Ces élections présidentielles ont exacerbe les contradictions du système démocratique et je pense que le système électoral français est en partie la cause de cette exacerbation. L’élection présidentielle et le mode de scrutin législatif majoritaire correspondaient bien à une époque ou deux partis se partageaient l’électorat et représentaient une vraie majorité. Mais quand on a comme aujourd’hui 5 forces qui se partagent l’électorat cela pose un problème de démocratie. En 2007 Sarkozy réunissait 31 % au 1er tour et en 2012 Hollande 28 %. Avec cela ils ont été élus et ont obtenue une majorité à l’assemblée. Si Macron, qui a fait le plus de voix faisait de même il ne représenterait que ses 23 %. Inutile de chercher ailleurs le mécontentement des deux derniers quinquenats. D’autant que les propositions programmatiques annoncées n’ont pas été tenues. D’une part elles ne pouvaient pas l’être et d’autre part ils ont tous deux gouvernés bien plus au centre par rapport a leur programme, c’est-à-dire bien plus en direction de la moyenne des Français. Et étrangement c’est ce qu’on leur reproche. Le mode de scrutin actuel oblige à faire des propositions clivantes. On a bien vu que ce sont les plus clivants Fillion et Hamon qui sont sortis vainqueurs des primaires. Au 1er tour de la présidentielle les deux candidats les plus clivants Le Pen et Mélenchon ont représenté prés de 40 % des voix. Et il n’est pas interdit de caindre que Le Pen ne soit élue et ait une majorité parlementaire, auquel cas elle gouvernerait au nom de 21 % des Français. Comme un serpent qui se mord la queue le mode de scrutin pousse a élire des gens qui font des propositions qui représentent des minorites, qui ne sont pas applicables et heureusement, et à décevoir et donc aggraver la crise politique. Regardons ce qui se passe en Allemagne, où un seul vote existe : celui du Bundestag. Il est à la proportionnelle exacte de tous les partis ayant fait plus de 5 %. Les partis, qui là-bas non plus ne peuvent avoir 50 % seuls savent qu’ils devront gouverner en coalition. Ils évitent donc les propositions trop clivantes qu’ils devraient abandonner dans la négociation, qui une fois l’élection passée constituera le programme de gouvernement. Le système n’est pas parfait, mais grosso modo le gouvernement gouverne selon les vœux de la majorite. En France on a vu tous les candidats établir des programmes et faire des promesses, comme s’ils pouvaient gouverner seuls, alors au’ils savaient que démocratiquement ils représentaient tous moins d’un quart de l’electorat et donc que démocratiquement ils devraient négocier des compromis avec d’autres. On n’a jamais entendu ce mot de négociation. Seul Macron, et on le lui a assez reproché, a rechigné à faire un vrai programme, en disant bien que l’essentiel était l’orientation générale souhaitée et non les mesures elles-mêmes qui, d’une part dépendront de l’actualité et, d’autre part, devront être négociées. Cette campagne a poussé à la démagogie la plus grande. Le cas Mélenchon est emblématique, mais il n’est pas le seul. Il a fait entrer dans la tête de ses insoumis des propositions extrêmes, qui ne pourraient être appliquées que contre la majorite des gens. Il a exacerbé un mécontentement sans solutions réalistes. Il a grandement aidé à aggraver la crise démocratique. On le voit aujourd’hui avec le rejet injustifiable de nombre de ses partisans de barrer la route à l’extrême droite. C’est la meme chose qui se passe pour une partie de l’electorat de Fillion. Je ne sais ce que vont donner et le deuxieme tour des presidentielles et les legislatives. Tout est possible : une majorite à l’un des deux FN ou Macron, une élection de l’une ou l’autre sans majorité claire ? Si c’est une majorité claire ils gouverneront en ne représentant que moins d’un quart des gens, sinon il est à craindre que l’intransigeance que manifestent tous les partis politiques n’empêche de constituer un compromis majorotaire. Aucune de ces solutions n’est saine. La seule solution est de changer le mode de scrutin, la constitution est tres souple et cela a déjà été fait, plusieurs fois. Une dose importante de proportionnelle aux legislatives est un minimum. La suppression de l’élection présidentielle serait une bonne chose, mais elle ne serait pas, hélas une idée majoritaire. Allons plus loin, la démocratie, c’est aussi le respect des minorites. C’est-à-dire s’interdire de proposer ou faire des mesures trop choquantes pour des gens, même minoritaires, sans naturellement aller à l’excès qui interdirait toute action. Quand on a entendu les propositions de Le Pen, Fillion ou Mélenchon on en est loin !