LA TRANSITION DEMOCRATIQUE EN SYRIE

Titre du Monde aujourd’hui : « POUTINE APPELLE A UNE ALLIANCE AVEC ASSAD CONTRE L’ETAT ISLAMIQUE » ; quatre sous titres dont : « Les Occidentaux eux, lient la résolution du conflit au départ du dirigeant syrien et à la mise en place d’une transition démocratique à Damas ».

Ah que voilà un beau vœu pieu, qui me met en colère parce qu’il est tout ce qu’il faut ne pas faire pour tenter, sinon de solutionner, au moins de tenter d’avancer vers la solution du problème.

Poutine va pouvoir se permettre, devant le refus des Occidentaux, de jouer au principal adversaire de l’Etat Islamique. Ce qui n’est encore qu’un épiphénomène. Car l’essentiel est ce but occidental de vouloir « une transition démocratique ». Comme si la démocratie pouvait s’importer comme des pommes de terre. Comme si les élections, la création de partis politiques libres était la première priorité dans un pays tellement dévasté. Certes la démocratie est l’avancée de la modernité. Mais outre qu’il y a bien des manières de la concevoir, elle ne se décrète pas comme cela. Il faut des préalables et en Syrie, tout est fait pour qu’il n’y en ait pas. On nous a fait le coup de la transition démocratique en Afghanistan ou finalement on se retrouve entre le choix entre des seigneurs de guerre et les Talibans : quel choix démocratique ! On nous a fait le coup en Irak, où les bévues de Bush, dignes d’un illettré, ont totalement déstructuré le pays, facilité la montée de l’islamisme et exacerbé les querelles entre chiites et sunnites. On nous a fait le coup en Lybie où on ne s’était pas aperçu, qu’ici, aussi la société encore tribale ne pouvait pas inventer du jour au lendemain une démocratie, surtout sur le modèle occidental. On nous a fait le coup en Egypte, où pourtant des possibilités existaient pour avancer vers un processus démocratique, mais zut le peuple a voté islamiste. Comme disait Bertold Brecht avec humour : « quand le peuple vote mal il faut le dissoudre ». Et d’ailleurs tout le monde a regardé ailleurs quand un coup d’Etat militaire a chassé le pouvoir islamiste démocratiquement élu. Il n’y a qu’en Tunisie qu’une transition démocratique difficile était possible et est actuellement tentée avec bien des difficultés.

Il faut savoir ce que l’on veut. Quelle est la priorité ? Si c’est de combattre l’Etat Islamique il faut le faire avec tous ceux qui y sont prêts. D’autant que les Occidentaux devraient s’apercevoir que ce sera un combat très long et difficile. Et s’il faut le faire avec Poutine et Assad et bien tant pis. On n’aura pas le beurre et l’argent du beurre. Il faut dire ce qu’on pense de ces deux dirigeants, les combattre idéologiquement, tout faire pour exiger le plus possible d’eux. Mais il faut surtout être efficace. En fait comme en Afghanistan, en Irak, en Lybie, en Egypte les Occidentaux ont voté à la place du peuple. Ils ont choisi pour eux les démocrates respectables. Malheureusement pour les Occidentaux et cela était prévisible dès le premier jour, cela ne marche pas. Quand aurons-nous enfin des dirigeants qui comprennent quelque chose à la géopolitique ! Bush n’était pas un aigle d’intelligence, mais il est malheureusement loin d’être le seul d’Obama à Fabius en passant par Bernard Henri Levy.