Juste quelques notes en désordre…

On a mal à l’Amérique après l’élection d’hier. Je repense beaucoup à Brecht, d’abord à sa plaisanterie « quand le peuple vote contre le gouvernement il faut dissoudre le peuple ».

Peu à peu on semble en arriver de plus en plus à ce que je ressentais et redoutais dans cette crise (évolution) de la démocratie, la lente évolution vers des régimes autoritaires. Je pensais à l’évolution de la République romaine vers l’Empire. Aujourd’hui ces régimes semi-démocratiques (car le plus souvent il y a des élections à peu près ou totalement normales) qui amènent au pouvoir ou consolident Poutine, Erdogan, Orban, Duterte, et aujourd’hui Trump. La situation est différente, et on peut repenser à Karl Marx : « tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce ». Et évidemment Trump est un Auguste de cirque à la place de l’Empereur du même nom.

Mais la démocratie ce ne sont pas que des élections. Dans « Télérama » de cette semaine le philosophe Florent Guénard dit que c’est « davantage une manière de vivre qu’une affaire d’institution ». En cela, s’il y a une lassitude, pour ne pas dire plus, du modèle politique traditionnel, il y a au contraire une demande croissante de la manière de vivre démocratique, et donc la crise de la démocratie n’est pas ce que l’on croit le plus souvent.

Après tous ces autocrates démocratiquement élus ou réélus, après le Brexit, tout est possible, y compris pour nous en France l’an prochain aux présidentielles. Il ne faut pas se tromper d’époque : Marine Le Pen n’a rien à voir avec les fascismes des années 20 et 30 et le seriner c’est se battre contre des moulins à vent, pire, lancer le combat dans la mauvaise direction. C’est tout autre chose, et il faut l’analyser sérieusement, cela n’a que de très loin à voir avec « le ventre est encore fécond, d'où a surgi la bête immonde » de Brecht. Et justement, même si c’en est très loin, il est peut être urgent de relire et surtout discuter en fonction de la situation actuelle « La résistible ascension d’Arturo Ui ». Car l’art, et le théâtre particulièrement, est probablement le meilleur moyen de réflexion politique au sens large. Car l’ascension de Trump a bien été ainsi irrésistible, comme celle des politiciens que je citais plus haut, et la montée du Front National s’y apparente elle aussi très bien…

10 novembre 2016