Mardi Arte diffusait un très intéressant reportage de Mylène SAULOY « Kurdistan, la guerre des filles » qui ouvre beaucoup de questions. Nous voyons ces camp du P.K.K., totalement féminins, qui se sont crées dans le refuge du Kandil, au Nord de l’Irak après les arrestations qui se sont multipliées en Turquie. Elles revendiquent et pratiquent une totale émancipation des femmes. Depuis le début du conflit avec l’Etat Islamique elles sont à la tête de la lutte contre lui, et les plus efficaces, pour défendre les Yézidis, les chrétiens du nord de la Syrie notamment et créer des groupes de combattantes femmes de ces communautés. Tout cela pose nombre de questions. Il est évident que le P.K.K. est un parti sectaire à tendance totalitaire. Il prône la lutte armée pour créer un Etat Kurde et alimente la terrible répression turque contre lui. La violence et l’intolérance des deux côtés s’auto engendrent. En même temps le fait que, contrairement à partout ailleurs au Proche Orient, ce soient les femmes qui soient à la pointe du combat, et surtout par la manière dont elles le font : s’autonomisant, prônant et pratiquant la totale émancipation des femmes, leur éducation, mais aussi la rééducation des hommes ; cela ne peut que changer la nature des choses. Rappelons que le problème de l’égalité et de la liberté des femmes est toujours le problème central de la modernité. C’est autour de lui qu’elle se construit, c’est contre lui qu’elle se combat (L’Etat Islamique en étant la pointe extrême). Que des groupes de femmes, utilisant tant la tradition relativement féministe de leur communauté que la laïcité introduite par Atatürk, soient en train de s’autonomiser, de lutter pour l’autonomie des femmes de la région, est forcément un nœud important de cette avancée lente, séculaire et tortueuse de la modernité. Il ne peut qu’interpeller fortement, surtout à l’endroit où il se produit. De la même manière il ne peut que moduler le caractère sectaire et totalitaire des mouvements auxquels il appartient. Il y a plus de questions que d’affirmations à avoir en ce domaine, mais le sujet doit être suivi et la lutte de ces femmes doit être soutenue. Le soutien étant d’ailleurs le meilleur moyen d’ouvrir la possibilité de les intégrer non pas à notre démocratie occidentale (vision néo colonialiste), mais à une ouverture dans le débat des idées.

13 mars 2016