Nous assistons à une régression démocratique qui est en grande partie due au mode d’exercice du pouvoir par le nouveau président.

Rappelons que celui-ci est le plus mal élu des présidents de la 5ème République (le plus faible score de 1er tour). La différence des votes entre le 1er le second tour étant essentiellement due au rejet de l’adversaire et non pas à un vote d’approbation du nouveau président. Et même les votes de premier tour étaient loin d’être des votes d’adhésion aux idées défendues par Macron. Entre Fillon et Hamon, ne parlons même pas de Le Pen et Mélanchon, il représentait, et c’est le sens de mon vote, un moindre mal. Le mode de scrutin présidentiel lui a permis d’être élu avec moins d’un quart des inscrits. Le mode de scrutin législatif dans la foulée lui a permis d’avoir une large majorité (avec plus de 50 % d’abstention). Cela n’enlève rien au caractère fortement minoritaire d’approbation de ses idées dans le pays. Et pourtant bien plus que la plupart des présidents précédents, surtout si l’on pense à Hollande, il dispose d’une majorité législative toute dévouée. Il faudrait des évènements graves pour qu’elle se fissure. Et c’est la première régression démocratique, l’abaissement encore plus grand du pouvoir législatif à plat ventre devant l’exécutif. Malgré cela Macron gouverne en appliquant son programme, sans chercher un compromis qui serait approuvable par une majorité de l’opinion publique. Il y a une sorte de gouvernance hors réalité. Certes le mouvement social espéré par l’extrême gauche et la C.G.T. n’a pas pris. Mais il ne s’agit en aucune façon d’une approbation des actions du Président. Il s’agit, et c’est pire qu’un rejet, d’une lassitude, d’un rejet de la politique. L’opinion publique ne croit pas que l’on peut agir par la politique. Et dans ce cas à quoi servirait un mouvement social, sauf si la situation se détériore trop et que cela finisse en jacqueries. Ajoutons que Macron gouverne en affichant un rejet certain des corps intermédiaires importants au fonctionnement démocratique, les syndicats notamment. Contrairement aux Présidents précédents, qu’ils soient de droite ou de gauche, qu’ils soient en accord relatif, ou en désaccord franc avec le mouvement syndical, ils en tenaient compte. Une sorte de consensus social-démocrate existait et était une force démocratique. La manière de gouverner de Macron ressemble bien plus à une ignorance volontaire du mouvement syndical.

Une autre régression démocratique est due au principe même de gouvernement. Macron se veut un gouvernement au-delà de la droite et la gauche et surtout au delà de la politique, une sorte de gouvernement technicien. Cette technique se prétend évidemment, c’est le principe même de la technique, la seule efficace, prétendant reléguer les oppositions au rang d’archaïsme. Or un gouvernement ne fait pas de la technique, il fait de la politique. Quand on choisit de baisser les A.P.L. et l’I.S.F. on fait une politique toute traditionnelle de droite. Mais, en réalité on s’aperçoit très vite que la prétention technicienne se révèle bien plus source de bourdes que les gestions politiques traditionnelles précédentes. Car nos techniciens, comme la plupart de ceux qui se prétendent experts en tous genres d’ailleurs, sont totalement déconnectés de la réalité des Français moyens. Trois exemples. La suppression de la taxe d’habitation que personne ne demandait rogne un peu plus l’autonomie communale qui dépend de plus en plus des subventions de l’Etat, puisque tous ses impôts propres se voient les uns après les autres supprimés. La diminution des A.P.L., et l’idée est de les supprimer à terme, est une régression sociale importante, que ne peuvent pas comprendre ceux qui sont loin d’y avoir droit. Plus récemment l’idée de donner aux conseils syndicaux des copropriétés le pouvoir de décider des travaux importants, sans passer par l’Assemblée Générale des copropriétaires, relève d’une méconnaissance totale de la réalité du fonctionnement des copropriétés. Elle est inapplicable et si elle l’était elle serait dangereuse. Faire de la politique ce n’est pas de la gestion simple. Comme toujours la politique ressurgit là où on ne l’attendait pas et montre qu’elle est bien meilleurs gestionnaire que ceux qui se prétendent tels. Cette régression démocratique qui voudrait éliminer la politique au profit de la gestion se révèle à la fois dangereuse et au final inefficace.

Un autre indice du mépris macronien pour la politique se voit dans la manière dont il fait tout pour que son propre mouvement soit un simple relais de son activité sans aucun effort pour le rendre efficace. Il vient d’en désigner lui-même le dirigeant. Encore un geste de mépris démocratique.

Cette régression démocratique qui voit l’exécutif abaisser encore plus le législatif et mépriser les corps intermédiaires de la société civile et notamment, mais pas seulement, les syndicats se couple avec une montée en puissance du judiciaire, qui prétend lui-aussi devenir le premier pouvoir. J’ai parlé dans un article précédent de ce coup d’Etat judiciaire perpétré depuis des années par lequel il prétend juger non pas seulement en fonction des lois votées, mais aussi en fonction des Droits fondamentaux et donc des lois telles qu’elles devraient être. Deux exemples récents en attestent. L’affaire Fillon où la justice s’est arrogée le droit de d’intervenir dans un domaine qui était hors de sa compétence : le fonctionnement législatif. On peut regretter que celui-ci soit mal encadré, mais ce n’est pas à la justice de décider des règlements du parlement. Même si l’élimination de Fillon m’arrange politiquement, elle a été obtenue par un abus de pouvoir judiciaire. De plus la justice s’est permis de mettre en cause le fonctionnement même de l’élection présidentielle, en considérant que son pouvoir était supérieur à celui de l’exécutif. Autre décision judiciaire fort discutable : l’annulation de la taxe de 3 % sur les dividendes.

Nous ne sommes donc pas sur la voie de la solution de la crise démocratique, loin de là. Le macronisme en action ne peut que mener vers un rejet encore plus grand de la politique. Rappelons qu’aux législatives nous avons dépassé les 50 % d’abstention. Nous risquons d’aller encore bien plus loin prochainement.

Juste un mot pour terminer sur un sujet différent, l’Europe. Nous avons eu droit à un magnifique discours de notre Président. Mais à part des rafistolages partiels, comme l’accord récent sur les travailleurs détachés, rien de tout ce beau discours n’est réalisable. Merkel est affaiblie pour quatre ans et ne pourra plus jouer le rôle qu’elle avait dans sa législature précédente. Car l’Allemagne est elle une vraie démocratie et elle devra composer avec une majorité hétéroclite qui n’est pas prête à suivre Macron, loin de là.