La fameuse « dédiabolisation » du Front National est un leurre dangereux. Elle tend à faire croire que cette organisation, et naturellement sa candidate autoproclamée, a changé et que les dangers qu’elles représentent sur la démocratie, mais aussi l’avenir sous toutes ses formes (économie, social, cohésion nationale, etc.) se seraient amoindris. En somme que ce Parti serait en passe de devenir un parti comme les autres, en voie d’intégration à la vie démocratique nationale et locale. Je crois que j’ai parfois moi-même été tenté d’y croire et de m’auto rassurer. En fait plus j’y pense et plus je crois qu’il n’en est rien.

La nature d’un parti est difficile à définir, comme celle de ses dirigeants. Surtout quand il a toujours été dans l’opposition (sauf rares mandats locaux). S’il accède au pouvoir son action dépend en grande partie des circonstances, du climat général, climat qu’il peut contribuer à changer. Définir le Front National comme un parti fasciste est de toute façon un contre sens historique. Le fascisme correspond à une époque révolue. Le danger n’en est pas forcément moindre, mais différent. Le Front National n’est pas un parti démocratique. Mais quel grand parti l’est ? D’abord tous les partis perdent une grande partie de leurs adhérents et ne deviennent plus que des écuries de course pour des candidatures locales ou nationales. Sans compter les trucages des élections internes (on l’a vu tant au PS que chez l’ex-UMP). Le FN est dirigé d’en haut par Le Pen et éventuellement quelques proches qu’elle désigne. Il semble avoir abandonné sa rhétorique anti-immigrés, mais je crois que c’est un faux semblant. L’indice qu’il n’a pas changé est son obsession à empêcher la création de lieux de cultes pour la communauté musulmane dès qu’il prend le pouvoir dans une municipalité. En fait il ne parle plus que de préférence nationale, mais ses électeurs potentiels comprennent bien ce qu’il sous-entend par là. Il laisse les autres, et surtout Les Républicains, faire la propagande antimusulmans, anti-arabes pour lui. Ceux-ci dans une course hyper dangereuse font de la surenchère de plus en plus limite, pour tenter de lui prendre des voix, mais comme le dit hélas le slogan, les électeurs préfèrent l’original, qui n’a même plus besoin de surfer, sauf de manière subliminale, sur tout ce qui touche au racisme, laissant les autres le faire pour lui. Le danger vient aussi de l’accoutumance, qui malgré nous, vient de l’approfondissement au fil du temps des surenchères vers les idéologies d’extrême-droite. On dit et fait aujourd’hui, y compris dans une certaine gauche, ce qui aurait été impensable il y a quelques années. C’est aussi cette accoutumance qui nous rend le FN moins dangereux, dans la vision que nous avons de lui, mais pas dans la réalité. Je ne crois pas plus aux déclarations de conversion du FN au fonctionnement démocratique de notre société. Il l’est officiellement, parce que les circonstances sont là, et pour tenter de prendre le pouvoir. Mais une fois installé et selon les circonstances, y compris celles qu’il peut provoquer, je crois que tout est possible. C’est la même chose avec Trump aux USA, mais là-bas peut-être, mais es-ce bien sûr, avec plus de contre-pouvoirs.

En fait si le FN prenait le pouvoir on ne sait pas du tout ce qui pourrait se passer. Il y a en France des barrières légales qui peuvent empêcher des glissements vers l’amenuisement démocratique et les dangers multiformes pour l’avenir : la pouvoir judiciaire, le Conseil Constitutionnel notamment. Mais en cas de crise grave, réelle ou provoquée et devant une éventuelle mobilisation populaire pour aller vers des lendemains qui déchantent ces barrières tiendraient-elles ? Certes l’histoire ne repasse jamais les mêmes plats, sauf en farce disait Marx, mais rappelons-nous quand même de 1933. Hitler chancelier minoritaire et l’incendie du Reichstag qui permet de lancer un référendum lui donnant les pleins pouvoirs et d’interdire peu à peu tous les autres partis politiques. En cas de victoire électorale du FN il est certain que des mouvements de protestations importants auraient lieu, comme les manifs anti Trump. Elles peuvent avoir un caractère plus ou moins violent. Une insurrection des banlieues n’est pas impossible, et bien entretenue elle peut permettre de justifier des mesures liberticides.

On dit que le FN ne peut pas prendre le pouvoir, à cette présidentielle au moins. Mais vu les surprises de cette élection depuis un an, et la rapidité avec lesquelles les situations se sont modifiées (pensons aux ascensions ultra-rapide de Fillon et Hamon par exemple), on n’est cette fois-ci sûr de rien. Et d’autre part d’élection en élection le FN monte et donc le danger est de toute façon devant nous.

Seul le débat d’idée ouvert et intelligent est une solution pour contrer le FN. Naturellement la situation économique et sociale pèse, mais en second j’en suis du moins persuadé.