Nous Occidentaux, et encore plus les Français, avons une prétention à être ouvert aux misères du monde entier. C’est une générosité qui peut être positive, mais elle renferme aussi, si on n’y prête garde d’énormes dangers.

Emmanuel Macron nous a fait à Reims un très beau discours sur la culture française et comme troisième caractéristique il signalait ce goût de l’universel. C’est ce qui fait la particularité de ceux qu’on appelle justement « les frenchs doctors ». La littérature en parle aussi : c’est le « panache » de Cyrano de Bergerac, mais aussi (preuve que ce n’est pas que Français) la caractéristique de Don Quichotte, qui, comme le chantait Brel dans « l’Homme de la Mancha » cherchait à « atteindre l’inaccessible étoile » et « peu m’importe mes chances ».

Cette prétention à s’occuper des autres, parfois au mépris masochiste de nos propres intérêts, est très développée chez nous. Les syndicats enseignants, que j’ai beaucoup fréquentés, ont pour première priorité de défendre la vision idéologique qu’ils ont de l’école, avant les intérêts propres du personnel qui devrait être leur premier souci. A chaque fois que nous, classe moyennes, votons à gauche (et jusqu’il y a peu c’était le votre majoritaire des couches moyennes), nous savons d’avance que nos intérêts ne seront pas la priorité du nouveau gouvernement. Personnellement, à revenu stagnant depuis 10 ans, j’ai vu mes impôts doubler ! Nous avons une vision totalement ouverte du monde, dans tous les sens du terme. C’est ainsi que fonctionnent les règlements européens. C’est ainsi que le premier geste d’Angela Merkel devant l’afflux de réfugiés a été d’ouvrir les bras, sans se poser d’autres questions. C’est ainsi que nos intérêts commerciaux ne sont pas défendus, alors que tous nos partenaires de la Chine aux U.S.A., qui n’ont pas attendu Trump pour cela, pratiquent le protectionnisme quand cela les arrange.

Ce piège de l’universel n’est pas dangereux que pour nous, qui agissons souvent de manière masochiste. Il l’est quand nous pensons détenir la vérité universelle, et avoir la mission de sauver le monde. C’est ainsi que l’on a justifié la colonisation (qui du temps de Jules Ferry était de gauche), que l’on a mis le feu à nombre de pays arabes, de l’Afghanistan à la Lybie.

Alors, sans donner raison à la politique rance et de division du Front National, il faut savoir tourner beaucoup de fois sa langue dans sa bouche ou son arme dans les mains, comme dit Brassens, avant de dire ou de faire n’importe quoi. Les « frenchs doctors », le souci des autres d’accord, mais attention à ne pas aggraver la situation. Sachons aussi défendre nos intérêts, sans égoïsme, et soyons modestes. Quand on parle ou agit à l’extérieur, la parole de tous les autochtones est prioritaire, et pas seulement celle des quelques ceux qu’il nous arrange d’écouter.