QUESTIONS SUR LA POPULATION ET LA FIN DES CIVILISATIONS

L’intéressant reportage d’hier sur la 5 sur Angkor me mène à une question qui me tarabuste depuis pas mal de temps.

Les historiens considèrent que jusqu’à la révolution agricole du 20ème siècle une ville pour vivre sur son environnement ne pouvait dépasser quelques dizaines de milliers d’habitants. Au-delà il fallait un pouvoir fort qui permette un approvisionnement régulier à grande distance. Certes selon que l’on se nourrit de blé ou de riz les choses changent un peu, mais pas sur l’ordre de grandeur.

Premier exemple Rome. Au temps de sa plus grande splendeur, sous l’Empire elle avait, estiment les historiens, de 250 à 500 000 habitants. Les sources historiques rappellent que le peuple était nourri de pain, donné par le pouvoir. Quand il venait à manquer on avait des émeutes. Le blé venait en grande partie d’Egypte et de Tunisie. Quand l’Empire s’est fissuré : d’une part il n’y avait plus de pouvoir qui pouvait nourrir le peuple et d’autre part les voies d’approvisionnement ont été plus que certainement totalement déstabilisées, même si on n’envisage pas les « invasions barbares » de manière trop cataclysmiques. La ville ne pouvait plus s’approvisionner suffisamment. Que sont alors devenus ses habitants ? Ont-ils été éliminés par des massacres, des famines ? Sont-ils partis à la campagne tenter de survivre en occupant des lopins de terre en autosubsistance ? Ont-ils pour cela occupés les villas et les latifundia, car il ne devait guère y avoir de terre disponible autour de Rome ? Il me semble avoir déjà lu quelque chose sur le déclin des villas, c’est tout. Cela me semble quelque chose d’important qui a du se passer et que je n’ai jamais vu écrit.

Pour Angkor le problème est relativement semblable. Après Jayavarman VII la ville qui faisait pense-t-on environ 750 000 habitants a décliné. Il n’y a plus eu de constructions importantes. Peu importe les raisons du déclin, mais les nombreux habitants qui vivaient de l’administration, des temples, de l’éducation, de la danse, etc… ont du se nourrir et que sont-ils eux aussi devenus ?

Je pense qu’on ne connait pas, que l’on minimise, les fluctuations importantes de population qui se sont produites probablement très souvent dans l’Histoire. Il faut peu de temps pour qu’une population se développe beaucoup. Même sans les méthodes de santé et d’hygiène moderne, elle peut doubler en une génération de 25 ans et donc être multiplié par 16 en un siècle, si les conditions sont favorables. Mais elle peut aussi régresser très vite avec les épidémies, les guerres, la désorganisation des Empires. Pensons que ce n’est que très récemment qu’on a estimé que plus de 90 % des Indiens de toute l’Amérique ont disparu à cause des épidémies apportées par les colonisateurs. Plus un Empire est important et donc riche d’interdépendances, plus il est fragile. Couper un ou deux liens et plus rien ne tient et tout s’effondre, et la population aussi. Notre monde interconnecté et mondialisé n’est-il pas encore plus fragile que les Empires d’hier, car encore plus interdépendant ? Les moyens d’éviter la ruine sont aussi plus importants. Qui l’emporte des deux tendances ?