Il me semble que nous assistons à une montée de la violence au sens large. La barbarie de l’Etat Islamique, les casseurs d’extrême gauche dans les récentes manifestations françaises (qui sont finalement les mêmes), mais aussi au plus large un mécontentement généralisé et hargneux, des minorités extrémistes dans toutes les confessions religieuses, mais aussi laïques (y compris l’écologie, la laïcité et les Droits de l’Homme), sans oublier une politique de certains patrons de total mépris pour leurs salariés.

La violence n’est pas nouvelle. La barbarie, son extrême, non plus. S’il n’existe plus qu’une race humaine sur terre c’est que, plus que probablement, les autres races parallèles (Néanderthal, Florès, Dénisova et probablement bien d’autres) n’ont pas disparu naturellement par hasard juste au moment de l’arrivée chez eux de nos ancêtres homo sapiens sapiens. Ensuite l’histoire nous raconte les massacres de Gengis Khan, les guerres de religion, la guerre de 30 ans, le génocide avant la lettre des Indiens d’Amérique, puis dans notre 20ème siècle les génocides arméniens, juif et ruandais, enfin les totalitarismes nazi et communistes.

Il n’est donc pas question de parler d’une montée exceptionnelle de violence, mais simplement d’une tendance actuelle à y recourir systématiquement pour beaucoup de monde au lieu d’agir de manière purement pacifique. Je ne veux pas faire un listing de toutes les violences actuelles, simplement en signaler là où elles ne sont pas évidemment visibles. Et ensuite, peut être, chercher des pistes pour expliquer cela. Les mouvements sociaux ont tendance à sortir du cadre classique policé (ce qui n’est pas non plus totalement une nouveauté). Les routiers, agriculteurs, taxis et autres manifestent de manière souvent violente. Toutes les religions ont en elles des minorités extrémistes, les musulmans, mais même aussi des intégristes bouddhistes ou hindouistes qui massacrent d’autres minorités religieuses. On voit bien que l’écologie peut dériver en violence avec les zadistes, comme à Notre Dame des Landes. Les intégristes de la laïcité prétendent interdire aux religions une partie de leur droit d’expression. Ceux des Droits de l’Homme réclament à grand cri l’intervention dite humanitaire dans les pays en crise. On voit où cela nous mène de L’Irak à la Lybie en passant par l’Ukraine et l’Afghanistan. Quand au patronat de plus en plus détaché des salariés, obéissant au monde financier il manifeste une tendance (pas générale heureusement) à pressurer au maximum les salariés en les mettant sous pression et en concurrence constante, en pratiquant le harcèlement moral permanent et en rejetant sans aucun complexe tous les salariés et toutes les entreprises, non seulement si cela ne rapporte pas assez, mais si le licenciement est source financière.

Quelles pistes peuvent expliquer cette tendance généralisée à avoir des comportements violents. Je pense que le premier indice est dans la montée de l’individualisme (victoire de la modernité, mais qui a aussi sa face sombre). Il me semble qu’il y a en premier lieu la montée du chacun pour soi, pour ses propres intérêts, la fin des solidarités collectives (autres que des solidarités limitées à une corporation ou un intérêt catégoriel précis), collective au sens le plus large de l’intérêt de tous et non pas du quelques uns contre les autres. L’autre explication est à chercher à mon sens dans l’incapacité que ressentent les individus d’avoir une prise démocratique sur leur avenir. J’y suis déjà largement revenu en tentant d’analyser la crise politique et démocratique actuelle. Une de ses caractéristiques est l’éloignement des centres de décision et le report des centres de décisions majeures hors de portée des citoyens, donc de la démocratie, y compris des Etats. La violence se manifeste le plus souvent quand on ne voit pas de moyen de faire autrement, c’est la réponse face à l’impuissance. La violence est souvent un aveu de faiblesse.

Mais ces pistes, ces tentatives de compréhension ne sont en rien des justificatifs. Je reste profondément attaché à la non violence et à la négociation pacifique dans tous les rapports humains, tant qu’on le peut. Contre Hitler ou L’Etat Islamique on n’a pas forcément le choix, mais c’est un cas extrême, donc une exception. Mais l’action même contre eux ne doit se faire qu’avec le minimum de violence. S’il y a donc des actions à entreprendre elles ne doivent en aucun cas être entachées de violence. Et pour ma part je refuse de participer à toute action qui justifierait le moins du monde cette violence. Car la non violence, c’est le seul moyen de bâtir un avenir. Toute solution de conflit obtenue par la violence aura son avenir forcément entaché de cette violence. La non violence pour nous cela rappelle Gandhi ou Martin Luther King, c’est je crois beaucoup plus que cela. Car ces deux grands leaders ont développé leur non violence pour s’opposer aux tendances violentes des partisans qui les entouraient. On a bien vu les massacres à la partition de l’Inde en 1947 ou les mouvements noirs violents comme les Blacks Panthers. Mais la politique de ces deux leaders n’était pas sans sous entendu. Ils savaient qu’ils allaient déclencher la violence de leurs adversaires et que cela allait les servir. Je crois par contre qu’une véritable non violence c’est celle qui oblige l’adversaire à agir lui aussi de manière non violente, ce qui permet la résolution sereine du conflit. En cela le Tao chinois a je pense beaucoup à nous apporter. Je conclurai en disant que pour ma part je crois qu’il faut refuser toute participation à des mouvements entachés de violence et qu’il faut d’abord préalablement agir sur soi. Apprendre à réguler ses émotions, atteindre la tranquillité, même dans les moments difficiles, surtout dans les moments difficiles. Apprendre à désarmer la violence de l’autre par son propre calme. C’est un chemin intérieur difficile, jamais terminé.