Le débat actuel sur le burkini exacerbe les contradictions de notre époque, d’une certaine manière il pourrit le débat.

D’un côté il y a la ligne de conduite, qui me semble essentielle, de maintenir les libertés, de refuser de les restreindre au nom de la sécurité. En cela l’interdiction du burkini est une régression.

D’un autre côté il y a la lutte pour l’émancipation des femmes, qui est le problème essentiel de la libération et de l’autonomisation des individus. C’est toujours la situation des femmes qui est le critère principal montrant le degré de liberté d’une société. Et là il est certain qu’il faut aider les femmes musulmanes à sortir du lourd assujettissement de leurs traditions (souvent réinventées). Mais cela ne se fait pas par décret, mais par la lutte des idées. Quand on prend un décret, c’est qu’on a perdu la lutte des idées, ou qu’on se sent incapable de la gagner, voire la mener. C’est comme la violence qui est l’arme ultime de ceux qui ne sont pas capables d’avoir raison.

Mais il y a encore un troisième côté qui est l’injonction faite de suivre des normes occidentales, l’exhibitionnisme féminin en l’occurrence, certes nous sommes en Occident.

Mais quatrième face du problème au nom de quoi imposer des normes dans une société qui se veut (et c’est le sens de ce côté de la modernité) celle de l’émancipation de tous.

Et quatrième face (il y en a peut-être encore d’autres) : le problème du communautarisme. Il me semble qu’on ne peut l’éviter qu’essentiellement par des mesures positives et non par des interdictions. Il faut ouvrir l’urbanisme, éviter les ghettos, développer l’éducation des plus défavorisés, insérer par le travail les moins qualifiés. Reste le problème d’une éventuelle immigration beaucoup plus massive prête à venir (et encore plus demain qu’aujourd’hui) du Moyen Orient et d’Afrique devant laquelle il ne faut pas se voiler la face qui peut déstabiliser nos sociétés.