NIETZSCHE 18 août 2012

On peut dire de Nietzsche qu’il est colossal dans tous les sens. En cela il représente un tournant important, il dit au marteau, on pourrait dire à la dynamite, de la philosophie. Mais aussi colossal dans la provocation, la mégalomanie indice très probablement de sa folie qui s’approche.

Plus que tout autre, à l’image de Rousseau qu’il déteste, Nietzsche mélange les genres. Il mélange notamment philosophie et poésie dans son « Zarathoustra ». Il a un style direct, inimitable, et vraiment à la dynamite, critiquant quasiment tous dans un langage très personnel.

Sa critique essentielle est celle de tous ceux qui prônent la priorité d’un arrière monde sur le monde réel. Il vise Platon et sa caverne aussi bien que toutes les religions et naturellement la chrétienne en premier lieu, mais aussi les philosophes athées laïques qui cherchaient de son temps à maintenir les idées morales en les détachant de la religion. Il est radicalement athée et son combat contre les religieux de tous bords est une priorité. Pour lui « Dieu est mort ». Il défend comme prioritaire l’importance à accorder à la vie ici et maintenant.

Il défend aussi l’idée que toutes nos pensées sont dues à des instincts physiques. Il faut laisser la primauté à nos instincts. En cela il n’est pas sans rappeler, mais sans théorisation, les concepts que développera Freud. Il passe beaucoup de temps à disserter nourriture, météorologie, maladies diverses, etc.

Il défend aussi l’idée de la diversité naturelle des hommes qu’il ne faut pas perturber. Cela parfois pourrait se rapprocher d’un certain racisme, mais contrairement à ce qu’on a pu tenter de lui faire dire, une fois mort, il n’est en rien antisémite, guerroyant très souvent par la plume contre ceux-ci. Il est par contre dans cette attitude très méprisant pour le peuple et professe la supériorité des meilleurs (lui naturellement en tête). Il est même, de manière acharnée, et très lourde, antiallemand et profondément européen.

Il est partisan du corps, de la sexualité, comme instinct. Et il prône les valeurs fortes (on pourrait dire en le raillant, allemandes) contre les valeurs douces et douillettes, féminines, efféminées, même s’il n’utilise pas le terme.

Bien qu’il se proclame « apolitique » ses idées le classent fortement. Certes il est partisan d’une unité politique européenne, mais c’est celle de Napoléon qui lui parle le plus. Certes il est contre le nationalisme allemand bismarckien. Néanmoins à l’appui de sa défense de la diversité naturelle des hommes il a une vision très aristocratique de ceux-ci. Il est de manière permanente et provocatrice antiféministe (haine des femmes qui le fuient, de sa soeur ?). Sa vision de la famille et du mariage est on ne plus traditionnaliste, à l’opposé de sa prétendue remise en cause de la morale. Il est opposé aux militants anarchistes et socialistes. Il ne voit chez eux que des ratés qui ne cherchent dans leur activité politique qu’une vengeance contre leur situation personnelle. La question ouvrière pour lui est une aberration. Il s’oppose aux revendications qui pourraient amener à un certain égalitarisme, tant au plan matériel qu’intellectuel. Il regrette fortement la relative démocratisation de l’enseignement supérieur qui pour lui ne produit plus rien d’essentiel. Il s’oppose à la notion politique d’égalité, et naturellement à Rousseau, au nom de cette différence naturelle des individus. La démocratie qui commençait à s’implanter en Allemagne c’est pour lui la décadence : les meilleurs dominés par les médiocres. Dans la lutte naturelle des individus entre eux il parle souvent de guerre et si c’est souvent de guerre intellectuelle qu’il s’agit, il est aussi loin de critiquer le principe même de la vraie guerre, au contraire.

Dans tous ces textes et sensiblement, bien que je n’en sois pas spécialiste, de plus en plus quand il va vers son coup de folie, qui le maintiendra dix ans en état quasi végétatif, de plus en plus mégalomane. Il se prend de plus en plus pour celui qui va révolutionner le monde, comme le nouveau Jésus, son « Zarathoustra » étant le cinquième évangile. Et s’il se dit non étonné d’être totalement incompris (mais il exagère ses soutiens étrangers, comme ses aventures féminines). On sent le dépit pointer dans tous ses écrits.

Nietzche doit être mesuré dans tous ses aspects. Nous n’avons probablement pas fini de tirer toutes les conclusions qu’il tire de la mort de Dieu, de la priorité des instincts, de la vie sur terre (la seule qui existe et doit être valorisée), de sa positivité. Sa destruction de la morale est à mettre en parallèle avec l’évolution des mœurs ces dernières décennies. Mais en même temps il faut savoir prendre en compte sa nature profondément réactionnaire, historiquement datée, sans faire l’erreur de le prendre pour un pré-nazi antisémite, ce qu’il n’était en aucun cas.