ASSOCIATIF NECESSITES ET PIEGE

Autant le politique est décrié et déserté, autant les mouvements associatifs au sens large sont investis et valorisés. Cela correspond à bien des nécessités. Dans un monde où les inégalités et la misère tant intérieures qu’extérieures sont criantes, au moment où de plus les pouvoirs publics voient leurs moyens diminuer il est nécessaire que les individus s’investissent pour tenter de mille et une façons de colmater comme ils le peuvent, les brèches ouvertes. Des multiples aides aux sans ressources (Emmaüs, Restaus du Cœur, Secours Catholique, Populaire, Aide Contre la Faim, ATD Quart Monde…) aux aides médicales (Médecins du Monde… ). L’associatif c’est aussi une école, une formation à la citoyenneté, à l’autre. L’associatif c’est aussi la prise en charge de problèmes spécifiques sans passer par les structures officielles. C’est ainsi que c’est formé le mouvement sportif, les mouvements associatifs, que sont gérés des structures de tous types y compris les mutuelles, les banques coopératives, les associations d’aide à l’insertion… Dans ce mouvement il y a tout une gamme qui va de l’associatif pur au fortement encadré et financé publiquement. Il y la gamme de la petite structure locale gérée légèrement aux lourdes associations aux nombreux salariés que l’on distingue mal des structures capitalistes concurrentes. Il y a toute une idéologie bâtie sur l’associatif. On entend par exemple dire que le politique a échoué et que c’est par en bas, par l’associatif, par les collectifs de toutes sortes, les réseaux sociaux que l’on avancera maintenant. Et là il y a le piège. Certes l’associatif au sens large a les nécessités que j’ai citées et bien d’autres. Autant il est bien de développer le principe de subsidiarité là encore au sens large : c’est-à-dire de faire prendre en charge tous les problèmes qui peuvent l’être au niveau le plus bas et par les individus eux-mêmes. Autant il y a des limites qui ne pourront pas être réglées par l’associatif et qui demandent l’intervention du politique. Aujourd’hui le problème central est de reprendre le pouvoir des puissances financières pour le redonner au politique (et national en premier cas) et cela ne pourra pas se faire sans le niveau politique. Certes le mouvement associatif est à la fois une école de citoyenneté et peut être un moyen de pression important dans ce sens, mais c’est en dernier ressort le politique qui devra agir. L’idéologie qui fait tout reposer sur l’associatif, qui déshabille le politique de son futur, sert en réalité les intérêts des puissances financières qui ont tout intérêt à bloquer toute possibilité de changement, y compris dans les têtes toute idée que le changement est possible. Et c’est là qu’est le piège dans lequel est tombé par générosité et par naïveté tout un mouvement post-soixante-huitard, très bobo. Faire la clarté est un acte politique. Nous devons investir en tant que citoyens le mouvement associatif, mais tout en connaissant ses limites. Nous ne pouvons nous contenter de lui.