UNE RADICALITE NON REVOLUTIONNAIRE

L’adjectif révolutionnaire que j’emploie renvoie au sens politique de la révolution qui implique la destruction d’un ordre politique ancien, le remplacement par un nouveau, la violence, le désordre économique et social, la croyance en une utopie qui justifie toutes les entorses à la démocratie, à la liberté et aux Droits Humains. Il ne s’agit en aucune façon de révolution au sens économique, comme la révolution industrielle ou au sens sociétal, comme la révolution de la libération des mœurs.

Je suis persuadé, partisan, d’une nécessité de radicalité dans au moins deux domaines, l’économie et l’écologie. Le capitalisme financier qui a pris le pouvoir peu à peu depuis une quarantaine d’années est un ennemi à circonscrire, à transformer en redonnant notamment du pouvoir décisionnel au politique, et au politique national en premier lieu. Le crédo de la liberté absolue des échanges est à combattre radicalement. La terre est de plus en plus agressée par l’homme. Les ressources naturelles sont en voie d’épuisement rapide, y compris l’eau et les terres arables. Le réchauffement climatique modifie tous les équilibres terrestres. La surpopulation est un facteur d’épuisement des ressources, mais aussi de tous les déséquilibres et dangers politiques, migratoires et militaires.

Il n’est pas question de transiger sur ces objectifs. Mais l’on sait en même temps que leur réalité se modifie sans cesse, que notre compréhension évolue elle aussi, que nous ne devons pas idéologiser la réalité, ni dans son analyse, ni dans la manière dont nous voulons solutionner les problèmes. Car alors, ainsi que je le rappelai au départ, on obéit au principe si dangereux de « la fin justifie les moyens » qui est à la base de tous les totalitarismes si meurtriers du siècle précédent. En même temps au nom d’un principe de précaution il ne doit pas être question d’édulcorer, de tergiverser, de faire semblant de maintenir des principes et objectifs tout en refusant d’avancer. Je pars toujours du principe du tao en ce qui concerne les actions. Il est inutile d’entreprendre tout ce qui est irréalisable. Il faut préparer les changements, et les entreprendre quand ils sont mûrs, pas avant. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas les réclamer, en faire la propagande dès le départ. Car la parole est aussi action qui prépare les changements. Mais elle aussi doit être dite de manière à être comprise, sinon elle est aussi contre productive. Nous savons aussi que la manière dont les changements auront lieu, l’issue qu’ils apporteront est imprévisible, contrairement justement à ce que prétendaient les idéologies. Simplement il faut aller vers la voie de ce qui semble juste et sans cesse modifier le cours des actions en fonction de la modification de la réalité et donc de la perception que l’on en a.

Ces deux objectifs et ces trois principes étant rappelés, comment tenter d’agir aujourd’hui. L’objectif principal est politique, redonner poids au politique national notamment. C’est sur ce terrain qu’il faut donc agir prioritairement, ce que ne veux pas dire que la sphère sociale, associative soit à négliger, mais il faut comprendre que si son action peut amener des changements, peut soulager les misères d’aujourd’hui, peut faire prendre conscience, peut pousser le monde politique à agir ; c’est le politique qui sera en dernier lieu décisif. Les deux principales forces politiques d’aujourd’hui P.S. et Les Républicains, alliées au monde médiatique et culturel dominant sont les soutiens de cette pensée unique qui, actuellement, est, quoiqu’ils disent, l’alliée objectif du capitalisme financier en justifiant notamment l’impossibilité d’agir contre lui et en soutenant toutes les idées qu’il véhicule. La montée du Front National est la conséquence de cet abandon par ces deux forces de la défense des intérêts nationaux et du peuple. Dans d’autres pays, comme la Grèce et l’Espagne, c’est l’extrême gauche qui a pris ce rôle, hélas pas en France. Nous ne savons pas d’où viendra la possibilité de changement. Je voudrai rappeler un précédent historique. Quand est né et s’est développé le capitalisme industriel au 19ème siècle il y avait deux courants de gauche qui ont tenté de l’analyser et d’en tirer des conséquences pour l’action, ces deux courants deviendront la social-démocratie et le communisme (Marx notamment). Il semblait évident que l’avenir était à ceux qui prônaient la révolution et qu’un patronat qui organisait la profonde misère ouvrière de l’époque (« les enfants de 5 ans travaillant dans les mines » que chantait Ferrat) ne se laisserait vaincre que par la Révolution. Pourtant au final on est arrivé dans les années 60-70 du siècle dernier à une unanimité social-démocrate de la droite et de la gauche pour défendre, soutenir et promouvoir l’état providence, tout au moins dans les pays occidentaux développés. L’utopie communiste, si généreuse sur le papier s’est révélée irréaliste et meurtrière en substance même. Il a fallu notamment en passer par des décennies d’errance idéologique communiste, avec ses tombereaux de morts pour en arriver là. Mais la social-démocratie avait triomphé. Nous ne savons pas comment avec le temps et les évènements historiques de demain et après demain évolueront les mentalités. Pour l’instant nos deux grands partis de gouvernement sont des thuriféraires de la pensée unique et des soutiens efficaces du capitalisme financier. Seuls les extrêmes luttent vraiment contre. Il peut donc sembler efficace d’espérer faire l’union de la gauche résolument opposée au capital financier et de la renforcer. Cela semble un préalable. Mais demain qu’en sera-t-il ? Nul ne le sait. De toute façon il faut aussi agir de manière réaliste et responsable et en ce sens s’opposer au deuxième tour au Front National est une nécessité, même si on est bien conscient que la force de ce Front vient justement de l’attitude des deux grands partis qui ont abandonné l’intérêt national et populaire. Il faut donc le faire, mais sans illusions.

Bien des choses évoluent, en France, en Europe et ailleurs. L’ultra libéralisme bruxellois n’est pas forcément éternel. Même si on est convaincu que la création de l’Euro était une erreur, parce qu’elle n’aurait pas du se faire sans une union politique forte préalable des signataires, sa sortie aujourd’hui serait probablement bien pire que son maintien. Le réalisme s’impose. Il faut tout faire pour éviter des actes préjudiciables à la population. Mais encore une fois cela ne doit pas faire taire, ni oublier le radicalisme des objectifs nécessaires à long terme, pas forcément si long espérons le.