Il est parfois des hasards étonnants. Comme celui de voir un jour après l’autre « UN HOMME INTEGRE » de Mohammad Rasoulof et « AU REVOIR LA-HAUT » d’Albert Dupontel. Deux très bons films, mais que tout oppose alors qu’ils parlent de problèmes proches. « UN HOMME INTEGRE » nous décrit la descente aux enfers d’un Iranien d’aujourd’hui que veut rester propre et qui est en butte à une société où règnent l’arbitraire, la corruption, la censure et incidemment la persécution des minorités religieuses. Il ne pourra pas y parvenir et n’aura le choix qu’entre sombrer ou rejoindre le troupeau des corrompus pour vivre et sauver sa famille. On pourrait dire que c’est un film monocolore. Le héros, car il y a un héros, est d’une intransigeance totale vis-à-vis dans une société où on ne peut l’être sans sombrer. Il n’y a rien de positif dans le film et je pense que l’auteur doit avoir les mêmes traits que son héros, brimé par le pouvoir, mais qui ne veut rien céder, avec, c’est ainsi que je le ressens une certaine dose de masochisme. Certes l’Iran n’est pas une démocratie, c’est une théocratie. L’Etat de Droit n’y existe pas. Il y a de la corruption. Les minorités religieuses sont brimées (encore faut-il vérifier ce dernier point). Mais l’Iran a aussi énormément d’aspects positifs, à commencer par son peuple rayonnant d’activité. C’est un pays bouillonnant, plein de vie et de contradictions. Qui contourne largement tous ces interdits et de plus en pleine évolution multiforme. Rien de cela ne transparaît dans le film. Du film on ne peut tirer que deux solutions possibles. Ou bien accepter le régime tel qu’il est ou bien le rejeter totalement, frontalement. Peut-être en sera-t-il ainsi. Mais je pense que le pays est riche de bien des voies médianes à inventer. L’attitude gauchiste du cinéaste, saluée quasi unanimement par notre monde médiatique occidental, m’agace fortement. Car je pense que l’Iran a bien plus de richesses, d’intelligences, et d’humour même pour ne mériter que ces deux extrêmes. Dans le film on en reste au premier degré avec un héros sans peur et sans reproche. Comme quoi il n’y a pas plus démobilisateur et dangereux qu’une attitude révolutionnaire intransigeante.

« AU REVOIR LA-HAUT » nous parle des horreurs de la guerre de 1914-18, des officiers sadiques qui envoient leurs hommes à la mort, de la corruption généralisée jusqu’en haut de l’Etat, de la déstructuration individuelle et sociale après le traumatisme de la guerre, mais aussi incidemment de la modernité artistique de ces années-là. Ici tout est traité avec un humour noir, parfois glaçant. Point de héros, que des combinards. 31 décembre 2017 Nous avons là une distanciation qui seule nous permet une réflexion possible, qui enlève le pathos qui bloque la réflexion. Je pense naturellement à la distanciation de Brecht sans laquelle on ne peut pas penser et juger les choses. Elle est absente dans « UN HOMME INTEGRE ». Elle est disponible dans « AU REVOIR LA-HAUT ». Il faut toujours faire de l’humour avec les pires choses. Incidemment je pense à nos féministes intransigeantes qui prétendent interdire toute blague sexiste. « Charlie Hebdo » osera-t-il les prendre à revers ?