LES FRANCE

On entend sans cesse parler de La France, des particularités de ses habitants, de ses valeurs. En fait tout un chacun parle d’une certaine France qui lui correspond ou qu’il veut critiquer. S’il y a bien des critères particuliers à notre pays en fait la réalité est très diverse, il y a différentes valeurs, particularités, correspondant à une fraction plus ou moins grande de notre pays. Et ces caractères varient avec le temps. Ils peuvent avoir des aspects positifs ou négatifs selon qui les regarde et l’époque. Il faut toujours prendre garde de ne pas juger d’une époque antérieure avec les critères d’aujourd’hui. C’est pourquoi je pense qu’il faut parler non pas de La France, mais des France.

Nous sommes en train de vivre avec la montée électorale du Front National lors des élections régionales (et nous ne savons pas encore s’il sera amené à gouverner une ou plusieurs régions), un épisode difficile de notre Histoire. Il était hier devenu premier parti du pays, avec plus de 50 % de votants dans des villes (certes avec 50 % d’abstention, mais c’est un autre problème pas une satisfaction). C’est pour moi un phénomène plus grave que les attentats que nous venons de subir. Certes ils ont fait plus de 120 morts, mais les sondages montrent qu’ils ont globalement soudé les habitants de notre pays contre les terroristes, limitant par là le risque de les voir se reproduire (limitant seulement), ayant probablement pour conséquence d’assécher fortement les tentations djihadistes (car ils sont allés trop loin). Par contre la montée lente du Front National, et le risque de le voir venir à la tête du pays dans 2 ans est pour moi bien plus lourde de conséquences, surtout parce qu’on ne voit pas de solutions simples pour le contrer. Cette montée du Front National avec son idéologie de rejet de l’autre, de peur, de fermeture sur soi est une caractéristique d’une des France dont je parle. Nous sommes là du côté noir de la force, comme dirait un certain film.

Et il y a d’autres France, comme celle qui s’est levée après les attentats par exemple, celle qui demain je l’espère aura la force de se souder pour tout faire pour en empêcher la survenue et les combattre. Même si il y avait ambigüité entre la solidarité et les déclarations et décisions bellicistes qui ont suivi (au relent parfois politicien).

Il y a toujours eu ainsi différentes France qui ont cohabité, lutté les unes contre les autres pour tenter d’imposer leur vision de l’avenir. Pendant la Révolution combien de France ? Celle des Révolutionnaires généreux qui cherchaient la Liberté (et qui pour beaucoup sont morts sur l’échafaud) ; celle des ultra qui ont régné par la Terreur, celle des autres ultra qui sont partis combattre la République dans les rangs des armés ennemies, celle des chouans qui défendaient à la fois une vision de la Religion et une certaine forme de liberté. Pendant la Commune il y a eu les Versaillais (largement majoritaires dans le pays) et les Communards (eux aussi divisés entre idéalistes généreux et ultra). Il y a eu cette longue lutte des classes de plus de 100 ans entre la gauche et la droite. Il y a eu cette dure bataille pour la laïcité et la liberté de Dreyfus. Il y a eu, et il y a toujours, la bataille pour ou contre le droit d’asile, la liberté d’accueillir les étrangers en détresse dans leurs pays. Il ya eu cette France tellement traumatisée par les massacres subis entre 1914 et 18 qu’elle en était devenue tellement pacifiste et qu’elle en devenait lâche, se croyant libéré de la guerre en 1938 en abandonnant la liberté des tchécoslovaques, refusant d’attaquer l’Allemagne pendant la drôle de guerre, se satisfaisant d’une défaite en 1940 et abandonnant la démocratie pour un Pétain vu comme un protecteur, fermant les yeux sur les lois antisémites, la collaboration, étant pour le moins très majoritairement attentiste jusqu’à la Libération. Et en même temps il y a eu les réseaux qui ont sauvé des milliers de juifs, il y a eu les quelque ceux qui ont refusé passant à Londres ou entrant en Résistance. Il y a cette France rouspéteuse qui attend tout de l’Etat, autant le patronat que les syndicats. Et il y a cette France pleine d’initiatives, de P.M.E. innovantes ou de jeunes partants à l’étranger pour y trouver plus de flexibilité.

Toutes ces France ont eu, ont, leurs valeurs. Et il est dangereux de tenter d’imposer certaines contre d’autres. C’est ce que fait le Front National, suivi hélas aujourd’hui par une majorité du peuple de droite. Mais c’est aussi ce que fait un monde politico-médiatico-culturel gauchisant qui rejette une partie de la population au nom d’un politiquement correct plus que discutable. Cette partie qui lui répond en votant avec ses pieds par l’abstention ou bien Front National. On n’a pas de valeurs à imposer. On doit simplement fixer des règles juridiques et juger et condamner ceux qui bafouent la loi. Il n’y a pas de valeurs de la France, sauf, et il faudrait les chercher, celles qui sont communes à toutes les France qui cohabitent actuellement sur notre territoire. C’est pour tout cela que je crois que tout discours sur l’identité nationale est un discours d’exclusion, comme les tentatives, aussi généreuses soient-elles, de fixer des valeurs civiques. Il y a la loi à appliquer, améliorer s’il le faut, et c’est bien suffisant Au-delà on divise, on exclu, on atteinte aux libertés.