Je suis de plus en plus persuadé de l’importance primordiale des idées, des idéologies (sans leur donner la définition restrictive des idéologies qui ont amené aux totalitarismes au siècle dernier, simplement des systèmes d’idées ouverts) comme moteur des changements des sociétés. Et sans vouloir être simpliste et manichéen je suis persuadé que le combat que je définirai, comme celui des Lumières contre l’obscurantisme est essentiel. Certes il en est d’autres, mais celui-ci traverse les siècles et se renouvelle sans cesse. Le dernier livre de Salman RUSHDIE « 2 ans, 8 mois et 28 nuits » ne raconte pas autre chose à sa manière poétique. Le combat d’Ibn Rushd, allias Averroès, et des ses successeurs intellectuels contre El Ghazali et ses successeurs intellectuels.

Quand je dis les Lumières, c’est pour faire court et simple. Car Averroès justement c’est 5 siècles avant Voltaire et il n’était pas le premier sur ce long chemin. Il s’agit des idées de libération de l’individu de toute domination intellectuelle en premier lieu, mais sociale également. Il s’agit du droit des individus qu’égrènent de manière fort proches toutes les Déclarations des Droits depuis celle des Etats Unis au 18ème Siècle. Il s’agit aussi en allant plus au fond de la libération de l’homme de l’emprise religieuse. Ce que Rushdie nomme en faisant parler Averroès par périphrase « les choses… qu’il est défendu de penser ou d’entendre », tout au moins dans son siècle et son milieu. Et sans cesse le renouvellement de la pensée et des réalités du monde retisse de nouvelles formes de l’obscurantisme, qui montent à l’assaut contre les Lumières. Ces formes de l’obscurantisme qui tentent de freiner, voire faire revenir en arrière sur les Droits à l’autonomie des individus. Généralement ils sont liés à des tentatives de revenir, de manière individuelle et sociale, à une religion ou à un succédané laïc qui en tient lieu. Presque toujours il s’agit de restreindre les droits des femmes, de les rabaisser.

Aujourd’hui, mais es-ce vraiment plus qu’à d’autres moments, nous assistons à des assauts obscurantistes de nombreux côtés. Je ne veux pas les hiérarchiser, simplement les citer dans le désordre, et j’en oublierai beaucoup. On peut penser aux climato-sceptiques qui, pour des raisons idéologues ou des intérêts personnels rejettent la réalité largement prouvé scientifiquement. On peut penser naturellement à tous les extrémistes religieux, et chaque religion en a, même les religions laïques, comme justement la laïcité pensée non comme une liberté de toutes les croyances, mais comme une contrainte sur toutes ou certaines croyances. On peut penser à la multiplication par Internet des toutes les théories du complot, qui sont devenues des manipulations par la diffusion permanente des mensonges les plus éhontés. La vitesse avec laquelle ils sont renouvelés gênant leur invalidation. Trump est passé champion en la matière. « Le Monde » de mercredi dernier citait Jean-Claude Michéa, nouveau gourou d’une pensée conservatrice qui fédère autour de lui un amalgame divers et nauséeux, qui se veut socialiste (Hitler et Mussolini aussi se prétendaient socialistes), mais aussi écologiste radical, qui se bat contre la libération des mœurs et proche de la manif pour tous, qui, au moins pour certains, se battent contre l’avortement et la contraception. On peut aussi penser aux radicaux d’extrême droite ou d’extrême gauche. Du Front National d’un côté et Mélenchon de l’autre saluant Castro et Chavez… Ah, la nostalgie du Che sur les tee-shirts des analphabètes politiques !

Contre toutes ces idées obscurantistes le combat est toujours celui de Voltaire et de son rire dévastateur, celui d’Averroès. C’est le combat de la culture, de l’intelligence, du débat, de la logique, de l’ouverture d’esprit, aux autres, qu’il faut mener en permanence.