GOMORRA

Je suis en train de regarder la première saison de la série GOMORRA qui passe sur Arte en ce moment. Je ne suis pas du tout d’accord avec les analyses qui en sont faites. S’il est évident que la volonté des auteurs de la série a été la dénonciation de la mafia napolitaine il me semble que leur travail passe totalement à côté. Certes on voit bien comment cette mafia empoisonne par la drogue, fait le commerce d’êtres humains, assassine, raquette, blanchit son argent, etc. Mais l’essentiel du temps (long, 12 épisodes pour la première saison) est passé au milieu des mafieux, de leurs familles et de leurs sbires. Il n’y a pas le recul qui serait indispensable pour ne pas risquer d’entrer en empathie involontaire avec ces gens qui se battent pour survivre, pour s’enrichir, et qui sont eux aussi des êtres humains, avec des sentiments, aussi criminels soient leurs actes. Les premiers épisodes me faisaient penser que l’on n’était pas loin de Macbeth. Mais avec le couple Macbeth Shakespeare prend suffisamment de recul pour qu’on en puisse pas entre en empathie avec eux. Ici ce n’est pas le cas. Au bout du compte on a une histoire d’êtres humains avec leurs tares, mais aussi leur humanité et on passe totalement à côté de la dénonciation de la mafia. Il faut revenir à Brecht pour savoir quoi et comment dénoncer. Hannah Arendt elle aussi est tombée dans le panneau avec Eichmann en le prenant pour un petit fonctionnaire, en se croyant face à la banalité du mal. Certes il était un fonctionnaire bureaucrate, certes il était aussi un être humain, mais toute sa carrière sous le 3ème Reich, comme sa vie ensuite, témoigne de la nature criminelle de l’homme. Il a su prendre toutes les initiatives et les responsabilités pour que le maximum de juifs soit assassiné. C’est cela l’essentiel, la seule chose à regarder, pas l’homme Eichmann, si on veut dénoncer et dans ce cas précis juger le nazisme. On peut certes aussi envisager de tenter de comprendre comment un être humain peut en arriver là, c’est la tentative de Jonathan Littell dans « Les Bienveillantes », c’est un autre volet de l’histoire, mais ce n’est pas le but qui était recherché par les auteurs : la dénonciation des méthodes de la mafia.