas l’émigration française vers l’étranger, parce qu’on ne voulait pas l’imaginer possible. Le paysage culturel français est d’ores et déjà modifié par l’immigration récente. Entre les populistes qui la mettent au pilori, mais qui au pouvoir n’auraient aucun moyen d’agir réellement, et les bobos qui se félicitent béatement du multiculturalisme, il y a la réalité qu’il faudrait savoir analyser et à laquelle il faut essayer de faire face, qu’on le veuille ou non. Or cette réalité c’est bien une situation d’exclusion de la grande majorité des populations issues des immigrations récentes. C’est la ghettoïsation au lieu de l’intégration de la seconde moitié du siècle précédent. C’est le rejet des uns (les immigrés récents) par les autres (les Français les plus pauvres) et réciproquement. C’est la modification des équilibres démographiques (de manière inconnue puisqu’on se refuse à les mesurer). Mais il est certain que d’ores et déjà, et de plus en plus dans l’avenir la proportion de naissances issues de l’immigration récente ou de populations immigrées plus anciennes mais ghettoïsées, sera de plus en plus importante. Si on regarde l’exemple israélien on voit comment des immigrations successives (arrivées de juifs séfarades, puis de Russie) certes probablement proportionnellement plus importantes que chez nous, encore que on ne connaît pas de quoi demain sera fait, ont modifié l’équilibre politique en Israël qui est passé d’un pays très majoritairement socialiste pendant des décennies à un pays où la droite (et la plus intransigeante le plus souvent) est devenue largement majoritaire, multipliant les implantations en territoires palestiniens et ruinant tout espoir de paix.

Les vagues d’immigration qui vont venir, soyons réalistes, modifieront la structure politique, culturelle, sociale et économique de l’Europe et de la France naturellement. Y réfléchir serait un premier pas bénéfique. Au lieu de faire l’autruche… Et permettrait peut être de trouver des solutions réalistes, à tout le moins de les chercher.

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