Je viens de finir l’excellent libre « Une vie paria » de la collection Terre Humaine. Ecrit à la même époque, c’est un peu les travaux pratiques au cours que serait le livre de Louis Dumont. On voit vivre avec précision cette société de castes. Et les deux livres se complètent parfaitement, allant dans le même sens. Tous les deux parlent de la société de castes classique, mais aussi de l’évolution plus récente. Mais naturellement écrits dans les années 90 du siècle dernier ils ne peuvent pas parler de l’évolution de ces 20 dernières années. Une évolution que j’aimerai bien connaître et tenter de comprendre, même si elle ne peut être que multiforme, car l’Inde est un tel sous-continent, si immense, divers et peuplé. La société de castes est une société hiérarchique dans laquelle les castes très endogames sont liées les unes aux autres par des obligations traditionnelles qui fait le ciment de cette société qui lui a permis de vivre et d’évoluer pendant des siècles. Ainsi les parias, eux même divisés en castes, variables selon les lieux, sont naturellement les plus discriminés, mais ils survivent grâce aux échanges de services, de nourritures, de travail, de dons avec les autres, qui sont très codifiées. La libération de ce système ne peut être que culturelle. Elle doit se faire dans les têtes. Anbin, le fils de Viramma, l’héroïne d’« Une vie paria » rejette cette société. Le basculement culturel a eu lieu dans sa tête. Mais ensuite, comment faire ? L’évolution peut amener à des situations pires si on n’y prend pas garde. Il y a eu des avancées relatives. Plus de famines, une scolarisation croissante, des partis politiques puissants qui, même s’ils sont gangrénés, comme les autres, pas la corruption et le populisme, défendent les basses castes et ont obtenu des avancées. Il y a comme partout deux possibilités. Ou bien une évolution lente et progressive, chaotique forcément, vers une société où la hiérarchie des hommes cède peu à peu la place à une égalité réelle. Ou bien une lutte franche, révolutionnaire des basses castes pour arracher cette égalité. Dans le contexte indien la deuxième solution risque bien d’amener à de situations de quasi guerre civile, comme il y en a eu entre hindous et musulmans, notamment lors de l’indépendance. L’évolution que montrent les Racine dans « Une vie paria » est essentiellement centrée sur l’évolution politique, économique et sociale. Mais qu’en est-il de l’évolution des familles ? Les mariages commencent-ils à cesser d’être endogames ? Sont-ils toujours à l’initiative des parents ? Les horoscopes ont-ils toujours la même importance primordiale dans toute décision importante ? Etc. Sans compter que plus de 20 ans ont passé depuis que ces deux livres sont écrits. Autant de questions que j’aimerai un peu mieux cerner.

9 juin 2018.