Je viens de terminer « Face à Gaïa » de Bruno LATOUR. Je n’ai pas tout suivi, ni ne suis pas sûr de ne pas faire de contresens sur ce que veut dire l’auteur. Je vais essayer, en toute modestie, et avec toutes les précautions possibles tenter de résumer ce que j’en ai tiré. C’est un ouvrage qui me semble très intéressant et très important, car il brasse le problème à tous les niveaux, même s’il a été pour moi difficile à lire. Je m’y suis accroché.

Le point de départ est que nous sommes arrivés à un Nouveau Régime Climatique. Que les impacts de l’homme sur la terre sont tels que beaucoup de scientifiques considèrent que nous sommes entrés dans une nouvelle ère géologique dite Anthropocène parce que c’est l’homme qui aujourd’hui est l’acteur majeur des changements, y compris géologiques.

Comme un certain nombre d’autres chercheurs Bruno Latour appelle Gaïa le système global constitué par l’interaction des êtres vivants, dont naturellement l’homme et de tous les phénomènes dits « naturels », en fait de plus en plus influencés par l’homme, mais aussi les océans, l’atmosphère, les roches, etc. Ce système ne doit pas être vu, pour lui, comme un Système avec une majuscule qui serait totalisable, comme on parlait hier de Nature pour l’opposer à la Culture. Le mot Gaïa, pour lui, est souvent utilisé comme un nom pluriel, pour bien montrer la multiplicité des phénomènes. C’est l’ensemble des boucles d’interaction entre tous les êtres et les phénomènes, etc., boucles dont on ne connaît toujours qu’une faible partie.

Bruno Latour, comme beaucoup d’autres, revient donc sur la séparation des Modernes, Descartes en tête, entre Culture, privilège de l’homme et Nature inanimée et vouée à être dominée et utilisée à sa guise par l’homme, séparation qui a crée la notion de Culture en Occident, contrairement à d’autres civilisations, qui a permis le progrès scientifique, technique, des derniers siècles, mais nous amène à l’impasse actuelle de l’Anthropocène.

Bruno Latour insiste beaucoup sur le danger de maintenir l’idée de systèmes qui seraient possibles de gérer d’en haut, de globaliser. Par exemple, contre l’idée d’une Science qui prétendrait se faire une, il défend l’idée des sciences multiples, chacune dans leur domaine, interagissant les unes sur les autres et sur le réel. Cela vaut aussi bien au niveau politique, il voit l’incapacité croissante du politique à gérer le monde, car vu d’en haut et les solutions vu comme uniquement solutionnables par la politique. Il voit donc aussi cette Gaïa plurielle comme absolument pas unifiée, mais pleine de contradictions, d’aspects les plus divers. Bruno Latour cherche pourquoi face aux risques évidents du Nouveau Régime Climatique nous ne faisons rien, alors que dès que se pose un risque économique ou géopolitique quelconque tout est aussitôt mis en branle. Il voit là une incapacité des Modernes à affronter un changement global, parce que pour eux le changement aurait déjà eu lieu, justement avec l’avènement de la modernité. Et lui voit cet avènement, comme beaucoup aujourd’hui, comme la poursuite, sous une autre forme, sécularisée, des religions anciennes, que les Modernes croyaient avoir dépassé.

Bruno Latour n’apporte pas de solutions toutes faites. Mais pour lui la solution, si j’ai bien compris, est d’une part de faire prendre conscience de la fausse solution qu’était la Modernité, qui n’était qu’une fausse sortie de la religion. D’autre part face au défi multiforme et à la non globalisation des problèmes, et donc des solutions, il faut en passer par des actions multiformes, elles aussi non globalisables décidées par des acteurs des sciences, de la politique, des chercheurs des sciences humaines, des représentants de la société civile, mais aussi faire participer aux décisions des hommes qui représenteraient l’intérêt des non humains et des phénomènes divers : des représentants de l’eau, des forêts, etc.