INDEPENDANCE DE LA GRECE AU 19ème SIECLE, C’ETAIT DEJA L’INGERENCE HUMANITAIRE 3 juillet 2011

Ici en voyage à Chios, je suis amené à repenser aux interventions humanitaires. Chios l’île des massacres ottomans de 1822. On parle généralement du rôle des intellectuels à partir de l’affaire Dreyfus et du « J’Accuse » de Zola. Mais la cause de l’indépendance Grecque, défendue par Byron, Delacroix et ses « massacres de Chios » et Hugo avec son « enfant grec » notamment montre que déjà le rôle des intellectuels était très important. Et il vaudra aux Grecs une aide internationale aidant la conquête de leur indépendance. Près de 200 ans après l’exemple de l’expérience grecque permet de bien analyser le principe d’ingérence humanitaire, voire démocratique, avec tout le recul du temps. En ce milieu de 19ème Siècle l’exigence révolutionnaire était moins démocratique que nationaliste. Le « printemps des peuples » prendra son ampleur maximale avec les révolutions de 1848, puis les unités italiennes et allemandes. Un combat idéologique politique et social de suprématie se déroulait entre nationalisme, démocratie et déjà embryon du socialisme. Dans ce premier temps c’est le nationalisme qui prit le dessus. La cause grecque n’était pas déjà pour les grandes puissances occidentales sans arrières pensées. Il s’agissait pour elles de mettre à bas l’Empire Ottoman, représenté en « grand malade » et de se partager ses dépouilles. Cet empire qui tentera, comme d’ailleurs l’Empire Austro-hongrois sa modernisation en fin de siècle, mais échouera. Avec le recul du temps il est paradoxal de penser que ces modernisations auraient peut-être pu empêcher la montée des nationalismes excessifs qui mèneront à de grandes tragédies européennes du 20ème Siècle, les massacres de la première guerre mondiale et les fascisme, nazisme et autres dictatures nationalistes des années 1920 à 40. Mais on ne réécrit pas l’histoire. La possibilité de transformer ces deux grands empires en fédéralisme pluri national et démocratique ne pouvait réussir car la suprématie appartenait aux nationalismes qui les dépèceront, créant des entités nationales, recherchant les purifications ethniques. L’empire ottoman lui-même, fondamentalement pluriethnique, finira par devenir une Turquie aux mains des nationalistes turcs de Mustapha Kemal. Il ne restera de l’Autriche qu’un état allemand qui désirera la fusion dans une grande Allemagne. Les nationalismes grec, balkaniques, arabes et finalement turc auront raison du pluri ethnisme et on en arrivera au génocide arménien, à la purification ethnique grecque et turque avec les échanges forcés de population après 1922 les Grecs chassés notamment de Smyrne devenue Izmir et les Turcs de Grèce du Nord. Si la Turquie s’en est un peu moins mal sortie que l’Autriche elle ne le doit qu’à la dure guerre nationale menée par Mustapha Kemal car le premier partage en 1918 la dépeçait, comme l’Autriche jusqu’à l’os. Si on fait le point près de 200 ans après les massacres de Chios on constate que l’indépendance grecque, comme les autres indépendances balkaniques et arabes ont empêché la transformation d’une entité qui aurait pu devenir multi ethnique et démocratique et qu’elles ont crée des nationalismes belliqueux dans le feu et le sang. Ces nationalismes sont à peine sur le déclin aujourd’hui. Les guerres lors de l’éclatement de l’ex-Yougoslavie ne sont pas loin. La deuxième guerre mondiale a encore aggravé la purification ethnique en anéantissant presque totalement la population juive séfarade de Céphalonie, Thessalonique, Rhodes, etc. La pression du nationalisme a perturbé la démocratisation des pays, qui certes avancent tous à leur rythme et à leur manière dans la construction démocratique. Si on regarde les résultats de cette « intervention humanitaire » du 19ème siècle à l’appel des intellectuels on constate qu’elle avait les mêmes défauts et était grosse des mêmes dangers que nos interventions d’aujourd’hui. Pour contrer les massacres et la volonté d’indépendance on a freiné la démocratisation, on a exacerbé les nationalismes. Certes on n’en connaissait pas alors les dangers, mais c’est bien là le problème. On agit toujours sans savoir réellement quel futur sortira de nos actions. D’où la nécessité de prudence extrême que nous devons toujours avoir. Aujourd’hui on cherche à établir une construction européenne en fusionnant, niant les différences nationales. N’y a-t-il pas autant de danger dans cette construction opposée qui alimente les populismes de droite et de gauche partout en Europe. Les interventions humanitaires d’aujourd’hui sont plus difficiles que celles d’hier. On voit bien comme, même l’hyper puissance américaine est mise en difficulté tant en Irak qu’en Iran. L’époque où on pouvait mettre au pas un peuple avec quelques coups d’une canonnière est heureusement révolue. Nos interventions, par ignorance ou par forfanterie sont grosses de dangers, les pires étant imprévisibles. On le voit en Irak, en Afghanistan, aujourd’hui en Lybie, demain en Syrie ou en Iran ?