Trois mois après, avec un certain recul on peut revenir à froid sur cette folle année électorale. « Le Débat », que je lisais hier, en fait autant.

On a vu émerger un nouveau pouvoir avec Macron et ses marcheurs. On a vu s’écrouler ou au moins fortement s’affaiblir les trois grands partis qui structuraient le pays depuis des années : le Parti Socialiste, les Républicains et le Front National.

Il faut pourtant je crois remettre les choses à leur niveau. Macron a certes gagné, mais il n’a rassemblé au premier tour que 24 % des exprimés et 18 % des inscrits (moins d’un Français sur 5). Le plus faible score de premier tour de la 5ème République. Et dans ces votants de premier tour il n’y avait pas que des enthousiastes, mais aussi des gens qui, comme moi, ont voté pour lui, faute de mieux, pour voir en quelque sorte. On comprend mieux avec ces chiffres la stratégie de Macron, qui n’a pas hésité à se présenter comme le candidat de l’Europe, de l’optimisme, de la France qui réussit, alors que celle-ci est idéologiquement minoritaire. Son but était de rassembler ce créneau au premier tour. Sachant que l’éparpillement serait important, ce créneau avait une chance sérieuse de lui donner un ticket pour le second tour où Le Pen n’avait quasiment aucune chance d’être élue. Les commentateurs ne comprennent rien quand ils s’étonnent de cette victoire, à contre courant de l’idéologie majoritaire en France, qui verse dans le pessimisme, la révolte, les critiques vis-à-vis de l’Europe, l’appel à se renfermer sur soi. Certes, mais les opposants à cette idéologie, les in de la société, représentent un créneau non négligeable et qui pouvait et a été suffisant. Ceux qui s’opposaient à l’idéologie d’optimisme ouvert de Macron représentaient plus que lui, mais ils étaient divisés entre Le Pen, Mélanchon, et une bonne partie de Fillon et d’Hamon.

Macron a eu à la fois beaucoup de chance et a su gérer magnifiquement les opportunités. Il a bénéficié d’une conjoncture quasiment miraculeuse. Mais en même temps il a su manœuvrer de manière géniale digne d’un Machiavel ou du taoïsme. Difficile de démêler les deux. Les Républicains devaient gagner. S’ils désignaient Juppé il aurait mangé une partie non négligeable de l’électorat de Macron, suffisante pour l’interdire de second tour. Ce fut Fillon. Lui aussi aurait du gagner. Il a fallu que les « affaires » l’empêtrent et érodent suffisamment son électorat. J’y reviendrai dans un autre article d’ici peu. Si Vals avait été désigné par les primaires il aurait lui aussi mangé une partie non négligeable de l’électorat de Macron, suffisante pour l’interdire de second tour. Mais ce fut Hamon. Entre Fillon et Hamon il y avait un boulevard (de 24 % seulement) qu’a su utiliser Macron. Hamon et Mélanchon étaient sur des créneaux proches. Ils ont échoué à faire une candidature unique. Si Hamon s’était désisté pour Mélanchon (avec une promesse de premier ministre) il n’était pas évident que cette candidature n’aurait pas été la bonne pour le second tour. Il s’en est donc fallu de peu, et la victoire de Macron doit beaucoup à des circonstances extérieures à lui.

Ceci étant il s’est servi magistralement de ces circonstances pour affaiblir fortement ses adversaires. Du fait des candidatures Fillon et Hamon et de l’élimination de Juppé et Vals il a été rallié par une partie des Républicains, comme des Socialistes, rendant ceux-ci incapables de se relever aux législatives. Il a aussi su magistralement affaiblir Le Pen dans le débat de second tour. Bien d’autres s’y étaient essayés, mais aucun n’avait réussi. Là encore des circonstances l’ont aidé, mais il a su les exploiter.

Maintenant les choses sont différentes. Il doit gouverner et c’est bien plus difficile que de gagner une élection. Il est minoritaire idéologiquement. Même avec l’assentiment, ou tout au moins l’abstention, de la gauche des Républicains et de la droite des Socialistes il ne représente au maximum qu’un gros tiers des Français. Il a contre lui l’extrême droite, le gros des Républicains, la gauche socialiste, la gauche mélanchoniste et les abstentionnistes. Ceux-ci ne peuvent pas se retrouver électoralement, et c’est ce qui a fait la victoire minoritaire de Macron. Mais quand il s’agit d’être contre, ces oppositions peuvent s’ajouter, et c’est ce qui peut arriver, et notamment dans l’opinion, voire dans la rue. Le programme de Macron n’a pas été validé par la majorité des Français et c’est là que l’avenir est totalement incertain. On va voir ce que cela donne dans l’épreuve.

Un autre problème annexe est l’avenir de La République en Marche ! Autant le mouvement En Marche ! avait été une réussite, qui a largement participé à la victoire, autant il est difficile de lui voir un avenir. Les Partis Politiques traditionnels ont probablement fini leur vie. L’avenir est probablement à des mouvements informels, liés aux réseaux sociaux, mouvants. Mais il est certain qu’un président s’il veut durer ne peut exister sans une base sous une forme ou une autre. Peu est fait actuellement pour la développer.

Après une année folle, voyons de quoi celle-ci sera faite. Même en tant que spectateur on n’a pas de quoi s’ennuyer !