L’étonnante remontée de Fillon dans les sondages, puis son résultat me pose question. Je crois y voir ce que j’appellerai une ébullition de l’électorat. Une instabilité de plus en plus grande. L’électorat déboussolé, en rupture, évolue de manière de plus incontrôlable et sans repères. Pour un physicien cela ressemble aux systèmes en régimes instables, dont on ne peut pas prévoir le futur, comme la météo.

J’ai déjà plusieurs fois évoqué la recherche d’un homme providentiel, ce qui est particulièrement vrai en France, jamais guérie de la perte de sa royauté absolue, sauf que des hommes vraiment providentiels on n’en a plus depuis De Gaulle. Dans certains pays ils semblent avoir trouvé ce qui y ressemble. Je pense notamment à Poutine et Erdogan, non sans les critiques que l’on peut porter à ses autocrates, mais ils semblent jouir du soutien d’une majorité importante, et ce sur un temps long.

D’autres pays ont tenté de les trouver, mais sans que cela ne se manifeste par un soutien massif de la population, ni sur un temps long. Je pense à Chavez, Moralès, Berlusconi notamment. Donc il règne toujours dans ces pays une instabilité et des luttes politiques fortes.

Ce qui me semble important c’est la vitesse avec laquelle peuvent naître ces illusions d’hommes providentiels. Naître et souvent se dégonfler aussi vite, mais entre temps certains ont le temps de prendre le pouvoir, d’être élus. Je pense à Jimmy Moralès au Guatemala, acteur comique qui a réussi ce que tente jusqu’ici sans succès Grillo en Italie.

La candidature Macron, la montée de Fillon de plus de 30 % en deux semaines sont pour moi du même acabit, cela n’enlève rien au sérieux qu’elles peuvent représenter par ailleurs. Leur succès témoigne pour moi de la recherche désespérée par une partie de plus en plus large de l’électorat d’un homme providentiel qui casserait la chape de plomb qu’ils ont l’impression de ressentir sur la situation politique de notre pays.

J’avais écrit que cette campagne électorale risquait de nous réserver bien des surprises, je ne suis pas déçu. Et ce n’est pas fini. Nul ne sait si la candidature Fillon tiendra la route jusqu’à dimanche prochain, jusqu’en avril 2017 (1er tour), puis mai (2ème tour), voire avoir une majorité en juin (législatives). On peut voir venir, et retomber aussi vite ou se maintenir, voire devenir hégémoniques, des candidats à la primaire socialiste ou des outsiders (comme Macron). Tout est possible en régime instable, y compris Marine Le Pen.

Mais cette insurrection, cette ébullition de l’électorat pose le problème des limites de notre démocratie qui repose bien trop sur le système électoral représentatif. Car hormis certains hommes providentiels qui tiennent sur la durée (et je n’ai vu à citer que Poutine et Erdogan, Merkel c’est un autre fonctionnement) la déception suit de près l’élection et le mandat se passe, comme celui d’Hollande, comme en un peu moins marqué celui de Sarkozy auparavant, avec un désaveu (justifié ou non c’est un autre problème) de l’opinion publique, surtout avec la manipulation médiatique qui est pour beaucoup dans le lancement et la bashing des personnalités. Car ce fonctionnement qui met en place des hommes qui ont la capacité de convaincre, d’illusionner, juste au moment de l’élection et de décevoir le lendemain, ne permet plus un fonctionnement correct, voire même plus un fonctionnement du tout, de notre système électoral sur lequel repose notre démocratie.