François Hollande vient d’annoncer qu’il renonçait à se représenter pour la Présidentielle 2017. C’est l’aboutissement d’une longue histoire. Je l’écoutais hier et je partageais son émotion et je pestais intérieurement contre les loups qui allaient à la curée, justifiant cette décision par l’échec supposé de sa présidence.

Personnellement, s’il m’a parfois exaspéré, je l’ai écrit, trop souvent peut être, je pense que c’est le seul des derniers présidents depuis 1981 que je regretterai. Il s’est fracassé sur le Hollande bashing des médias et des réseaux sociaux. Pourtant son action est loin d’avoir mérité ce mépris. Pour l’essentiel il a cherché à être un président, un homme normal qui a le droit d’aller en solex avec un casque voir sa copine, qui aurait aimé bien plus prendre le train que l’avion. Il a gouverné en prenant son temps, en réfléchissant au lieu d’agir à la vitesse de la frénésie médiatique, en consultant, en s’entourant de conseil, en déléguant, en n’ayant pas peur de reconnaître avec un humour plein d’autodérision ses erreurs. Tout cela en France c’est maintenu harâm comme diraient les musulmans par les réseaux sociaux et les médias. Et pourtant il incarne en mon sens la modernité démocratique. Quand on regarde « Les hommes de l’ombre » et qu’on compare à « Borgen » on mesure le déficit démocratique de notre pays, la coupure entre le peuple et les élites politiques. Eh oui Angela Merkel quand elle rentre chez elle dans l’ex RDA aime faire les courses au supermarché ! Et ce sont les mêmes schizophrènes qui reprochent ensuite aux « élites », d’être coupé du peuple, de ne pas connaître le prix du croissant ou du ticket de métro. La France est restée dans l’attente de l’homme providentiel, du roi absolu. Elle a toujours la démocratie honteuse. Il faut quand même rappeler comment dans ce quinquennat il y a eu le mariage pour tous, il y a eu la lutte contre le terrorisme, toujours critiquable, mais sans aucune hystérie, ni atteintes aux libertés. Il y a eu des ministres, de grandes personnalités, que l’on laissait libre d’agir : Montebourg, Filippetti, Taubira, Caseneuve, Valls, Ayrault, Fabius, Macron, etc… Libres d’agir malgré leurs divergences et en les assumant, car c’est cela la vie. Rappelons aussi qu’en 2006 le couple Hollande-Royal a décidé que c’était elle qui allait se présenter aux Présidentielles, ce qui dans le milieu politique hyper macho n’est pas sans signification.

Les trois précédents Présidents de la République ont cherché à incarner la vision Présidentielle dans toute sa hauteur. Mitterrand, qui n’a jamais été un homme de gauche, n’a toute sa vie recherché qu’une chose, arriver au pouvoir et laisser sa trace dans l’histoire. Il a pour cela suivi les chemins les plus divers. Ministre de l’Intérieur pendant la guerre d’Algérie, opposant virulent à De Gaulle qui ne voulait pas de lui, c’est le dirigeant communiste Waldeck Rochet qui l’a imposé comme chef de la gauche en 1962, parce qu’il ne lui semblait pas dangereux pour les communistes. Il a ensuite fait la carrière que l’on sait, élu sur un Programme très première gauche de nationalisations, car il pensait être le premier leader mondial à parvenir à un socialisme démocratique. Devant l’échec, et la maladie il s’est reconverti devenant le partisan de l’Europe, et sombrant dans les noirceurs de la mélancolie. Chirac, qui n’a jamais été vraiment de droite, a choisi ce camp par opportunisme et lui aussi ne cherchait qu’une chose arriver au pouvoir, mais sans jamais savoir pour quoi y faire. Après avoir empêché Chaban Delmas et Giscard d’appliquer leur programme de modernisation du pays, il a repris les idées dans l’air pour être élu, et a ensuite gouverné sans but bien déterminé. Quand à Sarkozy sa politique n’a jamais été que celle du jour au jour médiatique, agitée et brouillonne comme le personnage.

Nous aurons peut-être Fillion en 2017 si la baudruche ne se dégonfle pas aussi vite que la pâte a levée. Et là je m’inquiète bien plus de l’homme que de son programme. Je me méfie de ces gens sérieux qui ne rient que quand ils se coincent les doigts dans une porte. Rigide et dogmatique il risque de gouverner sans regarder ailleurs, sans consulter, ni partager les décisions. Cela ça devrait être un président halâl pour les médias ! Revanchard des 5 ans de couleuvres avalées comme premier ministre de Sarkozy, je crains chez lui les tendances sado-maso des intégristes religieux.

Ceci pour dire que je pense que l’histoire réécrira à la hausse l’actuel quinquennat. Et pour ma part je garderai de lui le meilleur souvenir. Peu d’hommes ont eu pour moi cette capacité : Rocard, que Mitterrand a empêché de gouverner, Jospin partiellement, qui a su réussir sa politique gouvernementale mais a mal fini en 2002.