DES INJONCTIONS INACCEPTABLES DE L’IDEOLOGIE DOMINANTE

Ces dernières semaines se sont multipliés des injonctions contre tel ou tel propos qui de gauche, et surtout de la gauche de la gauche, mettent en cause l’idéologie dominante. Ces injonctions sont inacceptables.

Reprenons le film au début. Il s’est bâti ces dernières années une idéologie de gauche qui est devenue dominante, et même quasiment exclusive, je dirai une boboïsation bien pensante, qui a pris le pouvoir quasiment partout dans le monde médiatico-politico-culturel. Si on veut la résumer on peut dire qu’elle prône l’ouverture tout azimut dans la plupart des domaines. Ouverture économique : il faut laisser le marché jouer son rôle, qui est de fixer les prix par la libre concurrence et donc empêcher les Etats d’édicter des règles comme la fixation de prix minimum ou la taxation de produits d’importation aux frontières. L’Europe est le seul horizon possible des décisions à prendre. On voit mal pourtant ce que cette conception de l’abandon du politique au profit de l’ultralibéralisme qui ravit la finance a à avoir avec une vision de gauche. Ouverture humaine : il faut permettre l’ouverture des frontières à tous ceux qui le souhaitent et construire une société multiculturelle, car il n’est plus question de fixer des normes pour une assimilation. Ces normes renverraient à une inadmissible vision occidento-centrée, qui serait une nouvelle forme de colonialisme. Il y a dans cette conception une perpétuelle repentance, une honte nouvelle à être occidental, une culpabilisation de tous les crimes du passé, en oubliant et les crimes des autres et les aspects positifs du passé. Mais il y a surtout une énorme erreur historique, car on juge le passé en fonction de conceptions d’aujourd’hui et de toute façon nous ne sommes pas responsables des crimes du passé. Il est évident que tout n’est pas négatif dans cette ouverture et qu’il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain.

En face il existe un refus latent très divers, en grande partie réduit au silence. Hélas, il a été, en France, et plus largement eu Europe centrale et du Nord, en grande partie accaparé par l’extrême droite, ici le Front National. La droite, et notamment Sarkozy cherche à récupérer ce refus. On l’a vu notamment avec sa tentative de définir l’identité nationale. Mais la société renâcle également, pas toujours à bon escient, mais c’est un autre problème. On le voit dans les débats autour de l’école, de la dictée, de l’histoire (nationale ou ouverte au monde). Car si on a un bombardement médiatique permanent pour nous faire avaler cette idéologie dominante, elle passe souvent mal. Exemple typique, les producteurs de lait à qui on explique qu’on ne peut plus fixer un prix minimum, ni limiter les importations et à qui on ne peut plus que donner des subventions, alors qu’ils ne réclament qu’un juste prix. Dans un certain nombre d’autres pays ce refus s’engage majoritairement à gauche, on dit souvent à gauche de la gauche, mais je dirai moi tout simplement avec les valeurs de la gauche traditionnelles (Grèce, Espagne, Grande Bretagne…). En France cette gauche est actuellement trop faible et trop divisée. Mais le débat idéologique, souvent souterrain, existe pourtant bien. Heureusement qu’Internet ouvre des espaces de liberté.

Comme cette idéologie est fortement remise en cause à la base, et les résultats électoraux, comme l’abstention le montrent un peu plus à chaque élection, les idéologues multiplient les injonctions. Aujourd’hui dès que l’on dit qu’il faut redonner plus de pouvoir à l’Etat dans les domaines économiques et sociaux, que dans le contexte actuel on ne peut pas compter sur l’Europe pour défendre les intérêts des populations face à la finance internationale et aux autres pays, que l’on ne peut pas ouvrir les frontières à tout le monde, que le multiculturalisme est une mauvaise solution, on est accusé d’être un fourrier du Front National. Comme si seule l’idéologie de Macron était de gauche !

En fait c’est bien la crainte d’être doublé à gauche, qui fait que les tenants de l’idéologie dominante ont une telle attitude. Mais c’est bien plus grave, car tous ceux qui ne se retrouvent pas dans cette idéologie, toutes les victimes de la casse économique et sociale, accusent un « système », et cette monopolisation idéologique est un des meilleurs carburants de la montée de l’extrême droite.

Et le pire dans tout cela c’est que cette idéologie (et la politique qui va avec) risque d’être remplacée par une autre bien pire : la fermeture des frontières, le repli sectaire, comme nous en donne l’exemple Victor Orban entre autres. D’où la nécessité plus impérieuse que jamais d’alimenter le débat idéologique, pour tenter de revenir aux fondamentaux de la gauche.