LA CHINE

L’évolution récente de la situation chinoise pose des questions nouvelles.

Il y a plusieurs changements notables qui font se poser des questions sur son avenir.

La première est le retour à un autoritarisme plus grand. Certes la Chine n’a jamais été une démocratie, loin de là, et de Tienanmen en 1989 à toutes les arrestations de journalistes, blogueurs et artistes indépendants on s’en est bien aperçu depuis longtemps. Mais dans la période récente, depuis un peu avant la prise de pouvoir de Xi Jinping, pour être un peu plus précis il y a un changement qualitatif. Depuis la mort de Mao et la prise de pouvoir de Deng le bureau politique réglait les problèmes de manière collective, même si un dirigeant incarnait plus le pouvoir que les autres. Une règle non écrite voulait que l’on ne s’attaque pas à un membre de ce cercle restreint. Aujourd’hui il semble bien que Xi a pris le pouvoir de manière individuelle. L’arrestation de l'ex-ministre de la Sécurité publique, Zhou Yongkang ancien numéro deux du régime est une première. En parallèle la répression semble se faire beaucoup plus sévère et systématique sur tout ce qui semble faire figure d’opposant. De même que les vieux concepts de lutte des classes semblent réactualisés, alors que se poursuit pourtant la course capitaliste effrénée réelle du pays. Vers quoi s’oriente-t-on ?

Deuxième point la situation économique semble se faire plus délicate. On a vu le système bancaire et boursier en grande difficulté ces derniers mois. Les chiffres de la croissance diminuent, même s’ils restent élevés par rapport aux nôtres. De plus on se demande de plus en plus s’ils ne sont pas exagérés par le pouvoir.

La corruption gangrène tout le pays. Elle sert de prétexte aux destitutions des dirigeants gênants, mais on sait bien que Xi et sa famille ont accumulé eux aussi des fortunes colossales, tout autant que ceux qu’il a fait arrêter. Cela a deux conséquences fortement négatives. D’une part cela empêche l’établissement d’un véritable Etat de Droit, sans lequel le développement économique ne peut pas se faire pleinement. Les investisseurs étrangers, mais nationaux eux aussi, risquent de se lasser de ne pouvoir investir sans risques. C’est bien parce que le marché a jusqu’ici été tellement porteur et promis à un avenir apparemment radieux que nombre y sont allés et sont restés, mais en cas de retournement de conjoncture on pourrait voir un rapide changement de cap. D’autre part cela crée aussi des ressentiments dans la population.

Ces trois points risquent de mettre en cause le compromis tacite entre la population et le pouvoir : pas de démocratie, mais un développement économique et social. En fait il s’agit bien plus de la vieille conception chinoise du gouvernement juste qui risque de boiter. Car la démocratie n’a jamais encore fait partie de la culture chinoise. Par contre la tradition a toujours considéré qu’il fallait laisser le pouvoir à un dirigeant s’il gouvernait bien. En cas contraire il n’est plus considéré comme légitime. Certes la répression et la peur d’un chaos qui serait pire que la situation actuelle peuvent permettre le maintien d’un pouvoir, mais l’expérience historique a toujours montré que sans l’assise d’un soutien populaire tout pouvoir finit toujours par s’effondrer plus ou moins rapidement.

Les événements tragiques de Tianjin pourraient bien être un accélérateur de la situation. Ils ont montré que d’une part, même au cœur de zones les mieux développées la sécurité des citoyens (habitants, travailleurs, pompiers notamment) n’est pas prise en compte. Ils ont montré aussi le manque total de préparation des pompiers qui semble-t-il ont arrosé à l’eau du carbure de calcium explosif à celle-ci, parce qu’ils en ignoraient la présence. Ils ont montré aussi les autorités mentir les premiers jours en affirmant qu’il n’y avait pas de pollution dangereuse. On peut se demander si Tianjin ne pourrait pas devenir le Tchernobyl chinois qui avait tant fait pour accélérer la déstabilisation de l’U.R.S.S. Certes, comme le disait Karl Marx : « l'histoire se répète toujours deux fois : la première comme une tragédie et la seconde comme une comédie », autrement dit elle ne se répète jamais de la même manière.

C’est aussi pourquoi on n’aura jamais un Gorbatchev chinois. Il a montré les erreurs à le pas faire, qu’en ont justement tiré les chinois en refusant toute démocratisation du régime. Mais entre les vœux des dirigeants et la réalité il y a parfois bien de la marge, surtout quand le peuple est mécontent. De toutes façons la Chine semble entrer ces derniers mois dans une nouvelle ère bien plus mouvementée, et comme nous en sommes bien plus interdépendants que jadis cela nous concerne aussi. Si la Chine tousse on n’est pas immunisé d’attraper la grippe.