LES GRANDES REALISATIONS 8 septembre 2010

Je n’arrive pas à me résoudre à une position simple en ce qui concerne les grandes réalisations, que ce soient celles léguées par le patrimoine historique, comme les châteaux, cathédrales, etc. ; ou celles du même genre que l’on construit actuellement.

Quand on pense au patrimoine historique, quand on visite un pays, une ville, une région, une grande partie est représentée par ces grandes réalisations historiques ou leurs traces. Si on visite Reims c’est la Cathédrale, Saint Rémi, le Palais du Tau et puis éventuellement après d’autres choses. Je reviens de Berlin où les châteaux des rois de Prusse, devenus empereurs d’Allemagne sont particulièrement imposants (Charlottenbourg, Sanssoucis,…). Même à Weimar les châteaux des seigneurs locaux représentent une grande partie du patrimoine. Quand on visite la Crête on est face à ces anciens Palais/Sanctuaires (Knossos, Phaestos, Malia, Zakros…). Cette immense richesse essentiellement accumulée pour la religion dans l’antiquité, puis de plus en plus par la suite pour le pouvoir politique pose naturellement le problème de la répartition des richesses aux époques concernées. Tant de richesses d’un côté, alors que d’autre part régnait souvent la misère, ou pour le moins aux meilleurs époques la frugalité du plus grand nombre. Pourtant sans cet élan mystique, encadré par la pouvoir, et/puis sans cette domination autoritaire qui a imposé ces réalisations somptuaires nous n’aurions pas un tel patrimoine. N’y avait-t-il pas aussi la fierté de ceux qui le côtoyaient, aidaient à sa réalisation, mêmes pauvres. Et ces grandes réalisations n’ont-elles pas été des moteurs indispensables au développement de la culture, de l’art et des techniques à l’époque qui ont ensuite profité au plus grand nombre. C’est vrai aussi que l’on s’intéresse de plus en plus à d’autres facettes du patrimoine, touchant à la vie quotidienne du plus grand nombre, même si naturellement on n’est pas dans le spectaculaire. Ce retour à la vie quotidienne, aux témoignages des individus se développe depuis une cinquantaine d’années, mais prend plus d’ampleur avec la remise en cause de la modernité.

Dans l’actualité d’aujourd’hui je n’arrive pas non plus à me résoudre à une position simple sur les réalisations d’aujourd’hui. Plus une société est démocratique plus elle va mettre l’accent sur l’intérêt du plus grand nombre, sur les plus pauvres, d’ici et d’ailleurs en priorité. Dans ces conditions les grandes réalisations sont elles utiles ? Supplément d’âme utile ou inutile ? Au minimum elles doivent être pensées pour servir au plus grand nombre. De la même manière l’aide publique à la création artistique est un problème de même espèce. Aide publique ici, mécénat privé dans les pays anglo-saxons. Ne nous faisons pas d’illusion, nos scènes culturelles subventionnées d’une manière ou d’une autre, ne sont fréquentées pour l'essentiel que par une élite, quelque soit les louables et incessants efforts de démocratisation entrepris un peu partout. Quelle solution ? Où mettre le curseur entre les grandes réalisations, l’aide à la culture, et une politique sociale, surtout à l’époque de l’argent public de plus en plus rare ? Ecrire ne me donne pas plus de solutions.