J’ai revu hier soir le film de Tavernier, extraordinaire premier film. Avec deux acteurs merveilleux Noiret et la ville de Lyon.

Tavernier nous balance au visage toutes ses convictions humanistes, au mépris des convenances et même de la légalité.

Mais un autre intérêt du film est de voir comment il date d’une époque révolue au niveau des idées. Nous sommes en 1974 (sortie du film), c’est la fin des « 30 glorieuses » que personne n’a encore compris comme telles. D’autant plus qu’elles commencent seulement à porter l’essentiel de leurs fruits. Nous sommes encore dans une époque d’affrontements idéologiques violents. Certes en France cela ne prend pas le tour violent des Brigades Rouges italiennes ou de la RAF allemande. Mais quand le film sort cela fait quatre mois que la CIA a aidé Pinochet pour son coup d’état. La dictature des colonels grecs est encore là pour quelques mois. Dans ces conditions du côté des forces les plus à droite et à gauche (et cela représente alors beaucoup) il y a une certaine désinvolture avec la notion de légalité et d’Etat de droit. Le SAC gaulliste, les milices patronales antisyndicales représentent des forces occultes, mais bien présentes. Rappelons-nous l’assassinat de Pierre Maître à Reims par des milices patronales en 1977. A gauche l’influence communiste et cégétiste est encore forte et justifie facilement son mépris de la démocratie bourgeoise par les dictatures de droite (n’oublions pas à l’époque l’Espagne et le Portugal) soutenues par les Etats-uniens et les forces extralégales de droite. Son idéologie imprègne encore largement les gauchistes alors importants et le Parti Socialiste.

Il faudra attendre encore une dizaine d’années pour que l’Etat de droit soit vraiment accepté par la quasi-totalité de l’éventail politique. En France cela date des années Mitterrand. L’effondrement des idéologies avec la fin des expériences communistes marque un tournant décisif en la matière. Dans d’autres pays comme la Suède cela a été plus tôt.

Certes dans le film il s’agit aussi d’un père qui soutient son fils au-delà de toute explication, par simple conception personnelle de la paternité, mais cela se place et s’est bien marqué dans le film dans une époque où l’Etat de droit n’est pas encore totalement assis dans les têtes.

Etrangeté de l’histoire il entre dans l’idéologie de tous au moment où la modernité fait encore un tour et va commencer à déstabiliser la démocratie comme nous le vivons aujourd’hui. Avance et retard de l’idéologie sur la réalité. Il y aurait beaucoup à dire là-dessus.

18 septembre 2018